Citoyens de seconde classe?

Le siège social de l'Organisation de l'aviation civile... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Le siège social de l'Organisation de l'aviation civile internationale à Montréal.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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André Sirois

Avocat, l'auteur a fait carrière à l'ONU et représente maintenant des syndicats et des employés de l'ONU, dont plusieurs employés de l'OACI et leur association. Il écrit ici à titre personnel.

L'annonce que le Qatar voudrait ravir à Montréal le siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a fait l'effet d'une bombe chez les employés de cet organe du système des Nations unies.

L'OACI, c'est d'abord 700 employés très spécialisés et leurs familles, canadiens ou étrangers, pour lesquels Montréal n'est pas seulement un poste de travail, mais aussi un cadre de vie personnelle et familiale. Il est impensable pour eux de quitter Montréal pour une transplantation au Qatar dans une société musulmane intégriste où, contrairement au Canada, les étrangers sont des citoyens de seconde classe. Non seulement seraient-ils traités en inférieurs parce qu'étrangers, mais pour beaucoup d'entre eux parce que non-musulmans. On comprend leur inquiétude.

L'offre du Qatar ne propose pas aux employés de l'OACI et à leurs familles un traitement différent de celui réservé aux autres ouvriers étrangers. Ceux-ci vont y travailler pour faire un coup d'argent, sous des contraintes très sévères qui leur sont imposées par le Qatar et qu'ils doivent s'imposer à eux-mêmes. La principale est d'accepter de vivre sans leur famille qu'ils laissent dans leur pays d'origine, pour éviter les ennuis très graves que la moindre incartade pourrait leur valoir. Qui a envie de voir son adolescent en prison pour une durée indéfinie pour une simple frasque d'étudiant? Or on voit mal comment, habitués à la vie libre et sans contrainte de Montréal, et à l'égalité des droits, ces employés et leurs familles pourront s'intégrer et s'épanouir dans un milieu intégriste et hostile aux ouvriers étrangers.

Faudrait-il que l'ONU, par une telle décision, entérine ces violations des droits de l'homme? Qu'en est-il de la Déclaration universelle des droits de l'homme? Ce n'est pas sans raison que l'ONU n'a installé aucun des sièges de ses organes dans de tels pays.

Une autre difficulté: abandonner un État de droit comme le Canada dont le système judiciaire, malgré ses imperfections, fonctionne à peu près raisonnablement, pour s'établir dans un pays de non-droit pour les étrangers. On mesure mal les nombreuses difficultés que cela représente, à moins d'y être confronté. Or le Qatar est l'un des pays les plus sévèrement condamnés par Human Rights Watch pour son non-respect de la règle de droit, du droit à un procès juste et équitable et des droits de l'homme en général, notamment pour les conditions d'esclavage imposées à ses ouvriers étrangers. Inutile même de parler de l'égalité homme-femme.

Les nombreux appels que je reçois depuis quelques jours témoignent de cette vive inquiétude et de cette incompréhension. On ne comprend pas non plus le silence de l'Association des employés de l'OACI - les organes de l'ONU n'ont pas de véritables syndicats, mais de bien faibles associations d'employés.

Ces 700 employés et leurs familles sont-ils prêts à déménager au Qatar, et, le cas échéant, à quelles conditions? On ne déménage pas autant d'employés et leurs familles si facilement. Et si ces 700 employés généralement très spécialisés refusent de déménager, il s'agira d'une perte sèche d'expertise pour l'OACI qui ne trouvera pas facilement à les remplacer, ni au Qatar ni ailleurs. C'est comme si on décidait de déménager un hôpital ou une université sans son personnel. On ne déménagerait que le nom de l'établissement et une coquille vide sans plus. Verra-t-on ensuite le siège de l'OACI au Qatar transférer le travail en sous-traitance vers un nouveau pays en développement: le Canada?

Il n'est pas étonnant que les employés de l'OACI, canadiens comme étrangers, souhaitent en très grand nombre que le Canada fasse le nécessaire pour que cette offre soit rejetée par l'assemblée de l'OACI et qu'une saine gestion, le respect des droits et le simple bon sens l'emportent.

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