Des élections étrangères

Publié le 17 oct. 2011
Jacques Crête
L'auteur réside à Magog.

Dieu sait que je ne suis pas un fan du gouvernement Harper, mais sa décision de ne pas permettre aux Français, Tunisiens et autres Italiens d'origine de voter aux élections de leur pays de naissance ne me paraît pas aussi regrettable que d'aucuns veulent nous le faire croire.

Il faut bien comprendre que la donne a changé, que la France a modifié sa façon de faire et que c'est cela qui pose problème. À l'avenir, le Canada  formera une « circonscription électorale » ayant ses propres candidats. Imaginons (et imaginons le pire pour frapper les imaginations) que le Front national désigne nul autre que Jean-Marie Le Pen comme  candidat à la circonscription Canada. Est-il nécessaire d'expliquer que les autorités de ce pays, pas plus que la population canadienne d'ailleurs, ne verrait d'un bon oeil l'ancien président du FN faire campagne à Montréal pour séduire les Français établis chez-nous. J'entends déjà les cris d'orfraie que cette situation soulèverait. Et imaginons, en ce qui concerne la Tunisie, que l'un des candidats à la circonscription Canada, soit un salafiste barbu adepte de la charia. J'entends à nouveau les cris d'orfraie. Je vous laisse imaginer qui pourrait être le ou la candidate de Berlusconi.

En diplomatie, on dit toujours les choses désagréables avec des mots qui ne fâchent pas. Les autorités canadiennes ont justifié leur décision en évoquant le respect de la souveraineté canadienne. En clair, cela veut dire : on ne veut pas de vos bibittes dans notre cour. En termes plus polis : nous ne voulons pas que notre pays devienne le terrain de jeu de vos affrontements. Vous vous imaginez un parti politique de la Serbie désigner comme candidat « canadien » un ancien sniper de Sarajevo?