L'école facultative

Des enfants dans un club Med.... (Photo Fabienne Couturier, La Presse)

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Des enfants dans un club Med.

Photo Fabienne Couturier, La Presse

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Jean-François Roberge

L'auteur enseigne au primaire, sur la Rive-Sud, depuis plus de 15 ans.

«N'attendez pas que l'école finisse!» Le lettrage est bleu royal et au-dessus, on peut voir la photo d'une famille sur une plage de sable blanc. Un peu plus bas, un tableau nous montre qu'en partant le 30 mai plutôt que le 20 juillet, une famille de quatre peut économiser plus de 1600$. Le message est sans équivoque: ne vous laissez pas distraire par les études de vos enfants et partez en vacances! Qu'importe si les deux enfants ratent plusieurs jours de classe et sont absents lors des examens ministériels. Il faut bien profiter de la vie, non?

En lisant cette publicité, je me suis dit qu'une limite avait été franchie. Sans gêne, une entreprise banalise la fréquentation scolaire et invite les parents à retirer leurs enfants de l'école. Cette seule observation est symptomatique d'un grave problème social: la lente mais constante dévalorisation de l'école. On la voit comme un service de gardiennage disponible. Un service pour lequel on a payé, mais dont on peut se passer si on a mieux à faire...

Vous trouvez que je vais trop loin? J'aimerais vraiment avoir tort, mais mon expérience me prouve malheureusement le contraire. En tant qu'enseignant, je dois vivre avec les très nombreuses absences de mes élèves. En fait, plusieurs d'entre elles sont des journées d'école buissonnière cautionnées par les parents. Certains élèves ratent les vendredis parce qu'ils participent à des tournoi sportifs, d'autres partent plus tôt parce qu'ils vont au chalet et plusieurs ratent une semaine complète d'école tout simplement parce que leurs parents choisissent de prendre les vacances familiales durant l'année scolaire. Chaque fois, on s'attaque à l'école. Chaque fois, on se tire dans le pied.

Il ne faut pas se faire d'illusions. Les enfants apprennent bien plus en nous regardant agir, en nous voyant faire des choix qu'en nous écoutant leur faire la leçon.

Quand on sait que les enfants apprennent par mimétisme, il est dangereux pour des parents de faire primer l'argent et le droit de s'amuser sur le devoir d'apprendre, de faire des efforts, d'aller jusqu'au bout. Très souvent, dans la vie, les accomplissements sont le fruit de la persévérance et du travail acharné. Or, dans notre société, la notion même de sacrifice est trop souvent évacuée.

Que retiendront les enfants d'une famille qui dit valoriser l'école, mais qui fait passer le sport, les loisirs et l'argent devant la fréquentation scolaire? Poser la question, c'est y répondre. Il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour voir de très nombreux ados rogner dans le temps d'étude nécessaire à leur réussite scolaire pour travailler trop d'heures afin de se payer le dernier gadget et les sorties entre amis.

«N'attendez pas que l'école finisse!», lance de façon irresponsable l'agence de voyages en nous montrant une mer invitante. La tentation est forte, mais au fond, le problème n'est pas dans la publicité. Le vrai drame, c'est qu'en 2013, bien peu d'adultes enseignent à leurs enfants à résister au chant des sirènes.

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