Il y a quelque chose de dérangeant dans ce concours où 2 millions de dollars seront tirés au sort parmi les vaccinés. Sur le plan éthique, cela semble incongru.

Guy Djandji
Guy Djandji Entrepreneur, conseiller en administration et chasseur de têtes à la retraite, Montréal

En effet, alors que le monde entier, et notre pays en particulier, subit une grave crise sanitaire, on s’attendrait à ce que la règle soit de suivre volontairement les directives pour contrer cette pandémie. La vie en société est fondée sur l’acceptation bénévole de lois, de règles ou de rituels qui permettent de vivre ensemble. En se conformant ainsi à ces normes claires ou implicites, on accepte, en échange, de faire des compromis et des concessions que l’on ne ferait pas si on vivait isolé sur une île. En échange, le citoyen reçoit les services de l’État en matière de santé, d’éducation, d’ordre public, de finances, etc. Bref, l’État a pour mission de protéger les individus et d’assurer leur épanouissement. Si un citoyen ne se conforme pas à ses règles, l’État est en devoir de sévir pour assurer la pérennité harmonieuse de la vie sociale. Il utilise le bâton pour décourager ceux qui voudraient perturber ces conventions.

L’État devrait-il utiliser des incitatifs pour encourager les citoyens à se conformer aux normes, lois et règlements ? Sans doute que oui, si ces incitatifs sont de l’ordre de l’éducation et de la promotion du bien-être qu’ils représentent pour la vie citoyenne. Si un citoyen fait un geste nuisible aux normes généralement acceptées du « vivre ensemble », il court le risque d’en subir certaines conséquences. Ses seules motivation et récompense devraient être de ne pas causer de tort à ses concitoyens. De là à le récompenser financièrement, il y a une marge que la loterie vaccinale franchit allègrement sans en analyser les conséquences éthiques.

Par ailleurs, les personnes qui refusent le vaccin, mais qui acceptent de jouer à la tombola vaccinale révèlent ainsi leur manque de principes et d’esprit civil ainsi que leur vénalité.

Refuser le vaccin pour des raisons de convictions religieuses, par exemple, serait acceptable à condition d’en assumer les conséquences, jusqu’à leurs limites. Ainsi, durant la Seconde Guerre mondiale, ceux qui refusaient de se battre ont-ils préféré aller en prison. Ils n’auraient sans doute pas accepté de l’argent pour aller au front.

Plutôt que de proposer une loterie pour inciter les gens à se faire vacciner, il serait préférable d’imposer des restrictions à ceux qui refusent de le faire. Le passeport vaccinal serait une mesure qui irait dans ce sens.

La réponse humoristique de l’inénarrable Stéphane Laporte1 serait trop drôle si la question n’était pas aussi grave.

1. Lisez la chronique de Stéphane Laporte « Deux millions sur le bras »