Je sais que vous en avez assez, mais... Il n'y a rien de réglé.

Yves Boisvert LA PRESSE

Ce matin, la commission d'enquête de la juge Charbonneau n'a toujours aucun pouvoir de contrainte, ne peut procurer d'immunité aux témoins, ni blâmer qui que ce soit, et ne s'appuie pas sur la Loi sur les commissions d'enquête.

Ah, bien sûr, le premier ministre a tout offert ça comme dans un grand buffet juridique à volonté.

Un peu de contrainte avec votre entrée?

Et c'est à la juge France Charbonneau de se servir.

Quand?

Quand ce sera nécessaire!

Elle n'a qu'à «me» le demander, a dit Jean Charest, reniant deux fois son ministre de la Justice - totalement discrédité.

Imaginez que la juge Charbonneau appelle un candidat pour être procureur ou commissaire dans son équipe (car elle choisit les deux autres commissaires).

En ce moment, elle ne peut rien offrir qu'une promesse verbale du premier ministre.

Comment tout ça tournera? Quand faudra-t-il faire la demande? Comment?

Ah, ça doit se bousculer pour être membre de cette commission, y a pas à dire...

* * *

Il faut comprendre qu'une commission qui interroge des témoins en public contre leur gré est bien différente d'une commission qui se contente d'un diagnostic général et de consultations d'experts sur les solutions.

Une enquête telle que celle décrétée par le gouvernement Charest la semaine dernière est fort différente d'une enquête classique de type judiciaire.

On ne travaille pas de la même façon s'il y a des blâmes à la clé.

La stratégie est différente, les objectifs sont modifiés, les rapports avec la police aussi.

Demander à la juge de magasiner elle-même ses pouvoirs, c'est lui demander de redessiner complètement la commission.

La juge Charbonneau se trouvera donc obligée de jouer un rôle plus ou moins politique.

Il s'en trouvera sûrement pour dire qu'elle n'en demande pas assez, ou pas assez vite, etc.

Ce n'est rien pour aider la crédibilité de cette commission, déjà taillée en pièce non seulement au Québec, mais dans tout le reste du Canada (une commission d'enquête étant d'ordinaire... une commission d'enquête!).

* * *

Jean Charest et son ministre de la Justice Jean-Marc Fournier ont déjà fait assez d'expérimentation institutionnelle. Ils ont déjà assez mis de poids inutile sur la magistrature.

L'ex-juge de la Cour d'appel Louise Otis, à Radio-Canada hier, parlait d'une «dérive» et se disait «inquiète» de voir que la juge Charbonneau doive s'adresser au chef du gouvernement pour obtenir des pouvoirs.

Car ne l'oublions pas, cette commission porte sur la «collusion», la «corruption» dans la construction, la présence du crime organisé et le financement des partis politiques.

Ce qui pourrait hypothétiquement mener au plus haut niveau du pouvoir.

Et c'est celle qui enquête sur cela qui devrait demander des pouvoirs au premier ministre? Voilà qui laisse une drôle d'impression.

Non, vraiment, la seule chose à faire est de tout balayer immédiatement et de décréter une nouvelle commission d'enquête avec les pleins pouvoirs. Pour qu'elle soit officiellement et clairement indépendante aux yeux de tous.

Et c'est au gouvernement Charest de le faire lui-même, tout de suite.

C'est lui, après tout, qui a créé cette bête sans consistance. C'est à lui de lui fournir une colonne vertébrale.