Un Québec sexiste

L'image que Johnny Weir a progetée aux Jeux... (Photo: archives AFP)

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L'image que Johnny Weir a progetée aux Jeux olympiques est venue heurter celle qu'avaient intériorisée les journalistes et analystes sportifs et qui fait actuellement consensus.

Photo: archives AFP

Jean Denis Marois

Détenteur d'une maîtrise en service social
, l'auteur est un intervenant psychosocial à AutonHommie, Centre de ressources pour hommes de Québec.
La Presse

Les commentaires qu'ont tenus Claude Mailhot et Alain Goldberg au sujet du patineur artistique Johnny Weir, et l'écho qu'ils ont eu au Québec, révèlent pour certains un discours homophobe. À mon avis, ces propos ne relèvent pas d'une réelle aversion pour les gais.

En fait, cet épisode digne des Plouffe démontre qu'au Québec, nous souffrons encore du syndrome de la taverne «chez Gilles». Nous nous percevons comme une société progressiste, mais sous ce vernis, cet incident montre que nous sommes collectivement encore attachés à une vision limitée et traditionnelle de ce qu'est un homme.

D'ailleurs, qu'est-ce qu'un homme? Cette question, il y a plus de 40 ans, ne méritait pas une réponse détaillée. Un homme, c'était le maître après Dieu, le pourvoyeur de la famille, le préfet de discipline, le gardien de la morale, qui incarnait aussi le pouvoir, la puissance physique, le stoïcisme face à la douleur, l'impassibilité devant des émotions jugées menaçantes, le silence. Bref, les hommes rassemblaient les caractéristiques inverses que l'on prêtait aux femmes.

Or, les transformations qu'a connues le Québec depuis la Révolution tranquille sont venues déconstruire cette image monolithique et nous avons constaté qu'il existait plusieurs manières d'être et de se comporter en homme.

Dans nos sociétés, nous avons divisé l'ensemble des qualités qui appartiennent à l'humanité en catégorie masculine et féminine et défini des rôles appropriés à chacun des sexes. Un être humain naît homme ou femme, c'est un fait biologique, mais ce qui relève du féminin ou du masculin est avant tout une construction sociale, qui varie selon les cultures, et qui débute très tôt dans la vie de la personne.

Durant l'enfance, les parents, les proches et la société influencent la formation de l'identité de rôle de genre. Par exemple, les hommes et les femmes ne boutonnent pas leurs vêtements du même côté, ne portent pas les mêmes souliers, se coiffent différemment. Ces façons de faire sont si communes, si familières, qu'elles semblent faire partie de l'ordre naturel des choses.

Cependant, être un homme ou une femme ne représente pas un état figé, mais une construction toujours en redéfinition. On naît homme, mais on acquiert des comportements dits masculins. Or, le mode de socialisation des hommes, les images médiatiques que nous avons intériorisées et le discours que nous tenons à leur sujet demeurent encore très souvent désuets et passéistes.

Dans le Québec d'aujourd'hui, la socialisation masculine et les rôles que l'on demande aux hommes d'adopter interdisent encore souvent l'expression des sentiments et l'exploration de la vie intérieure.

Pour un homme, ce qui est valorisé dans notre société, c'est la réalisation de soi, la confiance en soi, c'est montrer sa force, être compétent et indépendant, avoir du succès, c'est aussi l'agressivité et la témérité. Les sports professionnels illustrent à merveille cet état de fait.

L'incident qui a fait les manchettes à la suite des propos de MM. Mailhot et Goldberg n'est pas lié à l'homosexualité présumée du patineur américain qui, à ma connaissance, n'a jamais été affichée ou dévoilée. Ce qui a posé problème, c'est l'habillement, le rouge à lèvres, l'attitude. Or, malheur aux hommes et aux garçons qui ne se conforment pas aux diktats du genre masculin : les gais, les efféminés ou ceux en apparence trop sensibles. Ils sont victimes de discrimination ou d'injures, ou plus subtilement, ils sont l'objet de risée.

L'image que Johnny Weir a projetée aux Jeux olympiques est venue heurter celle qu'avaient intériorisée les journalistes et analystes sportifs et qui fait actuellement consensus. Celle qui nous réconforte et nous conforte dans nos préjugés et qui est proposée dans les pages de magazines comme Summum version féminine : des hommes musclés, forts, virils, sûrs d'eux-mêmes, des sportifs, des gagnants, des guerriers!

Le problème avec la «tapette», l'efféminé, c'est l'image qu'il projette. Un homme efféminé représente la fragilité, la douceur, une certaine vulnérabilité, des qualificatifs qui sont menaçants pour l'homme traditionnel, le gars «gars».

La leçon que je tire de cette histoire est que nous vivons dans une société profondément sexiste, où les comportements des hommes et des femmes sont encore trop souvent normés et figés.




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