Vous n'avez pas rêvé. Le nouveau régime volontaire d'épargne retraite (RVER) devait bel et bien décoller au début de 2013. Mais inutile de scruter l'horizon: le RVER est resté en piste, en raison d'un changement à la tour de contrôle. Voilà une belle occasion de revoir sa mécanique.

Stéphanie Grammond LA PRESSE

Mis de l'avant par les libéraux, le RVER se veut un régime de retraite «beau, bon, pas cher» pour les quelque 2,5 millions de Québécois qui n'ont pas de régime de retraite avec leur employeur. Un problème grave. Présentement, une large part de la classe moyenne n'épargne pas assez et sera incapable de maintenir son niveau de vie à la retraite. Il faut donner un coup de barre, et vite.

Selon le projet qui est resté sur la table à dessin, tous les employeurs (avec cinq employés et plus) devront offrir un RVER et faire les retenues sur la paie. Par défaut, les employés cotiseront 2 à 4% de leur salaire, mais ils pourront arrêter et reprendre les cotisations à leur guise, et même puiser dans leurs cotisations accumulées.

Le Parti québécois a indiqué son intention de reprendre le flambeau du RVER. Mais il préfère attendre le dépôt au printemps du rapport D'Amours qui doit faire un diagnostic de notre système de retraite.

Le RVER est-il la meilleure solution? Peut-être pas. Mais si on garde cette option, on devrait y apporter des améliorations.

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Pour assurer le succès du RVER, les employeurs devraient être forcés de cotiser. C'est une condition sine qua non, selon Denis Latulippe, directeur de l'école d'actuariat de l'Université Laval et ancien actuaire en chef de la Régie des rentes du Québec.

Par exemple, l'employeur pourrait être obligé de verser au moins 50 cents pour chaque dollar cotisé par son employé. Si l'employé cotise 4% de son salaire, l'employeur mettrait donc 2%. Ce niveau d'épargne permettrait d'obtenir un niveau de vie décent à 65 ans, mais sans plus, selon un imposant rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

De cette manière, le travailleur n'aurait pas le choix de cotiser pour obtenir la part du patron. En se retirant, il laissait une partie de son salaire sur la table, ce qui rendrait le RVER très attrayant.

Mais sans contribution de l'employeur, il y a fort à parier que de nombreux employés se retireront du RVER. Résultat: on aura développé toute cette artillerie pour rien.

Évidemment, les PME diront qu'elles n'ont pas les moyens de payer. Pourtant, plusieurs pays, comme la Norvège et la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni, ont forcé toutes les entreprises à contribuer à la retraite de leurs employés, sans que personne ne déchire sa chemise.

Pour faire passer la pilule, l'implantation pourrait se faire sur quelques années durant lesquelles les employés recevraient peut-être une augmentation de salaire moindre, en échange d'une cotisation accrue au RVER.

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Deuxièmement, il faudrait offrir aux gens qui gagnent moins que 30 000$ la possibilité d'aiguiller leurs cotisations vers un compte d'épargne libre d'impôt (CELI) plutôt que dans le RVER. Sinon, il y aura un problème de fiscalité, comme avec le REER. On sait déjà que les retraits du REER font perdre aux retraités les plus pauvres leur Supplément de revenu garanti.

On ne voudrait pas forcer les travailleurs qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts, à épargner dans le RVER, pour ensuite leur reprendre par la bande l'argent qu'ils auront amassé, lorsqu'ils seront à la retraite.

Pour eux, le CELI est un meilleur choix, car les retraits n'ont pas d'effets pervers.

Cela dit, les épargnants ne devraient pas avoir le droit de reprendre l'argent accumulé dans leur RVER durant leur carrière. Les cotisations des employés devraient être immobilisées, tout comme celles de l'employeur, estime Jean-Daniel Côté, vice-président retraite, chez ACT Actuaires.

Autrement, la tentation sera trop forte d'aller puiser dans l'épargne retraite dès que le toit coule. Présentement, c'est un des défauts du REER, comme l'a déjà fait ressortir le rapport Castonguay. Non seulement les gens ne cotisent pas assez, mais ils ressortent l'argent avant leur retraite.

Il faut donc que la cagnotte soit protégée. Sinon, le RVER ratera son objectif.

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Vous trouvez tout cela trop contraignant? Pourtant, ce sont exactement les paramètres des fameux régimes à prestations déterminées. Quand un employé entre en poste, on ne lui donne pas le choix: il est obligé de cotiser dès son embauche. L'employeur fait aussi sa part. Même s'il quitte l'entreprise, l'employé ne peut pas toucher à son magot avant la retraite. Et une fois à la retraite, l'employeur lui verse une rente jusqu'à la fin de ses jours.

Pour ce qui est de la rente garantie à vie, il est clair que le RVER ne fera jamais ce genre de promesse. Mais on devrait quand même songer à une option de décaissement par défaut pour le RVER. L'équipe Pension du Cirano préconise la création d'une quasi-rente qui assurerait des revenus jusqu'à un âge avancé. Une idée à explorer...

Sinon, les gens qui arriveront à la retraite sans expérience de gestion de placements risquent de se mettre les pieds dans les plats... ou de dépenser leur RVER trop vite. Encore là, Québec aura raté son coup.