Kraft Dinner et soutien-gorge

 

Gisèle Saucier
L'auteure est une travailleuse sociale et fonctionnaire à la retraite.

Cyberpresse

Dans les années 70, j'ai complété un DEC en service social au cégep du Vieux-Montréal sans l'aide de mes parents. Ma famille comprenait 10 enfants, nous habitions la campagne. Je devais me contenter d'un prêt et d'une bourse pour vivre à Montréal.

Je me rappelle, lors d'une visite à la maison, j'avais ramené un sac rempli de linge sale pour la lessive. Maman a été peinée de voir que l'un de mes soutiens-gorge était tellement usé qu'il s'effilochait.

Je savais que mes parents n'avaient pas beaucoup d'argent. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, le week-end terminé, de voir maman me remettre en cachette 5 $ pour m'acheter un soutien-gorge neuf.

Maman n'a jamais su que j'avais utilisé ce petit pécule pour m'acheter... beaucoup de boîtes de Kraft Dinner. Ma faim était plus grande que le besoin de me vêtir. De plus, à 18 ans, la poitrine se porte bien seule, même si elle n'est pas soutenue...

J'avais la foi de ma jeunesse. J'ai participé avec ardeur aux manifestations pour un Québec français en me cachant sous les galeries lorsque les policiers chargeaient les manifestants.

Mes études complétées, avec des dettes de plus de 10 000 $ en 1973, je vivais très humblement. Nous avons couché sur un matelas au sol pendant bien des années avant d'avoir un ensemble de chambre à coucher.

En 10 ans, mon prêt a été remboursé.

Aujourd'hui, les jeunes croient qu'à l'époque, nous avons été choyés pour nos études. Pourtant, ce n'était pas le cas. J'ai fait d'énormes sacrifices pour atteindre mon but. Rien ne fut facile.

Ma peine me vient du fait que les étudiants luttent contre une hausse de 1600 $ des droits de scolarité répartie sur cinq ans. Petit montant qui, au fond, n'empêchera personne qui le veut vraiment de compléter ses études. Eux qui formeront notre élite de demain, n'ont-ils, en 2012, que l'argent comme cause pour se battre ?

Il me semble que si on luttait et si on marchait dans les rues, ce devrait être pour que tous les enfants mangent à leur faim, pour que les femmes soient respectées dans le monde, pour que les peuples de la Terre puissent avoir la liberté de parole, pour défendre la cause environnementale, pour qu'il n'y ait plus de guerres, ni de viols, ni de meurtres. Il faudrait lutter pour que l'amour remplace les canons et que la paix règne entre toutes les personnes, peu importe la couleur, la race ou la religion.

Ce qui se vit présentement au Québec n'a rien du Printemps arabe. Les peuples arabes se battent pour la démocratie. Ils luttent pour se défaire d'un dictateur, pour leur liberté. Ici, on se bat pour 1600 $ dans une société d'abondance.

L'avenir, ce sont nos jeunes qui le portent. Souhaitons qu'en leur coeur, ils voient autre chose que le dollar pour bâtir leur vie, et que le but visé soit vraiment ce qui est mentionné dans les médias et non pas le masque d'une autre cause.

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