Mexique : la présidence achetée

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Malgré son image souriante achetée à coup de pots-de-vin versés aux médias, le nouveau président Enrique Peña Nieto élu dimanche l'a été, en partie, grâce au vote «acheté».

PHOTO : CLAUDIA DAUT, REUTERS

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Françoise Roy
Écrivaine
, traductrice, l'auteure habite le Mexique depuis 24 ans.
La Presse

Le Mexique, une démocratie? Faites-moi rire. La démocratie n'est-elle pas une exigence que les pays des économies dites périphériques doivent remplir pour être acceptés au sein de la communauté des nations civilisées?

Voter est un devoir citoyen, droit acquis irréversible, preuve de développement moral et de tolérance. C'est le discours officiel que l'ont tient avec grande fierté depuis l'avènement au pouvoir du parti de droite en 2000, après 70 ans ininterrompus de domination d'un seul parti, processus que le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa a qualifié de «dictature parfaite».

En tant que Québécoise vivant au Mexique depuis longtemps, j'en suis venue à la conclusion que le suffrage basé sur les convictions politiques individuelles est un mirage de bien-pensants, un luxe que ne peuvent s'offrir que les États de droit. Un pays comme le Mexique, qui possède un des plus hauts taux d'assassinats de journalistes au monde et où plus de 50% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, ne peut s'orner d'une telle manifestation de civilité, produit d'esprits illustres qui n'ont connu ni la faim ni la violence. Malgré son image souriante achetée à coup de pots-de-vin versés aux médias, malgré sa rhétorique de réconciliation nationale, sa coiffure impeccable, ses belles paroles vantant la démocratie et la liberté, le nouveau président élu dimanche l'a été, en partie, grâce au vote «acheté». Belle invention du parti qui vient de reprendre le pouvoir. Il faut bien se moderniser, se refaire une beauté. Plus besoin de faire assassiner votre adversaire politique ou d'envoyer des commandos armés voler les boîtes de scrutin: les armes à feu sont effroyablement salissantes (après les 60 000 morts officielles qu'a fait la «guerre» contre le crime organisé menée par le président sortant, le peuple mexicain ne le sait que trop...). En outre, les meurtres politiques donnent très mauvaise presse dans les pays riches.

Monter démocratiquement sur la chaise présidentielle, ici, est beaucoup plus simple que de se rendre coupable de fraudes d'envergure: vous n'avez qu'à profiter (de façon éhontée) de la misère du peuple, de son ignorance savamment maintenue. Il suffit d'aller dans les quartiers populaires et d'offrir à qui est prêt à vendre son esprit pour un vil sac, quelques billets de cent pesos (8$) en échange de son intention de vote ou de sa carte d'électeur. Une pratique plus que courante lors de la dernière campagne électorale, impeccablement efficace, que les autorités électorales, de connivence avec le pouvoir, ont préféré ne pas condamner.

Le stratagème a pourtant été dénoncé à de nombreuses reprises, vidéos et témoignages à l'appui. Mais le silence est une chose bien utile quand on protège le pouvoir.




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