La Société des bingos du Québec, filiale de Loto-Québec, a annoncé dernièrement la fermeture de la salle Kinzo à Montréal, prévue pour la fin du mois, ainsi que l'ouverture de deux salles à Québec.

Mathieu Côté<br><i>L'auteur a travaillé dans l'industrie du bingo pendant huit ans. Il réside à Lévis.</i>

Kinzo était un nouveau jeu, un projet-pilote afin de remplacer ou de compléter l'industrie du Bbngo. Il a réussi à se multiplier à travers le Québec, n'en déplaise à la Direction de la santé publique, créant ainsi un malaise chez certains organismes qui reçoivent les profits générés par ces jeux.

Le bingo d'ici, comme à travers le monde, vit actuellement un grand changement. Cette entreprise d'économie sociale a marqué culturellement l'histoire des 50 dernières années au Québec.

Des bingos dans les sous-sols d'église au début de la Seconde Guerre mondiale en passant par «l'ode au bingo» de Michel Tremblay dans Les Belles-Soeurs, au Bingo Lounge branché d'aujourd'hui, ce jeu doit continuellement se réinventer.  Cette industrie qui, selon moi, est méprisée et méconnue par les médias et la population, a plutôt subi la loi anti-tabac en 2006, une réforme loufoque des règles du jeu en 2008 et connaît, actuellement,  quelques changements administratifs qui sont imposés par le ministre de la Sécurité publique et la Régie des alcools des courses et des jeux, n'aidant en rien à sa situation. Ces éléments font en sorte que les salles perdent 4% de leur clientèle par année.

En plus, d'autres raisons expliquent cette baisse d'achalandage, notamment le vieillissement de la population, la difficulté de renouveler cette industrie, l'arrivée d'autres jeux comme le poker et le site «espace jeu» de Loto-Québec.

La dichotomie entre l'industrie du bingo qui attire les joueurs pathologiques et les missions et les valeurs de certains organismes reliés à celle-ci est frappante. Il est temps que les Québécois, au moment où l'État doit se serrer la ceinture, doivent faire un débat public sur la question.

Doit-on avoir un jeu d'argent ou un jeu social de divertissement pour aider financièrement les organismes?  Pourquoi le ministre de la Sécurité publique et la Régie n'écoutent-ils pas les gestionnaires de salles? Ont-ils en tête de donner cette industrie communautaire importante à Loto-Québec? Pourquoi les organismes, les politiciens et les gens d'affaires ont-ils peur de s'associer à cette industrie? Pourquoi est-il tabou et honteux de parler de bingo au Québec? Le débat est lancé...