Les 13 éditions de Bell Cause pour la cause ont contribué à réduire la stigmatisation et l’autostigmatisation, tout en donnant le courage à de nombreuses personnes de demander de l’aide. C’est tout un accomplissement, mais les tabous contribuent encore à réduire de 10 à 25 ans l’espérance de vie des personnes vivant avec un trouble de santé mentale (1).

En 2016, j’ai été nommée Visage de la maladie mentale par l’Alliance canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale et Ambassadrice Bell Cause pour la cause. J’ai raconté mon histoire, mais je n’ai pas osé tout dire.

C’était alors plus facile de parler d’anxiété et de dépression, mais j’avais aussi parlé de bipolarité avec mes épisodes de psychose, de manie (état d’exaltation intense), de paranoïa et d’hallucinations. Pour m’éviter les conséquences de la stigmatisation, des proches m’avaient déconseillé de mentionner les mesures d’exception qu’on avait dû m’imposer, comme la garde en établissement, l’isolement et la contention. En parler pour la première fois éveille mes craintes, parce que cela peut susciter les vôtres. Ces événements ne me définissent pas, ils m’ont permis de cheminer et je souhaite que les raconter nous fasse avancer. Et je sais que mon parcours aurait pu être encore plus périlleux et plus stigmatisant.

« Ne pas préjuger des préjugés des autres » : une devise pour oser me dévoiler. Grâce à des rencontres fabuleuses et de l’aide, j’ai apprivoisé la maladie mentale à travers le parcours sinueux du rétablissement en acquérant de nouvelles connaissances et compétences. Ces précieux « savoirs expérientiels » sont notamment utilisés par les pairs aidants.

Déboulonner les tabous, c’est aussi partager des aspects porteurs d’espoir comme l’abandon de ma carrière d’actuaire pour donner un sens à mon rétablissement, la confiance que des employeurs m’ont témoignée et mon confort « relatif » à m’identifier dans mon milieu de travail comme une personne vivant avec un trouble de santé mentale.

Peut-être cela contribuera-t-il à l’effort du ministère de la Santé et des Services sociaux (2) pour réduire la stigmatisation institutionnelle qui persiste au sein des services de santé.

Parce que « je suis une personne, pas une maladie » (3), je veux aussi parler de mon bien-être et des joies de l’hiver, de mes marches avec mon conjoint, de mon chien qui danse de bonheur, de mon fils qui prépare le souper pour alléger mes débuts dans un nouvel emploi, du casse-tête reçu de mon petit-fils, de mes voyages, de mon amie qui est venue souper, de mon nouveau cours de Pilates et des moments uniques à chanter avec mes parents. La vie d’une personne atteinte d’un trouble bipolaire ne se résume pas à des hauts et des bas comme dans les séries télévisées – ma vie peut être bien banale, croyez-moi !

Ne jugez personne avant d’avoir marché dans ses souliers, dit-on. Si certains souliers peuvent donner l’impression de gravir une montagne avec des semelles de plomb, gardez l’espoir qu’au-delà des montagnes, il peut y avoir un soleil.

Aujourd’hui et toute l’année, déconstruisons les tabous un à un et brisons le plafond de verre de la stigmatisation.

* Stéphanie Fontaine est conseillère-cadre aux projets novateurs en santé mentale dans le réseau public de la santé, M.Sc. santé publique, mère, conjointe, sœur, fille et amie

(1) Consultez le document de la Commission de la santé mentale du Canada
(2) Consultez le guide du ministère de la Santé et des Services sociaux

(3) Source : Luc Vigneault, auteur et pair aidant

Consultez le site Relief pour plus d’information sur l’autogestion et les troubles bipolaires
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