Pendant que l’inflation alimentaire dépasse les 4 %, les ventes des supermarchés le mois dernier augmentaient à peine de 0,5 %, selon Statistique Canada. Si l’inflation alimentaire ne fait plus bon ménage avec les grandes enseignes comme autrefois, c’est probablement en raison d’une concurrence qui s’est redéfinie.

Publié le 25 nov. 2021

On dit souvent que l’industrie alimentaire ne se voit jamais affectée par les récessions, ou même par l’inflation. Certains vont même jusqu’à dire que l’inflation est l’ami de l’industrie. Toutefois, Éric La Flèche, président-directeur général de Metro, ainsi que Galen Weston, PDG de Loblaws, ont tous deux signifié la semaine dernière que l’inflation forcera la plupart des gens à rester plus souvent à la maison au lieu d’aller au restaurant. Il y a un peu de vérité dans tout cela, mais le marché de l’emploi et nos habitudes de consommation traversent de profonds changements. Pour les achats alimentaires, le consommateur devient un peu moins prévisible qu’avant la pandémie.

D’ici la fin de 2022, certaines estimations suggèrent que 70 % des employés travailleront cinq jours par mois à la maison, au minimum. Plusieurs employeurs ont réalisé que les entreprises peuvent faire de l’argent et épargner beaucoup en gardant les employés à la maison plus souvent. Dépendre des technologies de communication à temps partiel ou à temps plein fonctionne bien. Plus important encore, travailler à la maison nous offre un rapport différent avec la nourriture. Nous restons près de notre frigidaire et de notre garde-manger, nous jardinons un peu plus, la nourriture devient un point central de nos vies à la maison.

Au bureau, la bouffe représente la belle excuse pour se rassembler, pour travailler en groupe autour d’un lunch ou d’un souper. Pendant que l’on instrumentalise la nourriture au travail, on la vit à la maison.

Alors, sur ce point, Metro et Loblaws ont raison. Mais l’humain a besoin de pauses, et surtout, d’inspiration. Depuis le début de la pandémie, le commerce en ligne explose. De récentes données nous indiquent que le consommateur moyen a vraiment changé ses habitudes d’achat. Avant la pandémie, une infime partie de la population achetait sa nourriture d’un épicier en ligne. Durant les deux premières semaines du mois de novembre, selon la firme Angus Reid, 15 % des ménages canadiens ont acheté de la nourriture en ligne. Cette proportion atteignait 19 % à l’automne 2020, un sommet inégalé jusqu’à présent. Le recul n’est pas énorme, et les consommateurs apprécient de plus en plus l’achat en ligne. Pour les applications comme UberEats, DoorDash ou SKIP, le taux d’utilisation toutes les deux semaines atteint 25 %. Autrement dit, le quart de la population utilise une application téléphonique au moins une fois toutes les deux semaines. Voici beaucoup de trafic en ligne. En effet, le service à domicile occupe une place importante, non négligeable.

Sur ce front, Loblaws traîne de la patte. La chaîne annonçait que ses ventes en ligne dépasseraient les 3 milliards de dollars pour l’année en cours. Pour le numéro un de l’alimentation, la nouvelle préoccupe. Le graphique circulaire cybernétique en alimentation pourrait atteindre 10 milliards l’an prochain au Canada. Sobeys, le numéro deux au Canada, travaille pour étendre son service de commerce électronique. Et voilà qu’il a commencé la livraison à domicile à partir de son centre de distribution ultramoderne à Toronto l’année dernière, et prévoit d’ouvrir des installations à Montréal au début de 2022 et à Calgary, en 2023. Walmart et Costco tentent aussi de prendre leurs places respectives, et nous savons tous ce qu’Amazon peut faire.

De plus, la semaine dernière, Loblaws annonçait la fermeture de trois magasins et la conversion de 17 autres. Avec le mouvement démographique et les soubresauts économiques causés par la pandémie, il y a fort à parier que ces chiffres constituent de grossières sous-estimations.

Le portfolio de magasins des grandes enseignes subira d’importants changements durant les prochains mois.

Pendant que les grands de la distribution alimentaire tentent de mieux comprendre un marché en transition, la restauration n’a certes pas dit son dernier mot. Le secteur du service alimentaire peine à se relever d’une pandémie qui a dévasté le secteur. Au bas mot, nous avons perdu entre 17 000 et 20 000 restaurants avec service depuis mars 2020. Mais même sans une pandémie, perdre 10 000 établissements en presque deux ans n’est pas tout à fait anodin. Seulement 20 % des restaurants survivent les cinq premières années d’exploitation. Mais plusieurs qui ont quitté le secteur reviendront et s’approprieront un nouveau marché de l’après-pandémie qui se précise peu à peu. Il ne faut jamais sous-estimer la restauration, l’un des secteurs les plus résilients de notre économie. Les restaurateurs tenteront d’aller chercher notre argent à la maison au lieu de nous attendre dans leur salle à manger, voilà tout !

Bref, si par le passé l’inflation était au service des grands épiciers de ce monde, ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui. Malgré une forte inflation alimentaire, la concurrence se redéfinit pour les grandes enseignes qui devront faire preuve de créativité pour rassurer leurs actionnaires.

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