Les Québécois seraient prêts à payer des millions de dollars pour aider nos agriculteurs à réduire leur usage des pesticides, nous dévoilait une récente étude menée par une équipe de l’Université du Québec en Outaouais et chapeautée par le chercheur Jérôme Dupras : une excellente nouvelle qui en cachait toutefois certaines moins réjouissantes.

Publié le 15 mars 2021
Nadine Bachand
Nadine Bachand Analyste en agriculture climatique chez Équiterre

En parcourant les données, on apprenait qu’il y avait un réel appétit pour de meilleures pratiques agroenvironnementales au Québec et qu’un très grand nombre d’entre nous seraient même prêts à les soutenir financièrement.

Voilà des informations qui mettront de bonne humeur n’importe qui évoluant dans ce milieu fascinant : un appui populaire qu’on n’aurait pas cru possible, il y a 10 ans à peine.

Ce que le rapport révèle toutefois, c’est que des problématiques qui méritent autant notre attention sont encore largement méconnues par beaucoup d’entre nous. Et elles sont bien loin de susciter le même enthousiasme que la problématique des pesticides.

L’enjeu de la santé des sols est un de ces angles morts.

Nos fondations s’effritent

Dans un article témoignant des trouvailles de l’équipe de recherche, on notait qu’« une mesure comme celle de la conservation des sols a pu paraître trop abstraite pour être choisie » par la population sondée.

Or, si notre agriculture est une maison, nos sols en sont les fondations… et celles-ci s’effritent.

Dans certaines régions, comme celle des terres noires au sud de Montréal, des experts estiment que deux centimètres de cette précieuse terre se volatilisent chaque année et qu’elle aura complètement disparu d’ici un demi-siècle si rien n’est fait.

En 2019, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat sonnait aussi l’alarme : sans agir sur nos systèmes agricoles et alimentaires, nous ne parviendrons pas à contenir le réchauffement mondial.

Un outil indispensable

À la lumière de cela, il n’y a rien de plus concret que le rôle central que peuvent jouer des sols en santé pour s’attaquer à la source de nombreux problèmes de l’agriculture moderne.

Il s’agit ni plus ni moins qu’un des outils indispensables pour y remédier et la liste des bienfaits est très longue.

Des sols de qualité aident à lutter contre la crise climatique en capturant du carbone et protègent la biodiversité. Ils nous permettent en plus de mieux gérer les évènements météo extrêmes (déjà fréquents et qui le seront de plus en plus), assurent une plus grande stabilité des rendements pour les agriculteurs et permettent même de réduire l’usage des pesticides.

Nos nouvelles politiques agricoles et climatiques ont aussi un rôle clé à jouer pour prendre soin de ce qui se trouve sous nos pieds, comme le démontre notre récent rapport sur le « pouvoir des sols », diffusé par Équiterre il y a quelques jours. La bonne nouvelle c’est que le gouvernement Legault semble vouloir s’y attaquer avec son nouveau Plan d’agriculture durable 2020-2030.

Malgré ce vent d’optimisme, nous ne pouvons faire évoluer agriculture régénérative et agriculture conventionnelle sur des chemins séparés encore bien longtemps. Les solutions pour une agriculture résiliente et durable devront s’imposer.

Sachant tout cela, il apparaît évident que nous devons donc aussi collectivement et individuellement continuer de nous instruire sur la complexe réalité de ceux qui nous nourrissent. Il faudra considérer la crise dans son ensemble pour pouvoir l’affronter et trouver des solutions qui feront d’une pierre, plusieurs coups, et ce, sans angles morts.

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