Violence à la télé: insensibles, agressifs

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Soixante pour cent des émissions télévisuelles contiennent des scènes de violence. Ce nombre augmente à 70% quand il s'agit d'émissions pour enfants. Curieusement, ce sont les dessins animés qui en présentent le plus.

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Marie-Danielle Lemieux
L'auteure est doctorante à l'Université Laval
, professionnelle au service de psychologie dans une commission scolaire. Elle prépare une thèse sur la violence dans les écoles.
La Presse

J'aimerais bien croire que toutes ces heures consacrées à consommer de la violence sur les petits ou grands écrans sont sans importance, mais le fait est aujourd'hui avéré: elles augmentent les comportements violents. Pire, elles rendent insensible. De nombreuses études le confirment.

Des enfants exposés à des images violentes n'interviennent pas si un camarade se fait agresser devant eux, ils l'ignorent. Ils deviennent de moins en moins empathiques, ont moins de compassion et sont davantage dépourvus de jugement. Les images violentes modifient notre représentation du monde.

Les mécanismes neurophysiologiques sont aujourd'hui connus grâce à l'imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMF). Les films violents ou d'horreur réduisent l'activité du cortex frontal, impliqué dans le contrôle des conduites agressives comme l'a rapporté une imposante étude transnationale de l'UNESCO.

Mais comment ces images opèrent-elles? Primo, elles augmentent la propension à agir avec violence ou agressivité, c'est ce qu'on appelle l'amorçage. Secundo, elles élèvent notre seuil de tolérance à la violence, c'est l'habituation. Et, finalement, elles augmentent nos sentiments de peur et d'insécurité. Ces mécanismes seraient les mêmes chez les enfants, les adolescents et les adultes. Le cerveau sélectionne souvent à notre insu des réponses cognitives et comportementales.

Plusieurs études ont confirmé que chaque heure de programmes violents, consommée par des enfants de 2 à 5 ans, multiplie par quatre la probabilité d'observer des troubles du comportement non seulement dans les heures qui suivent, mais aussi dans les cinq prochaines années. Conséquences à court, mais aussi à long terme. À force d'être répétées, ces images finissent par imprégner nos représentations sociales inconscientes.

Le spectateur moyen serait exposé à des dizaines d'actes violents par heure soit près de 2600 crimes et actes violents par année. Soixante pour cent des émissions télévisuelles contiennent des scènes de violence. Ce nombre augmente à 70% quand il s'agit d'émissions pour enfants. Curieusement, ce sont les dessins animés qui en présentent le plus. Pas étonnant que l'on devienne moins enclin à porter secours à un inconnu sur la rue. Toutes ces heures de violence virtuelle amoindrissent nos facultés d'empathie.

Loin de moi l'idée de faire de ceux qui regardent des films d'horreur des psychopathes en puissance. Mais prétendre que l'on peut visionner 50 000 meurtres et avoir toujours le même jugement social me laisse plus que perplexe. Nombre de travaux, études, recherches ont confirmé que la violence est contagieuse.

Nous ne sommes plus à l'heure de nous demander si la violence sur les écrans augmente les comportements violents: le fait a été démontré à maintes reprises et confirmé par la recherche. Grâce au développement des neurosciences, on en connaît aujourd'hui davantage sur le fonctionnement du cerveau humain. La violence comme l'empathie s'apprendraient dès le plus jeune âge. La compassion s'enseigne par les parents d'abord puis par les apprentissages de la socialisation à l'école.

Les troubles de comportement concernent surtout les enfants dont la personnalité est mal structurée et l'identité mal construite. Les adultes ont un rôle prépondérant dans cet exercice. Ceux qui ne reçoivent pas l'attention et l'affection nécessaires à leur développement peuvent développer des problèmes relationnels importants.

Peut-être n'éradiquerons-nous jamais l'existence des «serial killers», mais en parler un peu moins et cesser d'en faire des héros de films, serait déjà un pas dans la bonne direction.




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