Élèves «normaux» et surdoués: des accommodements déraisonnables

Le système d'éducation n'est pas adapté pour accueillir... (Photo: Sylvain Mayer)

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Le système d'éducation n'est pas adapté pour accueillir tous les enfants à l'école du quartier.

Photo: Sylvain Mayer

Geneviève Fiset
Ex-enseignante en Ontario
, l'auteure est une mère de cinq enfants qui vit à Montréal.
La Presse

L'idéalisme de voir tous les enfants fréquenter l'école du quartier se révèle plutôt un utopisme devant la réalité.

Le système d'éducation au Québec n'est pas adapté pour accueillir tous les enfants. Dans le contexte actuel, personne n'est bien servi. En Ontario, les enfants avec des difficultés d'apprentissages sont dans les classes. Ils sont toutefois accompagnés à temps plein ou partiel par un adulte qui allège le travail de l'enseignant. De même, tous les élèves en difficultés sont retirés des classes pour aller travailler avec l'orthopédagogue durant les périodes de mathématique et de français (ou anglais). L'enseignante à ainsi le temps d'enseigner aux autres enfants ce qu'il faut pour réussir son primaire, son secondaire et se préparer à sa future carrière.

Au Québec, certains cherchent tellement l'inclusion à tout prix qu'on oublie tous les autres enfants : ces élèves moyens à qui personne ne peut prendre le temps de les aider. Ces écoliers qui, éventuellement, deviendront également des élèves en difficultés alors qu'il en aurait été autrement dans un contexte différent.

Il y a aussi ces enfants trop doués. Ces enfants que personne ne veut nommer parce qu'eux, ne devraient pas se plaindre : ils apprennent facilement. Ces enfants qui pourtant s'ennuient au point de déranger dans la classe et de développer des problèmes de comportements. Ces enfants qui s'automutilent ou détruisent des crayons ou des gommes à effacer ne pouvant plus gérer cet ennuie qui les habite après que l'enseignante ait répétée 12 fois la même matière. Ces enfants qui ne vivent que pour la récréation tant la classe devient une torture. Ces enfants qui simulent des maladies pour ne plus venir à l'école et qui finissent par décrocher... Un enfant doué a aussi des besoins. Et ce n'est pas en tant qu'aide enseignant à temps partiel que l'on comble ceux-ci. Comment l'inclure dans un système d'éducation qui nivelle vers le bas au nom de l'accès pour tous à l'école du quartier?

Je me demande quels sont les enfants qui prennent trop de place dans notre système d'éducation. Est-il normal qu'une minorité doive faire subir à une majorité ses difficultés? Nous ne naissons pas tous égaux économiquement et intellectuellement. Faut-il alors tout égaliser en éliminant tout ce qui est élitiste et écraser une majorité au nom du libre accès à une minorité? À écouter et lire certains idéalistes, il ne faudrait plus de programmes enrichis où sont sélectionnés ces enfants qui réussissent bien. Il ne faudrait plus d'écoles privées qui sélectionnent les bons élèves pour que les jeunes qui réussissent bien n'aient pas hontes d'avoir des bonnes notes. Car malheureusement, encore aujourd'hui, il n'est pas bien vu d'avoir des bons résultats scolaires dans la plupart des polyvalentes au Québec.

Mes enfants fréquentent l'école publique. L'un a dû quitter l'école du quartier parce qu'il faisait partie de ces enfants doués. Il est en troisième année. Il y avait trop d'élèves en difficultés dans son niveau scolaire pour soutenir un rythme d'apprentissage normal. Il fréquente actuellement un programme musical dans une école publique où les enfants sont sélectionnés. Ses amis lui manquent énormément, mais il préfère aimer l'école que les récréations. Il se réjouit d'avoir enfin un rythme d'apprentissage qui répond à ses besoins.

J'ai appris par mon fils en cinquième année comment les élèves en difficultés sont mis à part par les autres enfants. Si dans le premier et le deuxième cycle du primaire, ils sont bien acceptés, ils finissent par devenir malgré eux un boulet pour les autres élèves qui prennent conscience de leurs différences. Agacés de devoir toujours attendre pour ces enfants qui ne comprennent pas les consignes, ceux-ci deviennent malgré eux des boucs émissaires. Cela me brise le coeur de voir mon fils rejeter cet ancien ami qui n'évolue pas au même rythme que les autres. Cet enfant qui souhaite jouer aux mêmes jeux qu'en première ou deuxième année du primaire, mais qui ne trouve plus d'enfant de son âge qui veulent y jouer. Lui rend-t-on service de le laisser continuellement se sentir différent des autres?

Personnellement, je ne reproche rien aux parents d'enfants normaux ou doués qui « sauvent » leurs enfants d'un système où l'accommodement devient déraisonnable.




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