Accès à l'université: une question de perception des coûts

Les étudiants se sont récemment rassemblés à Québec... (Photo: Pascal Ratthe, Le Soleil)

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Les étudiants se sont récemment rassemblés à Québec pour manifester devant l'Assemblée Nationale contre la hausse des droits de scolarité.

Photo: Pascal Ratthe, Le Soleil

 

Valérie Vierstraete
L'auteure est professeure agrégée au département d'économique de l'Université de Sherbrooke.

Cautionner une hausse des droits de scolarité ou leur gel à l'université reste un choix de société. Cependant, il faut être bien conscient que même si on aboutissait à une quasi-«gratuité» pour les étudiants qui accèdent à l'université, le coût des études supérieures serait néanmoins à assumer par quelqu'un.

À titre d'exemple, en Suède souvent prise en référence, on finance la «gratuité» de l'enseignement supérieur par un impôt s'appliquant même à partir de revenus modestes. À un autre niveau, les syndicats étudiants dénoncent en France, pays où les étudiants paient des droits très faibles à l'université, que les étudiants soient obligés, dans certains secteurs, de « s'acheter » des conventions de stages (peu rémunérés) dans l'espoir de se décrocher par la suite un premier emploi.

Un argument qu'on entend souvent pour dénoncer la hausse des droits de scolarité est celui de l'accessibilité aux études. J'ai mené pour le compte du ministère de l'Éducation, en 2007, une étude sur différents scénarios de gel ou hausse des droits au Québec. Appliquer directement les conclusions de l'étude à la hausse actuelle peut cependant s'avérer difficile.

Tous les économistes s'entendent sur l'idée que, lorsqu'un prix s'élève, la quantité consommée de ce bien sera réduite. En revanche, l'ampleur de cette variation est très discutée et mon étude ne fait pas exception à cette discussion.

De plus, l'étude de 2007 s'appuyait sur différentes hypothèses. La hausse des droits prévue dans le budget, même si elle est élevée sur une courte période de temps, n'en reste pas moins progressive et annoncée. L'impact de cette hausse devrait, de ce fait, être plus faible que celle calculée dans l'étude où l'hypothèse était une augmentation soudaine et immédiate des droits pour atteindre 50% des droits canadiens.

De plus, une autre hypothèse, souvent oubliée quand les résultats de l'étude sont rapportés, est qu'on s'y plaçait dans un univers où « toute chose est égale par ailleurs », hypothèse que l'on ne retrouve évidemment pas dans la réalité. La hausse des droits de scolarité ne va pas être le seul changement que connaîtront les étudiants dans les cinq prochaines années, et assurément, les étudiants et leurs parents s'adapteront à cette hausse dans le but d'accéder à l'université. Cela pourrait être en travaillant plus l'été, en réduisant les dépenses de loisirs, en acceptant de plus s'endetter, ou en cotisant dans un REEE si on envisage un plus à long terme, pour ne citer que quelques exemples.

Aussi, mon opinion est que si la hausse des droits entrave l'accès à l'université, ce ne sera pas tant à cause du niveau atteint par les droits, que de la perception qu'ont les étudiants et leur famille du coût total des études, souvent surévalué, alors que les bénéfices de l'éducation sont largement sous-évalués, notamment pour les familles les plus modestes.

De plus, si l'idée est réellement de promouvoir l'accès à l'université, le meilleur moyen reste d'investir dans les ordres inférieurs d'éducation, du secondaire jusqu'aux CPE, afin d'accompagner les élèves dans leur réussite scolaire. Les ressources du gouvernement, et en définitive des citoyens, ne sont pas illimitées, et si le combat est l'accès à l'université, il faut utiliser les bons moyens.

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