En réponse au texte de Nadia El-Mabrouk, Ghislaine Gendron, Lyne Jubinville, Marie-Claude Girard et Chantal Faubert, « Nier la biologie, sans conséquence sur les droits des femmes ?  », publié le 22 juin

Catherine Durocher
Directrice du Centre des femmes du Val-Saint-François, et 14 autres signataires *

Chères membres du comité exécutif de Pour les droits des femmes du Québec, la lecture de votre réponse à l’article de Chantal Guy du 18 juin dernier a profondément troublé les féministes que nous sommes. Intolérante, discriminatoire et teintée de violence, votre position en regard de l’intégration des femmes trans nous apparaît inacceptable.

Dans un premier temps, alors que vous exprimez croire en le ressenti des personnes trans et en l’importance de la protection de leurs droits, vous exprimez ouvertement votre refus de leur permettre de vivre en société en accord avec leur identité propre. Par ailleurs, votre utilisation de guillemets pour vous référer à ces femmes et à leur véritable genre n’est pas sans conséquence et traduit ainsi paradoxalement, dans un même texte, votre refus même de considérer ces femmes comme des femmes. Les bases fondamentales d’égalité et de justice du féminisme en prennent tout un coup !

Dans un deuxième temps, nous souhaitons porter à votre attention l’importance fondamentale que prend l’intersectionnalité dans la lutte féministe. L’intersectionnalité permet de prendre en considération que certaines femmes vivent plus d’une forme d’oppression à la fois et qu’ainsi, elles sont encore plus marginalisées.

De tous les groupes opprimés et victimes de l'intersectionnalité, les femmes trans (et les femmes trans racisées) remportent la triste palme de la marginalisation.

Savez-vous que l’étude nationale canadienne Être en sécurité, être soi-même, a permis de déterminer que chez les jeunes trans de 14 à 25 ans, dans la seule année 2013, 33 % ont fait une tentative de suicide, 70 % ont fait l’objet de harcèlement sexuel, 36 % ont été menacés physiquement ou blessés ? Savez-vous qu’aux États-Unis, l’espérance de vie d’une femme trans racisée se situe entre 30 et 35 ans ? Les femmes trans font face aux mêmes discriminations que nous toutes par rapport à leur genre féminin, ceci additionné des discriminations et oppressions auxquelles elles font face en raison de leur transidentité. Il est tout simplement inconcevable que des groupes féministes contribuent à perpétuer l’oppression et la discrimination d’un groupe de femmes si vulnérable et marginalisé.

L'autonomie du corps

Par ailleurs, nous souhaitons mettre de l’avant l’importance que prend l’autonomie du corps dans la lutte féministe. Notre corps et notre sexualité nous appartiennent et chaque individu est libre de les partager ou non, ceci de façon éclairée et consentante. De quel droit pouvons-nous nous attarder au contenu de la petite culotte de la personne devant nous et nous déclarer féministe ? De quel droit pouvons-nous exercer une telle violence à caractère sexuel contre un autre être humain ? Finalement, y a-t-il plus grande violence que de refuser son identité à quelqu’un ? Soyons claires, le corps des femmes trans ne vous appartient pas, en ce sens, il n’est pas en votre pouvoir de statuer sur lui.

Votre organisme porte un nom qui évoque la défense de toutes les femmes du Québec. Nous constatons malheureusement que vous refusez ces droits à une partie d’entre elles déjà très discriminée. Nous déplorons cette attitude qui ne correspond pas du tout aux valeurs et visions des femmes que nous sommes.

Les femmes trans ne sont pas un danger et ne représentent pas une menace. Leur inclusion n’apporte aucun recul dans la lutte féministe. La répétition de propos transphobes et la publication de ceux-ci par des personnalités publiques ayant un pouvoir d’influence énorme est problématique et s’insère dans une mécanique d’oppression calquée sur celle du système partiarcal. L’opprimée devient oppresseure !

Les femmes trans sont des femmes comme vous et moi. La transphobie n’a pas sa place dans le mouvement féministe, ce sont plutôt les valeurs d’inclusion et d’ouverture à la différence qui devraient y primer.

Faisons mieux, soyons ouvertes, bienveillantes et inclusives !

* Lettre signée conjointement et solidairement par les équipes, représentantes ou membres des conseils d’administration de : Marilyn Ouellet, agente de développement au Centre des femmes La Passerelle ; Carole Dodier, directrice du Centre des femmes du Granit ; Maggie Fredette, directrice du CALACS-agression Estrie ; Gayl Rhicard, coordinatrice d’Avante Womens Center ; Lucie Landry, vice-présidente de la FIQ-Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est ; Paskale Hamel, directrice de S. O. S. Grossesse Estrie ; Ariane Roy-Ayotte, directrice adjointe d’Iris Estrie ; Josiane Whittom, coordinatrice générale du Centre des femmes des Cantons ; Mariame Cissé, coordinatrice des projets à la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie ; Terry Moore, directrice du Lennoxville and District Women’s Center ; Véronique Latulippe, co-coordonnatrice du Centre des femmes Memphrémagog ; Johanne Bilodeau, représentante du Collectif Libre choix ; Sophie Cotton, coordonnatrice du Centre des femmes Entr’Elles ; et Yolande Lemire, représentante des Agricultrices de l’Estrie

Lisez « Nier la biologie, sans conséquence sur les droits des femmes ?  »

Lisez la chronique de Chantal Guy du 18 juin