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La crise de la viande chevaline en Europe fait ressortir la nécessité d'une meilleure traçabilité des aliments.

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Sylvain Charlebois
L'auteur est vice-doyen à la recherche et aux études supérieures de l'Université de Guelph, en Ontario.

La Presse

L'étendue de la fraude alimentaire en Europe prend de l'ampleur. En plus de la viande chevaline, les inspecteurs en matière de salubrité alimentaire ont trouvé de l'âne, de l'antilope et d'autres gibiers insolites, provenant possiblement de la Roumanie et de la Pologne.

Ces viandes sont possiblement passées par l'Italie, la France et même peut-être l'Allemagne. L'odyssée de la viande chevaline trouvée dans la lasagne et dans les fameuses boulettes suédoises d'IKEA a vraiment esquinté la confiance des consommateurs. Depuis lors, certains pays européens se pointent réciproquement du doigt. Parallèlement, le spectre d'instaurer des barrières non tarifaires transnationales ressurgit.

Au début de l'épisode de la viande chevaline, le scandale créait un certain malaise, surtout chez les anglophones. Avec le temps, le malaise cédait sa place à l'intrigue. La demande pour cette viande en Ontario a augmenté de près de 10% depuis le début du mois de janvier. Au Québec, un marché reconnu pour son désir de consommer cette viande tendre et riche en fer, la demande n'a pratiquement pas changé.

De l'autre côté de l'Atlantique, c'est une autre histoire. La demande pour la viande en général a baissé de plus de 40% dans certaines régions. Les Européens vivent une véritable crise de confiance reliée aux protéines.

Il existe une panoplie de raisons pour lesquelles certaines entreprises du secteur sont tentées de remplacer la viande bovine par une autre viande. Puisque les consommateurs sont toujours à la recherche d'une protéine bon marché, la volonté du secteur agroalimentaire de diminuer les coûts de production représente la raison la plus probable. Il reste que ce genre de stratagème demeure inexcusable, mais repérer les coupables demeure un défi de taille.

Pour sauvegarder l'intégrité alimentaire, la traçabilité est le seul outil qui puisse assurer l'interdépendance stratégique entre chaque maillon de la chaîne, de la ferme à la table. Comme l'illustre la situation actuelle, la source de l'étiquetage trompeur ne provient pas d'un manque d'indications sur l'origine du produit, mais plutôt de la présentation intentionnelle d'un produit différent que celui mentionné sur l'étiquette en question.

Notre capacité de connaître l'itinéraire des ingrédients et non seulement des produits est déficiente, au Canada comme ailleurs.

À tort, l'Agence canadienne d'inspections des aliments a mentionné que ce genre de scandale ne pourrait jamais arriver au Canada. À vrai dire, dans le cas de la viande chevaline, puisque le Canada est un exportateur net de cette viande, les chances sont minimes. Mais cette distinction n'inclut pas nécessairement d'autres types de viande.

La plupart des entreprises agroalimentaires au Canada ont effectivement un système de traçabilité alimentaire efficace. Or, la portée de chacun de ces systèmes est limitée une fois que le produit quitte les frontières de l'entreprise, surtout après l'abattage. Pour assurer un repérage en temps réel qui relie la production primaire agricole aux consommateurs, il existe plusieurs brèches dans le système. Ainsi, donner l'assurance au public canadien que le scandale qui prévaut en Europe ne peut survenir au Canada tient d'un optimisme périlleux.

Une meilleure traçabilité est souhaitable, mais tout cela a un prix. En Europe, pour assurer une meilleure traçabilité, certaines entreprises préviennent déjà les consommateurs de s'attendre à des hausses de prix appréciables dans les prochains mois. Désormais, les consommateurs européens devront monnayer l'intégrité alimentaire afin d'éviter ce genre de fraude embarrassante.

Au Canada, jusqu'à maintenant, la grande majorité des études suggèrent que la traçabilité des aliments ajoute très peu de valeur aux yeux de plusieurs consommateurs. Bien sûr, le consommateur moyen souhaite connaître l'origine des aliments, mais n'est pas prêt à payer davantage pour une caution. Cela étant dit, les consommateurs saisiront un jour qu'une meilleure responsabilisation des entreprises alimentaires envers eux passe essentiellement par un système de traçage alimentaire efficace.

Nous ne sommes malheureusement pas rendus là encore.

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