Troisième prise. Troisième retrait. Retirez votre casque, rangez vos bâtons, éteignez les lumières. La partie est terminée.

Publié le 21 janvier

Il n’y aura pas de nouveau stade de baseball ni de nouveau club des ligues majeures à Montréal de sitôt. Le promoteur du projet, Stephen Bronfman, était atterré jeudi, quelques heures après que le baseball majeur eut refusé son concept d’équipe en garde partagée avec la ville de Tampa.

« On croyait tellement dans ce plan de villes sœurs avec Tampa. On n’a pas de plan B », a-t-il reconnu, avec franchise. « Déçu », « épuisé », « bouleversé », M. Bronfman a ajouté ne pas avoir « passé cinq minutes à penser à autre chose ».

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Stephen Bronfman, promoteur du projet de retour des Expos de Montréal

Deux constats.

• Pas de plan B ? C’est renversant. Ça fait des années que tout le monde, en Amérique du Nord, qualifie le projet de villes sœurs de « ridicule » et d’« insensé ». Et ça, c’est la version publiable. Même les défenseurs les plus irréductibles de Stephen Bronfman étaient convaincus que la garde partagée, c’était ça, le plan B ! Mais non. Le consortium n’avait pas l’intention – ni les moyens – d’acquérir une équipe d’expansion pour 2,2 milliards US.

• On s’attendait à ce que l’opposition vienne d’ici. De groupes communautaires. De promoteurs adverses. De la Ville de Montréal, qui avait un droit de veto sur l’attribution du terrain. Du gouvernement du Québec, courtisé pour financer la construction du stade. Même pas. Le tir fatal est venu d’un précieux allié, le comité de direction du baseball majeur, auquel siège le partenaire de Stephen Bronfman dans cette aventure, le propriétaire des Rays de Tampa Bay, Stuart Sternberg.

Surréaliste.

« Stuart doit siéger à ce comité dans trois semaines. Je ne sais pas comment il va faire ça », a affirmé M. Bronfman, qui n’a reçu aucune explication du refus du baseball majeur. Je lui ai demandé si, au moins, il avait eu l’occasion de défendre son projet auprès des décideurs.

« Moi ? Jamais, non. On passait toujours par Stuart. C’est lui qui le présentait avec son président. Stuart est sur le comité exécutif. C’est lui qui avait les discussions. À la fin, c’était assez dur pour lui aussi. Il n’y avait pas beaucoup d’engagement. C’est difficile quand on [nous dit] : go go go, pas go. Quand tu n’as que des croyances. Peut-être qu’un jour, nous en saurons plus. »

PHOTO SCOTT KEELER, ASSOCIATED PRESS

Stuart Sternberg, au centre, propriétaire des Rays de Tampa Bay

Ça fait des années que nous demandons au Groupe Baseball Montréal plus de transparence dans ses démarches. Pas juste nous, les journalistes. Les politiciens aussi. Je cite la mairesse Valérie Plante, le mois dernier : « Il y a un engouement, un intérêt. Mais il y a aussi des craintes. Il faut avoir des éléments concrets pour que les Montréalais et les Québécois puissent dire si c’est une bonne idée, ou non. »

Aujourd’hui, on comprend mieux le silence prolongé de Stephen Bronfman et de ses partenaires.

Eux aussi attendaient des réponses. Des indices. Un appel de phare du baseball majeur. Ils ne tenaient pas le gouvernail. Ils n’étaient que des passagers, sur le pont, qui cherchaient la Terre promise à travers un épais brouillard.

Pour l’amateur de baseball que je suis, la fin de l’aventure est décevante. Le baseball, j’en mange. C’est le sport dans lequel j’ai grandi. Le sport dans lequel j’ai commencé ma carrière de journaliste. Le sport autour duquel s’articulent nos vacances familiales. Je passe mes soirées d’été dans les stades de Côte-Saint-Luc, Laval et Saint-Lazare. Je me voyais bien dans le nouveau stade, en famille, une soirée fraîche de septembre, avec deux hotdogs, une p’tite laine et une orangeade.

Comme contribuable, j’étais même ouvert à une aide financière, dans la limite du raisonnable. De ce côté, je me console en constatant qu’au moins, nous n’avons pas répété l’erreur du hockey à Québec.

Nos élus ont eu la sagesse et la prudence de ne pas investir des centaines de millions dans la construction d’un nouveau stade ni de céder le terrain le plus convoité du centre-ville, sans garantie écrite. Garantie écrite que le Groupe Baseball Montréal, malgré toute la volonté des gens talentueux qui y travaillaient, n’a jamais été en mesure de fournir.

Y aura-t-il une suite dans 5 ans ? Dans 10 ans ? Dans 20 ans ?

Peut-être. Je le souhaite. Après tout, comme le disait Yogi Berra, au baseball, ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini.

Encore faut-il avoir la chance d’aller au bâton.