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CEIC: un sentiment d'inachevé

Yves Boisvert
La Presse

La scène était gênante. Violette Trépanier, ex-députée libérale, ex-directrice du financement du PLQ, était devant l'évidence, incapable de l'admettre.

Le procureur Crépeau lui montrait une liste de sociétés: bureaux d'ingénieurs, d'avocats, de constructeurs, etc. Pour chacun était attribuée une somme.

N'est-ce pas la preuve, Madame, que vous collectiez de l'argent de compagnies, et pas seulement d'individus?

Non, non, dit-elle, c'est une manière maladroite de présenter les choses, c'est simplement le regroupement par société de dons individuels...

Ce petit échange résume assez bien la dernière phase de la commission Charbonneau.

Qu'a-t-on vu? 1- La preuve du contournement à gogo de la Loi sur le financement des partis politiques est circonstancielle, mais abondante.

2- Ce sont les subalternes qui sont montrés comme coupables.

Dans ce système très bien huilé, d'illustres inconnus étaient responsables de ramasser de l'argent en contournant la loi, mais sans que ça ne paraisse trop.

Ils amassaient de l'argent pour faire élire nos députés, nos ministres, notre premier ministre. Tous ces gens-là savaient qu'un système faisait payer leurs locaux, leurs pancartes, leurs publicités de candidat. Ils savaient, mais pas trop. Le système était conçu pour qu'ils puissent dire «Je ne savais pas!» ou «On a trahi ma confiance!».

Alors, cinq ou dix ans plus tard, c'est une Violette Trépanier qui casque pour toute cette gang. C'est elle qui se fait secouer par la juge Charbonneau, comme un demi-bandit.

Mais pour qui, pour quoi faisait-elle ce financement? Pas pour s'enrichir. Pour être loyale à son parti. Pour la gloire et le triomphe de ceux qui ne savaient rien!

Les Chevrette, Normandeau, Charest, secouez-les dans tous les sens tant que vous voudrez, il n'y a pas de courriel avec des listes d'entreprises dans leur ordinateur. Le système les a financés et mis à l'abri. Tout au plus les a-t-on vus parader dans un cocktail. Quoi? On payait pour me voir?! Ils sont choqués...

***

Je suis de ceux qui défendent l'importance et l'utilité historique de cette commission. Mais il faut bien l'admettre: la dernière phase «factuelle» de la commission Charbonneau est décevante. Elle ne remplit pas ses promesses.

Elle est décevante aussi parce que les phases précédentes ont été un feu d'artifice de révélations.

On a bien vu, à l'échelle municipale, l'étendue de la corruption à Montréal, à Laval et dans d'autres villes. Comment des cartels mafieux écartaient la concurrence, gonflaient les prix des travaux publics, finançaient les partis politiques. Tout ça était clair, on pouvait suivre les billets jusqu'au trou dans la rue.

Après ces mois trépidants, on croyait aller vers un crescendo de révélations...

Ça ne s'est pas produit.

***

Le chapitre syndical a été échevelé. On a vu les liens douteux de dirigeants de la FTQ-Construction avec des criminels. On a vu comment des éléments du crime organisé se sont emparés d'entreprises. Comment ils ont tenté d'obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ. On a vu également qu'ils ont généralement échoué. On s'est égaré avec ce «Rambo» de la Côte-Nord (trois jours et non deux semaines, comme j'écrivais l'autre jour): l'intimidation sur les chantiers est un sujet intéressant, mais on était loin de la corruption, de la collusion et du crime organisé.

Quant à Michel Arsenault, il s'est plutôt bien défendu et à la fin, le plus qu'on peut lui reprocher, ce sont ses liens trop complaisants avec le roi de la construction: Tony Accurso, le grand absent de la Commission.

***

Le financement politique, donc, devait être le point d'orgue de la Commission. Or, à part une série d'anecdotes, qu'a-t-on vraiment appris?

Oui, la Loi électorale a été bafouée allègrement. Mais on n'a pas eu de témoin Zambito: un «délateur» qui viendrait démonter tout un système de collusion-corruption. On n'a pas eu de preuve de corruption, rien qui soit même proche de ce qu'on a vu au municipal.

Des ingénieurs nous ont dit qu'ils se sentaient obligés de donner pour continuer d'obtenir des contrats. Comme une sorte de billet d'entrée, sans plus. On a vu que des gens de Roche avaient l'oreille du cabinet de Nathalie Normandeau en échange de leurs dons. On a vu également que des firmes s'entendaient entre elles pour les contrats.

Mais on n'a pas eu ce fonctionnaire corrompu qui vient tout avouer, ce politicien qui monnaie le contrat x pour l'enveloppe y, ce transporteur de valises pleines de billets...

D'où cette impression d'inachevé. On nous dira: si on ne l'a pas vu, c'est que la corruption est essentiellement à l'échelle municipale. Possible, probable même.

Sauf que la Commission donne plutôt l'impression de ne pas avoir trouvé ce qu'elle cherchait. Comme si le système était plus subtil, trop difficile à percer. D'aller à la pêche avec certains témoins. Et d'avoir avancé à tâtons depuis plusieurs mois. Ça ne donne pas de très bons résultats.

La Commission annonce maintenant qu'elle entendra d'autres témoins dans ce dernier chapitre, en septembre. Qui? Accurso? Marc Bibeau, grand financier libéral? D'autres politiciens? On s'attend à du solide. Sans quoi il sera temps de conclure ce qui restera, malgré ses faiblesses, un ouvrage démocratique majeur pour l'avenir du Québec.

Pour joindre notre chroniqueur: yves.boisvert@lapresse.ca




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