Le Québec s'enlise

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La mine Troïlus, exploitée par la compagnie minière Inmet Corp, au nord de Chibougamau.

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Valérie Fillion

L'auteure est directrice générale de l'Association de l'exploration minière du Québec (AEMQ).

Rarement, un secteur économique québécois n'aura été aussi malmené, de manière systématique et injuste, que celui de notre filière minière.

Des pionniers tels que Clothilde Gilbert, Alphonse Olier, Auguste Renault, Edmund Horne, Arthur Doyon ainsi que des milliers d'autres explorateurs et travailleurs miniers ont consenti des décennies d'efforts sans limites pour développer une filière minérale authentiquement québécoise.

En quelques années, le travail vindicatif des opposants et les positions incompréhensibles du législateur auront réussi à éroder l'excellente réputation que le Québec minier s'était construite sur la scène mondiale, et ce malgré les défis de nos distances, la rigueur de notre climat et les limites de nos teneurs minérales.

Nos sociétés d'exploration ont été en mesure d'affronter les crises du passé en comptant sur la sécurité des titres miniers, l'accès au territoire public, une législation stable et prévisible, une taxation concurrentielle, des banques de données géologiques robustes et accessibles, ainsi que sur un bassin de travailleurs spécialisés pour surmonter les épreuves et maintenir un niveau minimal d'attrait à l'investissement.

Les PME de notre secteur constatent maintenant que la plupart de ces avantages concurrentiels se sont envolés et craignent la venue de bouleversements supplémentaires.

L'exploration des richesses que recèle notre sous-sol demeure une initiative de longue haleine qui exige autant une entrée continue de capitaux qu'une persévérance exemplaire de ses promoteurs. Avec une indéniable crise des capitaux au Québec et au Canada, des fluctuations quotidiennes du prix des métaux sur les marchés et une hausse sans répit des coûts de mise en valeur et d'opération, le secteur est aux prises avec une instabilité qui met à risque des millions de dollars déjà investis en développement économique régional. C'est pourquoi nous devons exprimer notre objection aux intentions du gouvernement d'ajouter davantage d'instabilité à notre environnement d'affaires.

Sur le plan de la fiscalité, le gouvernement a imposé au secteur un nouveau régime de taxation qui deviendrait le plus exigeant de la planète et qui, lorsqu'il sera adopté, aura comme impact potentiel de faire disparaître des emplois et des sources d'investissement au profit de revenus fiscaux supplémentaires. Un coût d'opportunité que le Québec économique n'a pas les moyens de se payer.

De plus, le secteur minier vivra d'autres moments d'appréhension avec le dépôt prochain d'un nouveau projet de loi sur les mines. Cette 115e modification depuis son adoption d'origine ajoutera au cours de la durée de son processus d'adoption, par la 40e législature, de nouvelles couches d'incertitude et d'imprévisibilité à notre environnement d'affaires.

Ajoutons que nous sommes déjà dans un cadre de tension juridique avec un moratoire sur le secteur uranifère, et que nous nous retrouverons sous peu dans un autre débat sur le verrouillage de 50% du territoire au nord du 49e à tout développement économique, un espace plus grand que la France!

Toutes ces initiatives ne font que raffermir la perception que le Québec s'enlise graduellement sur une pente glissante en transmettant un message négatif. Ce qui augure de plus en plus mal pour notre réputation sur les marchés financiers.

Dans ce contexte, la dégringolade que le Québec a subie dans le classement mondial des juridictions minières, publié l'hiver dernier par le prestigieux Institut Fraser, s'annoncera pire pour la prochaine édition, nous propulsant probablement vers un classement qui se rapprochera de celui de juridictions telles que le Zimbabwe, le Congo et la Bolivie.

La plus grande crainte au sein de notre industrie est de voir émerger la nouvelle perception que le Québec est devenu une juridiction hostile à l'exploration et au développement de sa ressource minérale et que cette perception devienne une solide conviction dans l'esprit des investisseurs qui souhaiteraient investir dans les projets d'exploration québécois.

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