Russie: les orphelins sacrifiés

En interdisant l'adoption par des Américains de ses... (Photo: AFP)

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En interdisant l'adoption par des Américains de ses enfants abandonnés, la Russie les utilise à des fins politiques. Sur la photo, le président russe Vladimir Poutine.

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Alain Roy
L'auteur est professeur à la faculté de Droit de l'Université de Montréal. Il a écrit Droit de l'adoption?: adoption interne et internationale, 2e édition (Wilson?&?Lafleur, 2010).

La Presse

Les médias du monde entier se sont relayé la nouvelle: les élus de la chambre haute du Parlement russe (le Conseil de la Fédération) viennent d'approuver à l'unanimité une loi interdisant aux Américains d'adopter des orphelins russes.

La loi se trouve maintenant sur le bureau de Vladimir Poutine pour «signature». L'interdiction, avoue-t-on candidement, s'inscrit au nombre des mesures prises par la Russie à l'encontre de la loi américaine dite Magnitski. Promulguée par le président Obama le 14 décembre dernier, la loi américaine prohibe l'entrée aux États-Unis des hauts fonctionnaires russes considérés responsables de la mort de l'avocat moscovite anticorruption Sergueï Magnitski, survenue en novembre 2009 dans une prison de la capitale.

Qu'un pays décide de limiter l'adoption internationale des enfants qui naissent ou résident sur son territoire est une chose parfaitement légitime. Mais limiter ou interdire l'adoption internationale pour des raisons politiques est une tout autre chose. Et c'est bien de cela qu'il s'agit dans l'haïssable loi adoptée par le Parlement russe. Rien de plus, rien de moins. Les orphelins russes, si vulnérables soient-ils, servent ici de mesures de représailles politiques. Non seulement cette loi pénalisera-t-elle les enfants russes qui, dans l'immédiat, ont tout intérêt à quitter leur orphelinat, mais elle privera également la Russie des mesures de contrôle et de surveillance qu'elle est appelée à exercer à l'égard des milliers d'enfants déjà adoptés par des Américains. Encouragées par le droit international, de telles mesures permettent aux États d'origine de s'enquérir du bon développement des enfants ainsi confiés. Or, selon certaines sources, de 2008 à 2011, pas moins de 14 660 petits Russes auraient été adoptés par des étrangers, dont 5177 par des Américains. Bref, que ce soit à l'égard des adoptions du futur ou des adoptions du passé, les 420 parlementaires qui ont voté en faveur de l'interdiction n'ont que faire des enfants. Il faut punir les Américains, peu importe le «sacrifice humain» qui en résultera.

Comme s'il était possible de maquiller l'opération, certaines autorités russes se sont employées à envelopper la loi d'intentions vertueuses. Le délégué du Kremlin aux droits de l'enfant, Pavel Astakhov (cité par Interfax) aurait déclaré que «les adoptions internationales sont nuisibles pour le pays, car si des étrangers adoptent les enfants russes, le pays sera moins porté à faire des efforts pour améliorer les choses à l'interne». Quel euphémisme!

En ripostant ainsi à la loi américaine Magnitski, la Russie cherche à sauver son honneur. Ce n'est pourtant pas en prenant ses orphelins en otage qu'elle y parviendra. Le vrai sens de l'honneur exige qu'elle garantisse plutôt la protection et le bien-être de ses enfants. Un pays qui envoie des hommes dans l'espace a non seulement les moyens d'améliorer les conditions de vie de ses orphelins; il dispose également des ressources pour assurer leur épanouissement et leur développement, et ce, à l'intérieur même de ses frontières.

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