L'année 2011 a été difficile pour le moral des investisseurs alors que se sont succédé les crises de la dette américaine et européenne. Ces distractions politiques hautement médiatisées sont venues chambarder une année qui avait pourtant bien débuté, mais la persistance des problématiques européennes a poussé les investisseurs sur la touche.

Publié le 16 janv. 2012
Vincent Delisle

L'auteur est stratège financier chez Scotia Capitaux.

Malgré des inquiétudes chroniques, l'économie américaine a agréablement surpris en seconde moitié de 2011, supportée principalement par une création d'emplois soutenue et un rebond du secteur manufacturier. L'Europe a retenu le gros de l'attention négative au cours des derniers mois, mais l'ampleur du ralentissement en Chine pourrait représenter le risque principal de 2012. Pour le marché canadien, qui carbure au prix des ressources, cela annonce un début d'année volatil.

L'économie américaine entame 2012 avec un momentum favorable tandis que l'Europe et la Chine semblent plus fragiles. Cette divergence s'est d'ailleurs reflétée dans la récente performance des indices mondiaux. L'indice américain du Dow Jones a affiché un gain de 6% en 2011 contre des replis de 12% au Canada, 20% en Europe et 22% en Chine. Le prix du pétrole, encore associé à la demande américaine, a grimpé de 8% en 2011 alors que celui du cuivre, plus sensible à la demande chinoise, plongeait de 23%.

La Chine, ainsi que l'Inde et le Brésil, ont significativement resserré les conditions monétaires en 2010 et au début 2011 afin de combattre les pressions inflationnistes. Pour la Chine, l'inflation immobilière représentait le principal écueil. Le «resserrement» a atteint son apogée à l'été 2011 et les signes de ralentissement se sont multipliés depuis. Les effets retardataires des mesures restrictives devraient se prolonger au premier semestre de 2012 et le risque de déception reste élevé. D'abord les signaux manufacturiers chinois sont actuellement les plus faibles depuis janvier 2009 et la tendance est négative. De plus, le marché immobilier commence à réagir aux mesures coercitives des deux dernières années et la construction pourrait souffrir au cours prochains mois. Finalement, le changement de leadership prévu en 2013 laisse croire que les mesures de relance attendront l'entrée en poste du nouveau gouvernement. Sur le plan monétaire, tout assouplissement sera graduel et il serait hasardeux d'espérer un plan de relance aussi musclé que celui qui fut mis en place en 2009.

L'influence de la Chine sur le prix des ressources a été phénoménale depuis 10 ans et elle le restera au cours prochaines années. Cependant, toute accalmie ou perte de vitesse nuira aux marchés satellites de la Chine, groupe dont fait partie le Canada. Au Québec, alors que, grâce à l'impulsion du Plan Nord, on s'apprête à investir des sommes considérables afin de permettre l'exploitation de gisements de ressources, les perspectives chinoises deviennent encore plus importantes. S'appuyer sur les 10 dernières années pour définir sa stratégie de placement des 10 prochaines s'avère toujours un exercice périlleux. Il faudra plutôt s'adapter à d'autres changements majeurs dans un univers économique qui vit une évolution en accéléré.

2011 aura été l'année où le scepticisme a été récompensé, malgré le fait que l'économie mondiale est en voie d'éviter une récession et que les bilans des entreprises s'améliorent. Le contexte macroéconomique restera propice à une forte volatilité, mais puisqu'une bonne dose de pessimisme est déjà escomptée dans le marché, l'année boursière 2012 pourrait s'avérer plus généreuse que 2011. La bourse américaine a supplanté l'indice canadien du TSX l'an dernier pour la deuxième fois seulement depuis 1999. Cette situation pourrait bien se répéter en 2012 si la Chine déloge l'Europe comme principale source de préoccupation.