Fusion entre le NPD et les libéraux: une stratégie risquée

Le chef par intérim du Parti libéral du... (Photo: Sean Kilpatrick, PC)

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Le chef par intérim du Parti libéral du Canada, Bob Rae.

Photo: Sean Kilpatrick, PC

Mike Medeiros

L'auteur est candidat au doctorat au département de science politique de l'Université de Montréal.

Depuis le tragique décès de Jack Layton, le débat autour de la fusion entre le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Canada (PLC) s'est ravivé. Le désir d'unir les deux partis à la gauche du Parti conservateur du Canada (PCC) est en partie basé sur l'union politique qui a mené à ce dernier et à son succès électoral depuis. Mais avant de s'inspirer trop de la naissance du PCC, les promoteurs du projet de fusion entre le NPD et le PLC devraient se rappeler de quelques éléments importants.

Le PCC est non pas le résultat d'une union politique, mais plutôt d'une réunion, car les forces qui le constituent ont longuement formé le même parti. En réalité, il n'y avait qu'une séparation d'une dizaine d'années chez les conservateurs. De l'autre côté, le NPD, sous la forme de la Fédération du Commonwealth coopératif, existe depuis 1932; un fait qui n'a pas empêché les libéraux de dominer la scène fédérale pendant la majeure partie du 20e siècle.

De plus, la volonté d'unir les forces progressistes s'expose à un problème potentiellement majeur. Les libéraux-démocrates ou les progressistes, ou tout autre nom que les membres de ce nouveau parti adopteraient, seraient naturellement poussés plus au centre. Ceci serait une position qui pourra déplaire à plusieurs sociaux-démocrates et qui provoqueraient d'énormes frictions presque instantanément, menant peut-être même à la création d'un autre parti de gauche par ces dissidents.

On doit se rappeler que le Canada a un système multipartisan depuis 1911. Malgré le fait que la grande majorité des démocraties sont gouvernées, seul ou en coalition, par deux partis majeurs qui s'échangent sporadiquement le pouvoir, le bipartisme pur à l'américaine est une exception rare. Le multipartisme est la règle générale. Alors, avoir deux partis au fédéral, un à gauche et l'autre à droite comme aux États-Unis, n'est peut être pas impossible, mais les chances sont minces que le bipartisme s'installe de façon permanente au Canada. Cette dynamique politique va à l'encontre de l'histoire politique canadienne et de la règle générale de la démocratie parlementaire.

Le désir de fusionner le NPD et le PLC semble provenir, en grande partie, de la volonté de défaire les conservateurs. Cependant, le PCC n'a pas nécessairement été victorieux parce que l'opposition était divisée. Il faisait plutôt face à une opposition qui était incapable d'exposer ouvertement et clairement les défauts - et ils y en avaient plusieurs - de Stephen Harper et de son gouvernement.

Alors, plutôt que de rentrer dans une polémique sur la fusion des deux partis, le NPD et le PLC devraient, avant tout, penser à être de meilleures parlementaires.

Plus précisément, le NPD devrait canaliser ses efforts dans le but de consolider ses appuis au Québec et de démontrer aux provinces à l'ouest de la rivière des Outaouais, surtout en Ontario, qu'il a laissé derrière lui son passé socialiste et est devenu financièrement et économiquement responsable.

Dans le cas du PLC, il devrait se concentrer à réparer les ponts brisés avec le Québec et l'Ouest et arrêter d'être obsédé avec la chefferie; deux éléments qui limitent grandement son succès.

Si le NPD et le PLC ignorent leurs problèmes internes et tombent sous le charme par la possibilité, vraisemblablement irréaliste, d'unir leurs votes, ils se dirigent vers une stratégie de discorde qui risque de ne pas faire de gagnants.




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