Le dicton le dit bien : chassez le naturel, il revient au galop. Avec la pandémie, cette expression semble prendre tout son sens avec le plastique dans le secteur alimentaire.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Directeur principal du laboratoire des sciences analytiques en agroalimentaire de l'Université Dalhousie

Pendant quelques années, les plastiques à usage unique constituaient l’ennemi numéro un. Tout le monde voulait qu’ils disparaissent. Mais la COVID-19 nous a rappelé pourquoi le plastique jouait un si grand rôle dans nos vies. Par conséquent, selon une étude de l’Université Dalhousie, le soutien à une réglementation plus stricte et à l’interdiction du plastique dans l’industrie alimentaire s’érode en raison de la COVID-19.

Le laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie a publié un deuxième rapport sur l’utilisation du plastique à usage unique dans l’industrie alimentaire. L’enquête vise à comprendre comment la pandémie de COVID-19 a influencé les attitudes des consommateurs canadiens à l’égard des emballages alimentaires en plastique à usage unique. Le rapport compare deux enquêtes transnationales et a produit des résultats intéressants. La première étude a été menée en 2019 tandis que la plus récente s’est déroulée au milieu de la pandémie. Le pourcentage de gens recensés qui achètent activement des produits non emballés de plastique reste pratiquement inchangé, passant de 58 % en 2019 à 60 % en 2020.

Alors que la grande majorité des Canadiens continuent de reconnaître les impacts environnementaux des plastiques, les résultats de 2020 montrent une légère, mais mesurable baisse des préoccupations (de 91 à 87 %) et de la motivation des consommateurs à éviter les plastiques (de 89 à 85 %) —, mais on remarque des baisses plus marquées chez les hommes. Jusque-là, pas de grandes variations.

Cependant, la COVID-19 a apporté quelques changements. D’une part, 29 % des participants estiment qu’ils ont acheté plus de produits emballés de plastique pendant la pandémie. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’acheter davantage de plastique (34 % contre 25 %). Les jeunes achètent particulièrement plus : 47 % des 18-25 ans et 34 % des 26-39 ans déclarent consommer davantage d’emballages plastiques. Cela peut s’expliquer par le fait que les jeunes ont commandé plus d’aliments préparés par les restaurants et les fournisseurs de trousses-repas que les autres consommateurs. En outre, sachant que les emballages écologiques pourraient coûter plus cher, 50 % des sujets interrogés sont plus sensibles aux prix depuis la COVID-19 — en particulier ceux à faible revenu et ceux qui perçoivent la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Depuis le début de la pandémie, les préoccupations en matière de sécurité alimentaire semblent devenir le facteur déterminant au-delà de ceux liés à l’usage du plastique.

À ce titre, 55 % des gens interrogés sont plus préoccupés par la salubrité des aliments depuis la COVID — en particulier les femmes, les citadins et les résidants de la Colombie-Britannique et de l’Atlantique.

Alors que des réglementations plus strictes et même des interdictions semblaient autrefois des mesures presque consensuelles, ce soutien s’érode maintenant.

PHOTO ATTILA KISBENEDEK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« La volonté de réglementer l’usage du plastique a également subi les contrecoups de la pandémie », constate Sylvain Charlebois.

La volonté de réglementer l’usage du plastique a également subi les contrecoups de la pandémie. En 2019, on constatait un fort soutien à la fois pour une réglementation plus stricte sur les plastiques (90 % en accord) et pour une interdiction d’utiliser des plastiques à usage unique (70 % en accord). Le soutien était égal entre les hommes les femmes. En 2020, le soutien à une réglementation plus stricte a diminué de 11 points de pourcentage, passant à 79 %, et le soutien à une interdiction a perdu 12 points pour atteindre 58 %. Les attitudes des hommes et des femmes ont divergé : les femmes continuant à soutenir les interdictions et les réglementations tandis que le soutien des hommes diminue fortement.

Et puisqu’il y a beaucoup d’incertitude ces temps-ci, 52 % des personnes interrogées conviennent que toute nouvelle réglementation devrait attendre que la situation liée à la COVID-19 soit résolue.

Le virus a peut-être fait oublier à certaines personnes notre dépendance au plastique, mais le problème demeure. La COVID-19 génère évidemment beaucoup d’anxiété, mais n’oublions pas les raisons pour lesquelles nous étions collectivement d’accord que l’utilisation du plastique à profusion n’est pas souhaitable. Et ces raisons demeurent bonnes, autant maintenant qu’avant la pandémie.