Nos écoles trop bruyantes

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La surpopulation dans les écoles publiques couve une autre problématique insidieuse: le bruit.

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Martin Legault

L'auteur est un enseignant au secondaire.

Ces derniers mois, nous avons amplement entendu parler des écoles vétustes qui rendaient les jeunes et des membres du personnel malades. Pensons aux cas de l'école St-Gérard et de l'école des Nations à la CSDM où la Direction de la santé publique est intervenue pour des problèmes de moisissures. Souvent, les autorités scolaires ont déplacé les élèves en attendant les travaux d'assainissement.

Quand certaines écoles deviennent surpeuplées, cela ne fait que déplacer le problème. Le système tente de résoudre un problème relié à la qualité de l'air, mais en engendre un autre. En effet, la surpopulation dans les écoles publiques couve une autre problématique insidieuse: le bruit.

Santé Canada rapporte que la perte d'acuité auditive est l'un des dangers les plus courants au travail. À l'aide de mon iPhone et d'une application spécialisée, j'ai pris l'initiative de mesurer le bruit dans une école secondaire surpeuplée lors du diner à la cafétéria et au gymnase pendant un cours d'éducation physique. J'ai enregistré des pointes de 95 décibels (dB) à la cafétéria et de 101 dB au gymnase. Or, selon le Regroupement québécois contre le bruit - RQCB - les bruits commencent à être pénibles à partir de 75 dB et sont réputés dangereux pour la santé à partir de 85 dB.

Les écoles constituent ainsi des milieux à risque. Elles le deviennent encore plus lorsqu'elles sont remplies à craquer ou carrément surpeuplées.

Selon l'Institut national de santé publique du Québec, les conséquences d'une exposition prolongée à la pollution sonore sont des maux de tête, de la fatigue prématurée, une baisse de concentration, un manque d'attention, des tensions musculaires, une pression artérielle plus élevée et des problèmes digestifs. Ces maux peuvent aussi se transporter à l'extérieur de l'école et se manifester par une nervosité excessive, de la fatigue chronique, de l'impatience et de l'irritabilité.

D'une part, ce sont quotidiennement plus de 100 000 enseignants au Québec qui sont concernés par cet enjeu. D'autre part, serait-il possible que le bruit dans les écoles soit à lui seul un facteur de décrochage scolaire ou de sous-performance pour les élèves?

Il m'arrive de rencontrer des jeunes dans une école qui me prient poliment de leur permettre de demeurer calmement dans un local, d'aller travailler en silence à la bibliothèque ou d'accepter de leur permettre de manger reclus dans un escalier. J'ai connu des directions d'école qui ont interdit aux élèves de circuler dans le couloir près de leur bureau sous prétexte que c'était trop bruyant. Cela témoigne que le bruit ambiant d'une école peut nuire à la quiétude et aux activités professionnelles!

Au Québec, plusieurs municipalités ont adopté des règlements et des mesures en conséquence. Dans le milieu de la construction, les entreprises industrielles et les manufactures, des mesures de prévention et de sécurité ont été mises en place. Qu'en est-il dans nos écoles?

Dans l'école primaire que fréquentent mes enfants, plus de 300 jeunes se réunissent le midi pour diner EN SILENCE. Voilà une mesure qui favorise la quiétude du personnel. Cependant, comment se sentent les jeunes qui sont surveillés en permanence pendant leur repas pour leur interdire de parler?

Dans le tumulte du quotidien de nos écoles, nous tolérons des conditions physiques et matérielles déplorables. Celles-ci minent la persévérance et la réussite scolaire. Quand je remets un dictionnaire rapiécé à un élève désengagé assis à un bureau bourré de graffitis dans une salle de classe où les plinthes électriques fonctionnent en permanence malgré les 32 °C enregistrés au thermomètre, je m'interroge: ces conditions sont-elles semblables dans les bureaux des commissions scolaires? Puis, quand les enseignants surveillent des jeunes dans des conditions difficiles plutôt qu'ils ne corrigent, échangent, se concertent, lisent ou planifient, je crains que nos écoles ne soient devenues que des garderies!

J'invite mes collègues à documenter les aberrations systémiques dont ils sont témoins et les décrier plus fréquemment sur toutes les tribunes.

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