C’est maintenant presque devenu une tradition, le beau temps ramène au premier plan la question de la pertinence des codes vestimentaires dans les écoles. On a appris récemment que des surveillants avaient vérifié de manière « inappropriée1 » la longueur des jupes à l’école Père-Marquette, que l’école Robert-Gravel adoptait un code vestimentaire « non genré2 » et qu’un mémoire de maîtrise expliquait que le code vestimentaire dans les écoles était ni plus ni moins qu’un « mécanisme de domination des corps des filles3 ».

Publié le 25 mai
David Santarossa
David Santarossa Titulaire de maîtrises en enseignement et en philosophie et enseignant au secondaire

Il va sans dire qu’il y a dans certaines écoles des processus de vérification qui sont tout bonnement inadéquats. Utiliser ses doigts ou une règle pour s’assurer de la bonne longueur de la jupe a quelque chose d’intrusif qui rappelle l’école religieuse d’antan. Mais ce n’est pas parce que les moyens de s’assurer du respect du code vestimentaire sont déplacés que le code l’est aussi.

En fait, ces évènements dont nous avons beaucoup parlé dans l’actualité posent une question de fond : est-ce que le code vestimentaire, qui limite la longueur des jupes ou la profondeur du décolleté, libère ou asservit ?

Ceux qui critiquent le code défendent qu’il asservit, car il sexualiserait injustement le corps des adolescentes, c’est-à-dire que l’institution scolaire enverrait le signal que le corps de celles-ci est un objet sexuel et qu’il faut donc le cacher. Bref, ce ne sont pas les adolescentes qui se sexualiseraient, ce serait en réalité le regard des autres, généralement celui des hommes, qui érotiserait les jeunes femmes.

Disons-le sans détour, il y a une certaine naïveté dans une telle idée. Les adolescents cherchent à séduire et à plaire à l’être aimé. Autrement dit, considérer que la sexualisation se fait uniquement dans l’œil de l’observateur et qu’elle n’a rien à voir avec l’intention de celui ou celle qui s’habille, c’est nier la réalité que nous avons tous vécue à l’adolescence.

Certains justifient le code vestimentaire à partir de cette idée, mais en ajoutant qu’il sert à ne pas « déconcentrer les garçons dans leurs études ». Ceux qui critiquent le code ont raison de dire que cette justification ne tient pas la route. Les filles ne sont pas responsables de l’inattention des garçons et ces derniers ne sont pas de petits pervers qui perdent leurs moyens devant une courte jupe.

Cela dit, même si cet argument est vaseux, le code vestimentaire se défend néanmoins.

En effet, on peut militer pour un code vestimentaire « strict » en disant tout simplement que l’école n’est pas le lieu de la séduction, mais de l’étude et qu’en ce sens, une tenue décente qui uniformise l’habillement des élèves est de mise. Nul besoin de tomber dans des clichés dépassés pour le dire.

L’école ou les réseaux sociaux ?

Mais dans toute cette histoire, ce qu’on oublie surtout, c’est qu’en supprimant les règles « oppressives » de l’école, on ne fait que remplacer ce « mécanisme de domination » par un autre, qui, lui, est beaucoup plus insidieux.

Si ce n’est pas l’école qui impose des règles, ce seront les réseaux sociaux, le regard des camarades de classe et la mode, bref la pression par les pairs, qui dicteront en bonne partie comment s’habilleront les garçons et les filles. Surtout ces dernières d’ailleurs. On ne compte plus les études qui montrent que les filles sont beaucoup plus sensibles à l’image qu’elles projettent et qu’elles réagissent fortement au regard de l’autre.

On s’imagine à tort que les choix des adolescents et des adolescentes se font nécessairement en toute liberté et que les règles édictées par l’école restreignent cette liberté. Or, on peut tout à fait penser que des règles, qui ont certes leurs défauts, parviennent à émanciper l’individu de la pression par les pairs. En ce sens, un code vestimentaire a bel et bien sa place dans les écoles du Québec.

1. Lisez l’article d’Ariane Krol, « Des élèves dénoncent une vérification “inappropriée” du code vestimentaire »
2. Lisez l’article d’Ariane Krol, « L’école Robert-Gravel adopte un code vestimentaire non genré »
3. Lisez l’article de Maude Goyer, « Les conséquences du code vestimentaire au cœur d’un mémoire »
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