Mourir seul

Selon le communiqué officiel émis par sa famille, Jack Layton est décédé... (Photo: archives AP)

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Sébastien Fassier

L'auteur réside dans l'arrondissement du Plateau Mont-Royal
, à Montréal.

Selon le communiqué officiel émis par sa famille, Jack Layton est décédé paisiblement chez lui, entouré de ses proches. La même semaine, mon voisin d'en face est décédé lui aussi. Seul. Tellement seul qu'on ne saura probablement jamais à quel moment et dans quelles circonstances.

C'est une policière en faction devant sa maison du Plateau Mont-Royal, toutes portes et fenêtres ouvertes, qui m'a annoncé la triste nouvelle. Pendant plusieurs heures, elle a tenté, sans succès, d'identifier un membre de la famille ou un proche à qui elle pourrait signaler le décès...

Comme beaucoup de Canadiens, j'ai apprécié ce qu'incarnait Jack Layton dans sa vie publique et j'estime que les honneurs qui lui ont été rendus cette semaine étaient tout à fait mérités. Cela dit, le contraste entre l'ampleur de ses funérailles nationales et le départ anonyme et silencieux de mon voisin m'a profondément affecté.

Le soir même, dans une cérémonie un peu dérisoire, nous avons allumé des bougies sur ses escaliers. Une manière de dire «Nous avons remarqué que tu es parti»... Aujourd'hui, j'aimerais aller plus loin et pouvoir écrire en ces lignes un hommage posthume à celui que ma fille aînée appelait tout simplement «le vieux monsieur». Pourtant, j'en suis tout à fait incapable: nous avons vécu cinq ans à quelques mètres de sa porte d'entrée et je réalise que je ne connaissais même pas son nom.

Nous avons bien eu quelques contacts. À plusieurs reprises au cours des derniers mois, je l'ai aidé à se relever après qu'il fut tombé sur le trottoir (en me demandant ce qui se passerait s'il faisait une telle chute un soir d'hiver...). Nous lui avions même proposé d'aller faire ses courses, mais il a systématiquement refusé. Je sentais bien qu'il hésitait à nous faire confiance. Avec les histoires d'horreur que rapportent les médias, invasions de domiciles, violence et abus faits aux aînés, pourquoi aurait-il accepté l'aide d'un étranger?

Est-ce que j'aurais dû insister? Prévenir les services sociaux? Imposer notre aide ou celle d'un organisme? Est-ce qu'une quelconque intervention aurait changé quelque chose? La question mérite d'être posée pour de très nombreuses personnes âgées qui vivent seules, souvent dans des conditions difficiles, tout particulièrement à Montréal.

Si une personne âgée vit seule près de chez vous, prenez cinq minutes pour proposer votre aide. Et de grâce, insistez un peu! Il est logique que nous n'ayons pas tous des funérailles nationales comme celles de Jack Layton, mais personne, absolument personne, ne devrait mourir seul et dans l'indifférence générale comme mon voisin d'en face.




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