Les frontières comptent

En 2000, même après la mise en oeuvre...

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En 2000, même après la mise en oeuvre intégrale de l'Accord de libre-échange, le commerce interprovincial était 10 fois plus élevé qu'avec les États américains si l'on tient compte de la taille et de la distance.

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Stéphane Dion et John McCallum
Les auteurs sont députés du Parti libéral du Canada. Ce texte résume une note de recherche publiée par L'Idée fédérale (www.ideefederale.ca).

La Presse

Il est souvent dit que les frontières ne feraient plus obstacle aux échanges de biens et de services.

Les leaders indépendantistes québécois ont épousé cette théorie d'une économie sans frontières et en ont déduit deux prédictions pour l'économie québécoise. Premièrement, que le marché intérieur canadien perdrait constamment de son importance pour le Québec. Deuxièmement, que ce marché resterait tout aussi ouvert même si le Québec faisait sécession du Canada. Il convient de se demander ce que valaient ces deux prédictions.

De 1981 à 2000, la part des exportations dans l'économie a crû fortement. On aurait pu alors penser que, sous l'effet du libre-échange et de la mondialisation, cette poussée de notre économie vers les marchés extérieurs allait s'accentuer et devenir irrésistible. Or, c'est l'inverse qui s'est produit!

Autour de l'an 2000, l'économie ayant absorbé les effets du libre-échange et la devise canadienne s'étant raffermie, la part des exportations internationales dans l'économie a commencé à diminuer, puis a chuté précipitamment après la crise financière de 2008. En fait, la part des exportations internationales dans l'économie québécoise a été plus faible en 2010 qu'en 1995, année du référendum!

La croissance du commerce extérieur n'est pas constante; elle peut être inversée et quand cela se produit, le marché intérieur canadien est un facteur de stabilité pour notre économie.

D'autre part, il y a un «effet frontière» qui entrave les échanges commerciaux entre pays. L'un de nous l'a chiffré dans un article publié en 1995. Il montre qu'en 1988, une fois pris en compte les effets de la taille et de la distance, nos provinces échangeaient 22 fois plus entre elles qu'avec les États américains. Malgré la barrière linguistique, cet effet frontière était au moins aussi élevé pour le Québec que pour le reste du Canada.

En 2000, même après la mise en oeuvre intégrale de l'Accord de libre-échange, le commerce interprovincial était 10 fois plus élevé qu'avec les États américains si l'on tient compte de la taille et de la distance. Cette différence était encore énorme.

Entre 2000 et 2010, en particulier après que la crise financière mondiale de 2008 eût fait chuter les exportations internationales, l'effet frontière a rebondi, passant de 10 en 2000 à 15 en 2009.

En somme, les frontières continuent d'avoir une grande importance. Quand l'économie mondiale défaille, le marché intérieur canadien prend le relais et garde toute son importance pour le Québec. Les échanges économiques au sein du Canada demeurent beaucoup plus fluides que ceux que le Québec peut nouer avec l'étranger. Pour profiter de cette fluidité, les Québécois doivent continuer à faire partie du Canada et non transformer les autres Canadiens en étrangers.

Même en tenant compte du libre-échange et de la mondialisation, l'intégration économique canadienne est importante pour le niveau de vie des Québécois et pour en profiter, le Québec doit rester dans le Canada.

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