L'Église catholique vit des temps troubles. Non seulement nombre de religieux sont dénoncés et condamnés en raison de sévices sexuels d'enfants ou d'adolescents mais, plus récemment, les plus hautes autorités ecclésiastiques sont elles-mêmes accusées d'avoir protégé ces religieux pédophiles au détriment des victimes réelles et potentielles en cachant les dossiers dans leurs filières et, pire, en réorientant ces religieux coupables dans d'autres milieux propices à la récidive. Tout cela, d'après la plupart des commentateurs, pour préserver l'intégrité de la sainte institution et la réputation de ses dirigeants.

Publié le 17 avr. 2010
Hubert Van Gijseghem* LA PRESSE

L'Église catholique vit des temps troubles. Non seulement nombre de religieux sont dénoncés et condamnés en raison de sévices sexuels d'enfants ou d'adolescents mais, plus récemment, les plus hautes autorités ecclésiastiques sont elles-mêmes accusées d'avoir protégé ces religieux pédophiles au détriment des victimes réelles et potentielles en cachant les dossiers dans leurs filières et, pire, en réorientant ces religieux coupables dans d'autres milieux propices à la récidive. Tout cela, d'après la plupart des commentateurs, pour préserver l'intégrité de la sainte institution et la réputation de ses dirigeants.

Ces temps-ci, une foule d'analyses parcourent les médias pour expliquer la pédophilie des «consacrés» et l'attitude contre-éthique de l'Église de Rome. À mon avis, ces analyses son inégales et quelquefois contradictoires.

On considère souvent la tendance pédophile chez certains prêtres catholiques comme une conséquence directe du célibat que leur impose la fonction sacerdotale: le prêtre, privé de femme, «se rabat sur les enfants» (Pascale Piquet, La Presse, 7 avril). Peu de preuves objectives ou cliniques soutiennent cette hypothèse.

Des données cliniques tendent plutôt à montrer que ce n'est pas le célibat du prêtre qui déterminerait les actes pédophiles, mais plus souvent l'inverse, c'est-à-dire une sexualité trouble chez certains jeunes hommes, qui les prédisposent à choisir un célibat idéalisé par la prêtrise en contexte catholique.

Non pas que ces derniers se fassent prêtres sous la dictée d'intentions perverses, bien au contraire, on ne saurait douter de la hauteur de leur idéal. Mais à la longue, quand l'enthousiasme juvénile commence à s'émousser et que la fonction s'apparente peu à peu à la routine, les tendances profondes de leur sexualité immature risquent de ressurgir avec force.

La vraie pédophilie n'est qu'un seul type de sévices sexuels parmi plusieurs autres. Relevant d'un attrait exclusif pour l'enfant prépubère et surtout mâle, elle se rencontre probablement davantage chez les religieux. La pédophilie est en effet souvent caractérisée par une idéalisation de la pureté de l'enfant: aimer ce jeune alter ego ou cette image-miroir de soi que le pédophile investit sur le plan érotique revient à une glorification narcissique de sa propre pureté. C'est le même processus d'idéalisation, conjugué à la peur d'agir sur une sexualité trouble, qui peut conduire au choix du célibat religieux.

Une autre donnée favorise l'hypothèse selon laquelle ce n'est pas surtout le célibat qui, ici, «crée le larron»: on dénombre autant d'actes pédophiles dans les institutions anglicanes du Royaume-Uni que dans les institutions catholiques malgré la possibilité dont disposent les prêtres anglicans de se marier. Y-aurait-il un problème avec la religion elle-même?

Les scandales mentionnés qui affectent l'Église depuis un certain temps appellent celle-ci à soigner davantage la sélection des candidats à la vie religieuse. C'est là, justement, qu'elle frappe un noeud : comment sélectionner plus rigoureusement quand si peu de candidats frappent à la porte et que le besoin de relève devient de plus en plus criant?

Toutefois, le plus important critère en termes d'évaluation de la candidature tient dans la question suivante : cet aspirant a-t-il la vocation? Quand un décideur croit percevoir cette présumée vocation chez un sujet, comment peut-il accorder encore quelque poids à des traits plus ou moins obscurs de la personnalité ou à des risques de comportements déviants chez ce même sujet? Autrement dit, comment mettre en doute l'appel de Dieu?

Outre la tentative de préserver l'intégrité de l'Église et outre le désir de ne pas aggraver le manque de prêtres ou de religieux dans les institutions ecclésiales, peut-être peut-on trouver dans cet argument surnaturel sinon irrationnel l'une des explications à la loi du silence ou au camouflage dont sont l'objet les crimes en question.

*Psychologue et professeur titulaire à la retraite à l'Université de Montréal, l'auteur a déjà été impliqué dans la sélection de candidats à la prêtrise.