Les investisseurs qui tablaient sur un rebond après les pertes cuisantes de la semaine dernière ont été amèrement déçus. Le retour au boulot a été particulièrement pénible, hier matin*, pour les investisseurs.

Mis à jour le 26 août 2015
Stéphanie Grammond LA PRESSE

La Bourse chinoise en déroute. Le vénérable Dow Jones qui flanche de mille points dès l'ouverture, sa pire chute en points de l'histoire. L'indice-phare de la Bourse américaine, le S&P 500, qui flirte avec la correction. La Bourse canadienne qui s'approche d'un marché baissier, avec un recul de 16 % depuis son sommet d'avril dernier.

Ça sentait la panique sur les parquets. Et peut-être dans certaines chaumières.

Comment réagir ? Que faire ? Du vélo, du jardinage, des hamburgers sur le BBQ... Bref, continuez de profiter de l'été ! Sans blague, ce n'est pas le moment de s'énerver. Les épargnants doivent remettre en perspective la dégringolade des derniers jours.

Depuis le creux de 2009, la Bourse américaine a connu une remontée spectaculaire. Jusqu'à la fin du mois dernier, les investisseurs avaient encaissé un rendement annuel composé de 16 % depuis cinq ans, en incluant les dividendes. Fameux !

Malgré l'effondrement du prix des matières premières, les investisseurs ne sont pas à plaindre non plus au Canada, puisque la Bourse de Toronto leur a offert un rendement annuel composé de 7,5 % depuis cinq ans, en date de la fin de juillet.

Ces jolies performances sont nettement au-dessus des attentes des investisseurs qui devraient tourner autour de 6,5 % pour les actions canadiennes et 7,5 % pour les actions étrangères, selon les normes de l'Institut québécois de planification financière.

Alors, qu'une correction vienne un jour ou l'autre calmer les excès du marché n'a rien de surprenant... même si ce n'est jamais agréable.

Après l'Europe en 2011, c'est au tour de la Chine de donner la trouille aux marchés mondiaux, elle qui avait sorti la planète du marasme de la crise de crédit en 2009. Or, la dévaluation du yuan et la diffusion d'indices économiques décevants ces derniers jours ont été décodées par les investisseurs comme de nouveaux signes de l'assombrissement économique de l'empire du Milieu.

Mais on ne le répétera jamais assez, ce n'est pas quand les marchés flanchent qu'il faut vendre en catastrophe. Les petits investisseurs ont malheureusement le don de larguer les actions quand elles sombrent, pour ensuite en racheter trop tard quand le marché a remonté. C'est la nature humaine. Mais ce n'est guère payant.

Si la correction des derniers jours vous a donné mal au coeur, c'est que votre portefeuille ne correspond pas à votre profil d'investisseur. Il faudrait prendre moins de risque. Mais ne donnez pas un coup de roue qui risquerait de faire déraper votre portefeuille. Au lieu de chambarder vos investissements tout de suite, il serait préférable de corriger le tir graduellement en dirigeant vos cotisations des prochaines années dans des placements plus sûrs.

Pour atténuer les chocs, visez une meilleure diversification. Avez-vous pensé à des actions étrangères ? Le dollar américain a gagné 14 % face à notre huard depuis le début de l'année. Cette envolée a largement compensé le repli des actions américaines.

Et les obligations ? Non, ce n'est pas sexy. Ce n'est pas cela qui fait les manchettes. Mais les obligations canadiennes (avec une échéance de 5 à 7 ans) ont livré une solide performance de 4,5 % depuis le début de 2015.

Depuis des années, quasiment tous les stratèges boudent les titres à revenu fixe, car les taux d'intérêt sont extrêmement faibles et ils risquent de remonter. Tout cela est vrai. Mais il faut quand même une portion d'obligations dans votre portefeuille. À peu près l'équivalent de votre âge (ex. : 65 % de votre portefeuille si vous avez 65 ans), comme le veut une vieille règle de l'investissement.

À l'inverse, la correction est-elle une occasion de racheter des actions à prix d'aubaine pour les investisseurs plus intrépides ? Si vous avez des liquidités, restez à l'affût. Mais réinvestissez graduellement, question de réduire le risque.

Pour l'instant, les marchés demeurent instables. Tout le monde attend de voir la réaction les autorités monétaires chinoises. Tout le monde se demande si la Réserve fédérale américaine mettra sur la glace son projet de relever ses taux d'intérêt qui sont pratiquement à zéro. Un tel geste pourrait mettre encore plus de pression sur le dollar US, provoquer des sorties de capitaux des marchés émergents et empirer la situation encore davantage.

Les investisseurs se questionnent aussi sur l'impact que pourrait avoir la baisse de la cadence chinoise sur les économies des pays développés. Mais heureusement, l'économie américaine, qui est relativement fermée, peut compter sur un marché du travail en effervescence et des consommateurs en santé. Sans compter la baisse phénoménale du prix du pétrole qui agit comme un puissant carburant dans le budget des ménages.

Alors, faites vos devoirs et attendez le moment propice.

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* Cette chronique a été publiée le mardi 25 août 2015 dans la version papier de La Presse.