(Pékin) François Hamelin a glissé une lettre dans la valise de son frère Charles, avant qu’il parte pour ses cinquièmes Jeux, à Pékin.

Publié le 15 février

« Ce que je lui ai écrit ? Je veux voir ton plus gros sourire dans ta face à chaque course, c’est un privilège d’être là. »

François, 35 ans, est le premier de la famille à s’être essayé au patinage sur courte piste, à Sainte-Julie, il y a 30 ans. Et c’est un peu par accident, dans une activité familiale, que son grand frère Charles a tâté de la courte piste.

« Honnêtement ? Il l’avait pas pantoute. » Il avait plus de succès chez les scouts.

Toute sa carrière, François a été considéré comme le plus élégant, celui avec la plus belle technique de toute l’équipe. Mais c’est Charles qui a fini avec le palmarès le plus chargé.

Et à deux jours de la dernière épreuve olympique de Charles, le relais 5000 m, François se remémore ce qui reste leur plus beau moment : la médaille d’or au même relais, à Vancouver, en 2010, avec son frère, François-Louis Tremblay, Guillaume Bastille et Olivier Jean.

« C’est inoubliable, on était ensemble, à la maison, c’était surréaliste. La foule criait tellement dans l’aréna, on avait refait un tour d’honneur sur la glace après la cérémonie des médailles. On était des rock stars. Charles, en plus, avait gagné l’or au 500 m, dans des Jeux au Canada.

« Mais à la fin, une médaille, après un peu de notoriété qui s’effrite avec le temps, c’est des souvenirs. Ma médaille est dans un tiroir, je ne la regarde presque jamais. Mais je pense souvent à ce moment-là, et au lien qui nous soude à jamais. »

L’équipe du relais masculin s’alignera donc mercredi face à quatre autres, pour la dernière journée de la courte piste. Et le dernier tour de piste de Charles.

« Ce qui m’habite, c’est juste la fierté. Je lui souhaite la médaille, il la mérite [il deviendrait le Canadien plus titré avec six médailles], mais il n’a plus rien à prouver. C’est un modèle pour une, en fait pour des générations. Il laisse un legs.

« C’est quoi, une médaille ? Quand tu commences comme athlète, quand tu rêves aux Jeux, tu t’imagines seul sur un podium, et sans doute c’est formidable, toute l’équipe est contente pour toi, il n’y a pas de jalousie, en tout cas tu espères que non… Mais tu es seul à avoir le projecteur. Au relais, c’est la fierté partagée de l’avoir fait ensemble, tu pousses les autres et les autres te poussent. L’énergie de l’équipe et les émotions partagées, c’est incomparable. »

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Pour les Hamelin, le patinage de vitesse a été plus qu’un sport. C’était un milieu de vie. Le plus jeune, Mathieu, a aussi fait du patinage à un haut niveau. Manon Goulet, leur mère, a été partie prenante tout le long, et Yves Hamelin, le père, après avoir été impliqué au plus haut niveau à la fédération, est maintenant vice-président des performances à l’Institut national du sport du Québec.

En me parlant – il est à Montréal –, François Hamelin frotte son épaule, sur laquelle la plus jeune de ses trois enfants vient de régurgiter légèrement. Il laisse ouverte la porte de la compétition sportive pour eux, mais sans y tenir absolument. Roméo, le plus jeune (quatre ans et demi) est inscrit au programme des « pingouins ».

À suivre…

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François travaille encore tout près, puisqu’il gère les réseaux sociaux pour le patinage de vitesse. Il n’en a pas moins un regard un peu plus critique sur ce sport qu’il « aime démesurément ».

« Ce qui me fâche, c’est le manque de constance dans l’arbitrage. Ce n’est pas normal qu’un expert comme moi ne soit pas capable d’expliquer à ma blonde une disqualification. Des fois, c’est celui qui dépasse qui est disqualifié, des fois, c’est celui qui est dépassé, et ce n’est pas toujours clair pourquoi. »

Nathalie Lambert fait un effort immense pour standardiser les décisions, sans nuire au spectacle.

François Hamelin

Parce que, bien sûr, une part de chaos est ce qui rend ce sport excitant.

« L’autre soir, j’étais en maudit, j’étais fâché, et je ne parle pas de cas canadiens. Un Hongrois et un Coréen, des favoris, ont été disqualifiés, et d’après moi, ça n’avait pas lieu d’être. Je sais qu’il y a un stress supplémentaire aux Jeux, et c’est showtime, alors la prise de risque est plus grande. Mais il y a un problème. »

Il a beau ne pas s’en faire avec le résultat, il sera devant l’écran comme il l’est toujours, nuit ou jour, pour voir l’ultime course de Charles, Jordan, Pascal et Steven – Maxime Laoun sera réserviste.

« Je les regarde, et j’ai vraiment l’impression qu’ils ont du méga-gros fun. J’aime ça voir ça. Je m’en fous de la médaille, parce que s’il n’y a pas ce fun, c’est raté. »

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En entrevue plus tôt cette semaine en zone mixte, l’entraîneur national canadien Sébastien Cros jonglait encore avec l’ordre des patineurs pour cette course de 45 tours.

Il n’y a pas grand mystère tactique ici.

« C’est évident qu’à cinq équipes, on ne veut pas se ramasser derrière, dit Cros ; bien qu’en Hongrie, on s’est retrouvés tout en arrière, on a remonté et finalement gagné. Ça montre que les gars savent rester calmes, savent quand y aller, savent quand ne pas s’énerver si ça ne se produit pas comme prévu. »

Parce que, bien entendu, rien n’arrive jamais comme prévu dans ce sport.

Ce qu’on sait, c’est que Charles Hamelin partira le premier de ce relais classé numéro un au monde, ne serait-ce que pour incarner son surnom de « locomotive de Sainte-Julie ».

Kim Boutin, au fait, préfère l’appeler « le cheval pas de freins ».

Le petit frère Hamelin, lui, n’a qu’un seul commandement : « comme : aie juste du fun. »