Les universités anglophones financées démesurément

Les établissements anglophones reçoivent 29% de l'ensemble des... (Photo: Alain Roberge, archives La Presse)

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Les établissements anglophones reçoivent 29% de l'ensemble des revenus qui sont alloués aux universités.  Sur la photo, le campus de l'Université McGill.

Photo: Alain Roberge, archives La Presse

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Collectif de professeurs d'université*
La Presse

Depuis maintenant près d'un an, le mouvement étudiant a amené la société québécoise à se livrer à un exercice de réflexion sur la question de l'accessibilité et du financement de l'enseignement supérieur, ainsi que sur le rôle que doivent jouer nos universités aujourd'hui, sur les plans économique, social et culturel. Bien qu'effleuré par les étudiants, et évacué jusqu'à présent du Sommet sur l'enseignement supérieur, l'enjeu linguistique mérite qu'on lui accorde la plus grande importance.

En examinant le financement et la fréquentation universitaire, on s'aperçoit qu'il existe un déséquilibre marqué entre les établissements francophones et anglophones. En effet, les citoyens québécois ayant l'anglais comme langue maternelle représentent environ 8,3% de la population. En revanche, selon les données du ministère de l'Éducation de 2011, 25% des étudiants fréquentent les universités de langue anglaise au Québec et 18% suivent une formation collégiale en anglais.

En ce qui concerne le financement universitaire, les établissements anglophones reçoivent 29% de l'ensemble des revenus qui sont alloués aux universités. En comparaison, au Canada anglais, les établissements francophones sont financés en deçà du poids démographique des francophones.

Alors que trop peu de gens osent remettre en question ce déséquilibre du financement universitaire, véritable vestige de l'époque d'avant la Révolution tranquille, les effets négatifs se font ressentir autant au niveau social, économique que culturel.

Actuellement, les deux plus importantes universités anglophones, McGill et Concordia, sont situées à Montréal, là où le déclin du français se fait le plus sentir. Ces établissements constituent des vecteurs de développement économique, social et culturel de premier plan et attirent un nombre important de francophones et d'allophones qui apprennent non seulement à pratiquer leur profession en anglais, mais qui baignent pendant quelques années dans la culture de l'université, enclave anglicisante qui s'étend bien au-delà des quatre murs de l'établissement.

Le fait de financer de façon à ce point démesurée le réseau post-secondaire anglophone apparait pour le moins contradictoire avec l'aspiration de faire du français la véritable langue commune des Québécois. La plupart des intervenants du débat linguistique s'entendent sur le fait que la francisation du marché du travail est une condition sine qua non pour contrer le déclin du français et assurer sa pérennité. Il est cependant contre-productif de déployer des efforts et des ressources à franciser le marché du travail alors que les contribuables québécois paient pour former une part aussi disproportionnée de notre main-d'oeuvre en anglais. En mettant en oeuvre des mesures visant directement les milieux de travail, le gouvernement tente d'éteindre des feux tout en contribuant paradoxalement à les alimenter. Croire qu'un nouvel arrivant ayant étudié en anglais aura spontanément le réflexe de passer au français en intégrant un monde du travail où l'anglais occupe une place grandissante est illusoire.  Il serait beaucoup plus logique et efficace d'agir en amont du marché du travail en finançant adéquatement  l'éducation post-secondaire en français.

Aux effets pervers du déséquilibre actuel du financement sur l'état de notre langue nationale, suffisants à eux seuls pour revoir en profondeur le financement post-secondaire, s'ajoutent des impacts économiques néfastes. Une étude réalisée par l'Institut de recherche sur le français en Amérique, parue en 2010, a fait la lumière sur les taux de rétention des finissants de différents programmes et universités du Québec. Il en ressort que les diplômés issus des universités anglophones quittent le Québec dans une proportion cinq fois plus grande que les étudiants formés dans les universités francophones. Les universités anglophones forment donc une main-d'oeuvre plus encline à travailler à l'extérieur du Québec. Cela s'explique en partie par le fait qu'au sortir de leur formation, plusieurs étudiants ne maîtrisent pas la langue de Molière et savent encore moins l'écrire, par conséquent, ils sont tentés, ou même forcés, de quitter le Québec.

Par exemple, lorsqu'on examine le cas des facultés de médecine, environ 50% des médecins de l'Université  McGill travaillent au Québec, tandis que c'est plus de 90% pour les finissants de l'Université de Montréal. Dans le cas de la santé, le gaspillage des ressources ne s'arrête pas là. Même avec un aussi faible pouvoir de rétention, l'Université McGill s'est vue financer un « mégahôpital », le CUSM, qui a eu non seulement pour effet de priver les autres régions québécoises d'investissements considérables et essentiels en santé, mais aussi d'institutionnaliser l'anglicisation du réseau de santé au Québec.

Ces dépenses faramineuses ne font que perpétuer aux frais de la collectivité les privilèges exagérés de la minorité anglophone.

Est-il stratégiquement viable de financer autant un réseau d'éducation parallèle qui matérialise notre infériorisation nationale et perpétue inéluctablement l'anglicisation lente du Québec sous couvert d'une fausse équité et d'ouverture?

***

*Les professeurs suivants ont signé cette lettre :

Michel Moisan, physicien, Université de Montréal

Pierre-André Julien, économiste, Université du Québec à Trois-Rivières

Louise Vandelac, professeure titulaire, département de sociologie, Université du Québec à Montréal

Jean-Luc Dion, ingénieur, Université du Québec à Trois-Rivières

Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal

Jacques Baillargeon, département de médecine, Université de Montréal

Charles Castonguay, mathématicien, Université d'Ottawa

Raymond Champagne, psychologue, Université du Québec à Trois-Rivières

Paul Langlois, département de français, Université du Québec à Trois-Rivière

Paul Gagné, philosophe, Université du Québec à Trois-Rivières

Marc Beauregard, biochimiste, Université du Québec à Trois-Rivières

Claude G. Genest, géographe, Université du Québec à Trois-Rivières

Paul-André Courtois, ingénieur,  Université du Québec à Trois-Rivières

Micheline Labelle, département de sociologie, Université du Québec à Montréal

Michel Neveu, pédagogue, Université du Québec à Trois-Rivières

Gilbert Paquette, mathématicien, Université TÉLUQ à Montréal

Serge Cantin, département de philosophie, Université du Québec à Trois-Rivières

Jacques C. Martin, conseiller en gestion et ex-professeur à l'École polytechnique

Danic Parenteau, département des humanités et des sciences sociales, Collège militaire royal de Saint-Jean

Denis Monière, politologue, Université de Montréal

Christelle Lison, département de pédagogie, Université de Sherbrooke

Daniel Clapin-Pépin, écologiste, École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal

Guilhème Pérodeau, département de psychoéducation et de psychologie, Université du Québec en Outaouais

Robert Comeau, historien, professeur associé, département d'histoire, Université du Québec à Montréal

Édouard Cloutier, professeur honoraire de science politique, Université de Montréal

Pr émérite Ercilia Palacio-Quintin, psychologue, Université du Québec à Trois Rivières

Louis Gill, économiste, Université du Québec à Montréal

Pierre Lebuis, département de didactique, Université du Québec à Montréal

Michel Dionne, directeur de programme en ventes-marketing, Université Laval

Michel Richard, chargé de cours, Université de Montréal

Gabriel Ste-Marie, chargé de cours en économique à l'Université du Québec à Montréal

Gérald Paquin, chargé de cours en physique, École de technologie supérieure

Sylvie Ménard, chargée de cours, département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal

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