J'ai toujours été souverainiste, mais j'ai de plus en plus honte de l'action politique du Bloc québécois.

Michel Pruneau<br><i>L'auteur est conseiller pédagogique et écrivain. Il habite Rosemont-Petite Patrie, à Montréal.</i>

J'ai toujours été souverainiste, mais j'ai de plus en plus honte de l'action politique du Bloc québécois.

Notre souveraineté devait être un projet d'autodétermination politique pour le peuple français d'Amérique.

Notre souveraineté devait être un projet de croissance économique globale dans une perspective de commerce international.

Notre souveraineté devait être un projet de développement de la culture québécoise dans le respect et l'ouverture aux autres cultures.

Notre souveraineté devait être un concept qui interpelle la maturité démocratique de nos concitoyens.

Lorsque Marcel Léger a lancé l'idée de fonder la Bloc québécois, je l'ai entendu déclarer de vive voix que ce parti aurait pour mission d'investir la scène politique canadienne «pour une courte période» afin de faciliter la mise en oeuvre de la souveraineté québécoise.

Alors, comment le projet politique souverainiste s'est-il transformé en statut vindicatif qui donne au Québec l'allure d'un éternel adolescent qui quémande son droit à la différence, tout en demeurant chez ses parents?

Comment le projet souverainiste québécois est-il devenu un mécanisme d'auto-exclusion du pouvoir et du développement économique de la nation canadienne à laquelle nous appartenons, que ça nous plaise ou non? Le peuple québécois va-t-il passer le reste de son existence à revendiquer son échec politique jusqu'à sa propre disparition?

Plusieurs artistes québécois, en verve, utilisent actuellement les médias sociaux pour communiquer leurs inquiétudes devant la montée du conservatisme social. Malheureusement, ces inquiétudes ne s'accompagnent d'aucune proposition politique viable. Quand allons-nous réaliser que c'est notre propre immaturité politique qui favorise la montée au pouvoir du conservatisme social? En politique, la pureté est toujours dangereuse.

Nous avons refusé de fonder un pays et nous pouvons en ressentir de la tristesse ou de la colère, mais il serait aberrant que ces sentiments président à note destinée collective en nous condamnant à l'opposition éternelle avec le Bloc québécois.

Pour notre propre croissance nationale, tôt ou tard, le Bloc québécois devra, soit investir la politique canadienne en fusionnant avec la gauche sociale-démocrate représentée par le NPD, ou trouver le courage de se saborder pour que la population québécoise puisse investir d'autres partis qui lui permettront d'accéder à l'ensemble des leviers politiques qui influencent la destinée sociale, culturelle et économique du Québec.