Dix questions pour connaître les conseillers robots sous toutes leurs coutures.

Publié le 23 févr. 2016
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Qui sont les conseillers robots ?

Les conseillers robots sont des gestionnaires de portefeuille qui offrent aux particuliers des services de gestion discrétionnaire à faibles coûts à partir d'un site web. Certains sont affiliés à des firmes de courtage internet appartenant à de grandes banques (Banque Nationale, BMO). D'autres sont de nouveaux acteurs qui bénéficient dans bien des cas de l'expertise d'anciens patrons de firmes de courtage établies ou de l'appui de grandes sociétés financières (par exemple : Power Financial a investi 30 millions dans WealthSimple).

Comment fonctionnent-ils au juste ?

Après avoir déterminé le profil de l'investisseur à l'aide d'un questionnaire en ligne, le conseiller robot établit un portefeuille de placements approprié. Au Canada, un gestionnaire en chair et en os doit toujours prendre contact avec le client avant d'aller de l'avant (par téléphone, courriel, clavardage, etc.), contrairement aux États-Unis où le processus peut être entièrement automatisé. Chez nous, le client doit toujours être en mesure de parler de vive voix à un représentant-conseil s'il a des questions.

Comment les portefeuilles sont-ils constitués ?

Les conseillers robots offrent généralement une demi-douzaine de portefeuilles modèles (prudent, équilibré, audacieux, etc.) qui investissent dans différentes catégories d'actifs (actions canadiennes, américaines, étrangères ; obligations de gouvernement, de sociétés, etc.) en fonction du profil de l'investisseur. Chacun des portefeuilles est constitué de 5 à 10 fonds négociés en Bourse (FNB) ou, plus rarement, de fonds communs de placement.

Qu'est-ce qu'un fonds négocié en Bourse ?

Lancés il y a un quart de siècle, les FNB ont révolutionné l'industrie du placement. Les FNB permettent d'acheter, en une seule action, une brochette de titres qui reflète la composition d'un indice (boursier, obligataire, etc.). Les FNB permettent donc de diversifier aisément un portefeuille, un peu comme un fonds commun de placement. Mais comme les FNB ne sont pas gérés activement par un gestionnaire, leurs frais de gestion sont minimes... parfois à peine 0,06 %. Des poussières par rapport aux fonds communs qui prélèvent aisément 2,5 % par an.

Comment les portefeuilles sont-ils rééquilibrés ?

Les conseillers robots rééquilibrent régulièrement leurs portefeuilles modèles lorsque ceux-ci s'éloignent de leur répartition d'actif cible. Si les actions baissent par rapport aux obligations, ils vendront un peu d'obligations pour racheter des actions, par exemple.

Certains ajustent les portefeuilles selon un calendrier déterminé (par exemple : tous les mois ou tous les trimestres), d'autres le font lorsque le portefeuille dévie de sa cible de plus de 5 %. Certains ont aussi une approche tactique selon laquelle le gestionnaire adapte la répartition en fonction des occasions des marchés financiers.

Y a-t-il davantage de suivi ?

Le conseiller robot doit inviter ses clients à mettre à jour leurs renseignements personnels en ligne au moins une fois par année ou plus souvent s'il y a un changement important dans leur situation (par exemple : mariage, divorce, naissance d'un enfant, perte d'emploi), expliquent les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM).

Les conseillers robots offrent-ils d'autres formes de conseils ?

Même si la construction et le rééquilibrage de portefeuille sont la mission première des conseillers robots, certains offrent d'autres services financiers automatisés, comme un outil de planification financière en ligne avec InvestCube ou le « moissonnage » des pertes en capital notamment chez Portfolio IQ, ce qui permet aux clients d'optimiser leur facture fiscale. D'autres comme WealthSimple ou WealthBar offrent même des conseils plus personnalisés (par exemple : conseils sur la gestion des dettes, assurances).

Quels frais les conseillers robots exigent-ils ?

Les robots conseillers prélèvent des honoraires établis en fonction des actifs du client. Les frais oscillent entre 0,5 % et 0,7 % pour un portefeuille de 50 000 $ et diminuent autour de 0,4 % à 0,6 % pour un portefeuille d'un demi-million. À cela s'ajoutent les frais des FNB sous-jacents qui retranchent environ 0,25 % par année.

Au total, l'investisseur peut s'en tirer avec des frais de 0,75 % par année pour un portefeuille de 50 000 $, ou de 0,65 % pour un portefeuille de 500 000 $.

En outre, certains conseillers robots peuvent exiger des frais administratifs pour les plus petits comptes, des frais de retraits ou de changement de portefeuille, des frais de conversion de devise. Informez-vous.

Comment les conseillers robots sont-ils réglementés ?

De la même façon qu'un conseiller en chair et en os. La réglementation ne fait aucune différence entre le gestionnaire de portefeuille classique et le gestionnaire qui offre ses services en tant que conseiller robot. Ils sont soumis aux mêmes règles, précise un avis publié en septembre dernier par les ACVM.

De quelle protection les investisseurs disposent-ils ?

Les conseillers robots (ou le gardien de valeur où vos actifs sont déposés) sont membres du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE) ou de la Corporation de protection des investisseurs de l'Association canadienne des courtiers de fonds mutuels qui protègent les épargnants jusqu'à 1 million de dollars en cas de faillite de l'entreprise.

QUI SONT-ILS? QU'OFFRENT-ILS?

LANCEMENT

InvestCube (Banque Nationale)

Septembre 2014, bilingue

Portefeuille futé (BMO)

Janvier 2016, bilingue

Portfolio IQ

Novembre 2014, bilingue

WealthBar

Novembre 2014, bilingue

WealthSimple

Septembre 2014, version française en tête des priorités

RoboAdvisors Plus

Juin 2015, anglais seulement

MONTANT MINIMUM

InvestCube (Banque Nationale)

10 000 $

Portefeuille futé (BMO)

5000 $

Portfolio IQ

Aucune

WealthBar

Aucun

WealthSimple

Aucun

RoboAdvisors Plus

25 000 $

PROCESSUS DE RÉÉQUILIBRAGE

InvestCube (Banque Nationale)

Rééquilibrage mensuel automatique si un titre dévie de plus de 10 % par rapport à sa cible ou si l'encaisse dépasse 5 % du portefeuille à la suite des contributions du client.

Portefeuille futé (BMO)

À la discrétion d'une équipe de stratèges qui peut modifier la composition des portefeuilles en fonction des perspectives du marché tout en respectant le profil d'investisseur.

Portfolio IQ

Rééquilibrage trimestriel à la discrétion du gestionnaire qui prend des décisions tactiques en fonction du marché.

WealthBar

Rééquilibrage automatique avec les contributions ou trimestriel lorsque la répartition d'actifs dévie de plus de 5 % de sa cible.

WealthSimple

Lorsque la répartition d'actifs dévie de sa cible, les portefeuilles sont rééquilibrés par un algorithme qui tient compte des cotisations et des retraits pour minimiser l'impact fiscal.

RoboAdvisors Plus

Ajustements semestriel et annuel lorsque la répartition d'actifs s'éloigne de 5 % de la cible initiale.

FRAIS

InvestCube (Banque Nationale)

Les honoraires s'élèvent à 0,73 % de l'actif ou moins si le compte contient plus de 250 000 $. À cela s'ajoutent les frais des fonds sous-jacents : de 0,19 % à 0,31 %.

Portefeuille futé (BMO)

Les honoraires varient de 0,7 % sur la première tranche de 100 000 $ à 0,4 % sur les actifs supérieurs à 500 000 $. À cela s'ajoutent les frais annuels des fonds sous-jacents : de0,20 % à 0,35 %.

Portfolio IQ

Les honoraires varient de 0,7 % en dessous de 100 000 $ à 0,35 % au-dessus de 1 million. À cela s'ajoutent les frais annuels des fonds sous-jacents : de 0,36 % à 0,83 %.

WealthBar

Les honoraires varient de 0,6 % en dessous de 150 000 $ à 0,35 % au-dessus de 500 000 $ (gratuit pour la première tranche de 5000 $). À cela s'ajoutent les frais annuels des fonds sous-jacents : de 0,29 % à 0,35 %.

WealthSimple

Les honoraires varient de 0,5 % à 0,35 % auxquels s'ajoutent les frais annuels des fonds sous-jacents : 0,16 %.

RoboAdvisors Plus

Honoraires de 0,25 % de l'actif auxquels s'ajoutent les frais annuels des fonds sous-jacents : de 0,54 % à 1,14 %.

RENDEMENTS EN 2015

InvestCube (Banque Nationale)

De 1,4 % à 4,7 %

Portefeuille futé (BMO)

s. o.

Portfolio IQ

De 2,03 % à 3,2 %

WealthBar

De 2,30 % à 5,42 %

Portefeuille NWM (Core) : 7,9 %

WealthSimple

De 6 % à 8 %

RoboAdvisors Plus

De -3,2 % à 10 %

PORTEFEUILLES

InvestCube (Banque Nationale)

5 portefeuilles modèles contenant chacun de 7 à 9 FNB des familles Vanguard, iShares, Horizons, State Street Global Advisors (SPDR) et BMO

Portefeuille futé (BMO)

5 portefeuilles modèles contenant chacun de 5 à 10 FNB de la famille BMO.

Portfolio IQ

5 portefeuilles modèles gérés activement à partir de fonds négociés en Bourse de toutes les familles disponibles.

WealthBar

5 portefeuilles modèles composés de 8 à 10 FNB des familles Vanguard, iShares, Horizons, BMO et Purpose. Aussi accès à un portefeuille géré activement par Nicola Wealth management (NWM).

WealthSimple

Portefeuilles modèles contenant de 8 à 10 FNB des familles iShares, Vanguard, Purpose Investments et BMO.

RoboAdvisors Plus

5 portefeuilles modèles contenant chacun de 4 à 8 fonds communs et FNB des familles Trimark, Powershares, Invesco et EdgePoint.

À L'ASSAUT DE LA PLANÈTE

AUSTRALIE

D'ici 10 ans en Australie, la moitié des actifs financiers seront transférés à la génération suivante, la génération Y, qui a grandi dans la technologie. Plusieurs conseillers robots, comme Stockspot, offrent des services de construction de portefeuilles à partir de Fonds négociés en Bourse. Même les régimes de retraite parrainés par des entreprises ont pris le virage numérique avec des outils simples pour guider les investisseurs.

ÉTATS-UNIS

Chez l'Oncle Sam, les conseillers robots ne séduisent pas que les jeunes. Chez Charles Schwab, environ 15 % des clients dotés d'un portefeuille automatisé ont plus de 1 million de dollars avec la firme. Chez Betterment et Wealthfront, les deux chefs de file de l'industrie qui comptent 3 milliards d'actifs sous gestion chacun, plus du tiers de la clientèle dispose d'un portefeuille supérieur à 100 000 $.

ROYAUME-UNI

En 2013, le Royaume-Uni a interdit aux conseillers financiers d'empocher des commissions, pour éviter toute forme de conflit d'intérêts. Avec ce changement, près du quart des conseillers ont disparu en deux ans, laissant des millions d'investisseurs en plan. Mais le vide a été rempli par des conseillers robots comme Nutmeg ou Wealth Horizon.

FRANCE

Les conseillers robots commencent à émerger chez nos cousins français. Par exemple, un ancien de la Société Générale a lancé Fundshop, qui permet de bâtir un portefeuille de façon automatisée grâce à un algorithme développé avec l'École polytechnique. Parmi les autres acteurs, citons aussi Advize, Yomoni ou encore Marie Quantier. Les grandes banques n'ont qu'à bien se tenir !

ASIE-PACIFIQUE

Des firmes comme Dragon Wealth, de Singapour, offrent aux conseillers financiers une infrastructure web pour concurrencer la montée des conseillers robots. Leur solution tire profit des médias sociaux en permettant aux clients de comparer leur portefeuille à ceux de leurs pairs, et en leur donnant accès à un large éventail de nouvelles correspondant à leurs intérêts.