L'Occident ne peut plus fermer les yeux

Un véhicule militaire nord-coréen transportant un nouveau missile... (Photo Ng Han Guan, Associated Press)

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Un véhicule militaire nord-coréen transportant un nouveau missile avait fait partie d'un défilé à Pyongyang en avril 2012. Selon le ministre sud-coréen de la Défense, la Corée du Nord aurait déplacé récemment un missile à longue portée sur sa côte Est.

Photo Ng Han Guan, Associated Press

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Yoon Young-kwan

Ancien ministre sud-coréen des Affaires étrangères, l'auteur enseigne à l'Université libre de Berlin et à l'Institut allemand des affaires internationales et de la sécurité.

La tâche qui incombe au monde de répondre aux grondements des canons de la Corée du Nord est d'autant plus difficile que la communauté internationale se heurte à un État appauvri et d'ores et déjà vaincu. Dans de telles circonstances, il est nécessaire d'agir avec le plus de mesure.

Tout le génie du prince Klemens von Metternich de l'empire des Habsbourg résida dans sa décision, en vue de l'instauration d'un nouvel ordre international à la suite des guerres napoléoniennes, de ne pas pousser une France vaincue dans ses derniers retranchements. Malgré son souhait d'empêcher toute possibilité de résurgence française, Metternich a en effet restauré les frontières françaises d'avant-guerre.

Par opposition, comme l'a fait remarquer Henry Kissinger, il aurait été impossible aux vainqueurs de la Première Guerre mondiale d'amener une Allemagne défaite à renoncer, ou de l'inciter à accepter le Traité de Versailles. C'est pourquoi il leur a fallu imposer au pays des dispositions sévères, dans l'espoir d'affaiblir définitivement l'Allemagne. Nous savons tous ce à quoi cette stratégie a abouti.

John F. Kennedy appartenait à la même veine que Metternich. Pendant la crise des missiles de Cuba, il s'est refusé à humilier l'Union soviétique ou à l'écraser par une victoire totale. Il a plutôt choisi de comprendre le personnage de Nikita Khrouchtchev et a accepté de retirer en secret les missiles américains de Turquie et d'Italie en échange d'un retrait équivalent des missiles soviétiques de Cuba. Le pragmatisme de Kennedy nous a sans doute évité une troisième guerre mondiale.

Malheureusement, la Corée du Nord ne fait pas l'objet de telles démarches clairvoyantes d'homme d'État. Face au jeu nucléaire dangereux auquel se risque le pays, on peut se demander ce que serait aujourd'hui la situation si, au cours des 20 dernières années, le problème nord-coréen avait été appréhendé avec la sagesse dont Metternich et Kennedy ont fait preuve.

Bien évidemment, la Corée du Nord n'est pas la France du début du XIXe siècle, ni l'URSS de 1962. Aux yeux des dirigeants politiques occidentaux (japonais inclus), ce pays n'a jamais représenté beaucoup plus qu'un petit État isolé, dont les échecs économiques n'ont d'égal qu'une propension à évoluer perpétuellement au bord de l'autodestruction. La plupart des dirigeants mondiaux ont toujours préféré ignorer le problème nord-coréen, ne réagissant que ponctuellement dès lors que le régime soulevait un problème de sécurité. Or, compte tenu des derniers essais nucléaires nord-coréens et de l'amélioration des capacités du pays en matière de missiles balistiques, cette approche n'est désormais plus viable.

Je me souviens encore, lorsque j'occupais la fonction de ministre sud-coréen des Affaires étrangères, combien il me fut difficile de convaincre les responsables de l'administration Bush de négocier avec la Corée du Nord au lieu de se contenter d'exercer des pressions dans l'attente d'une capitulation du pays. À l'époque, la Corée du Nord procédait au redémarrage de son installation nucléaire de Yongbyon ainsi que de sa production de plutonium, ce qui renforçait son poids vis-à-vis des États-Unis. Un temps précieux a été gaspillé avant le premier essai nucléaire nord-coréen de 2006. Et si George Bush a modifié quelques mois plus tard sa politique à l'égard de négociations bilatérales avec le Nord, le régime de Kim était devenu beaucoup plus obstiné.

Aujourd'hui, à la suite du troisième essai nucléaire nord-coréen, il semble que nous soyons entrés dans la phase la plus précaire à ce jour, le régime ayant déclaré qu'il ne renoncerait jamais à son option nucléaire. Quelles démarches faut-il alors entreprendre?

Une option consisterait à dissuader toute agression future au travers de la diplomatie. Mais la possibilité d'une dissuasion diplomatique dépendra de la coopération de la Chine, ce qui nécessite que les intérêts vitaux de la Chine en matière de sécurité nationale soient reconnus. La Chine craint non seulement les conséquences sociales et économiques d'une implosion de la Corée du Nord, mais également les conséquences stratégiques d'une réunification - et en particulier la possibilité de voir l'armée américaine, grâce à son alliance avec la Corée du Sud, obtenir un accès aux frontières de son territoire.

Mais bien qu'elle soit nécessaire, la coopération de la Chine ne permettra pas à elle seule de résoudre le problème nord-coréen.

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