Cette fois, Hockey Canada ne peut invoquer un malheureux concours de circonstances.

Mis à jour le 18 déc. 2013
Philippe Cantin LA PRESSE

La décision de nommer Kevin Dineen entraîneur-chef de l'équipe nationale de hockey féminin accentue une tendance lourde au sein de cet organisme de Calgary: les francophones sont bienvenus derrière le banc, mais surtout dans un rôle d'adjoint.

Dineen n'est pas un mauvais homme de hockey, mais personne ne le confondra avec Scotty Bowman. Les Panthers de la Floride l'ont congédié le mois dernier après un lamentable début de saison.

À deux mois du tournoi olympique, la décision de confier cette immense responsabilité à un entraîneur ne connaissant ni ses nouvelles joueuses, ni ses rivales américaines, ni les particularités du hockey féminin est bizarre. Surtout qu'au sein du personnel en place, on retrouve une adjointe de première valeur: Danielle Goyette.

L'expérience de Goyette au niveau international est longue et fructueuse. Elle a participé trois fois aux Jeux olympiques, remportant deux médailles d'or et une d'argent. Elle dirige des équipes depuis 2007 et a obtenu du succès à la tête des Dinos de l'Université de Calgary.

Pour Danielle Goyette, le hockey féminin est une fin en soi. Elle consacre sa carrière à le faire progresser. Pour Kevin Dineen, c'est d'abord un tremplin pour relancer sa carrière. Après les Jeux, son principal objectif sera sûrement de retourner dans la LNH.

Danielle Sauvageau aurait aussi pu être considérée. En 2002, elle a mené le Canada à la médaille d'or aux Jeux de Salt Lake City. Elle demeure très active dans le hockey féminin, à titre de mentore de l'équipe de France et directrice du programme de l'Université de Montréal. Sous son leadership, les Carabins ont remporté le dernier championnat canadien.

Un autre nom? Pierre Alain, qui a mené des équipes nationales de la relève à des titres mondiaux en 2012 et 2013.

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Scott Smith est le chef des opérations de Hockey Canada. À son avis, Kevin Dineen était le meilleur candidat pour le poste.

«Il a été entraîneur-chef dans la Ligue nationale et la Ligue américaine, m'a-t-il dit, hier. Il a représenté le Canada aux Jeux olympiques, à la Coupe Canada et au Championnat du monde. Il sera un excellent complément à nos excellents entraîneurs adjoints.»

En clair, Hockey Canada n'a jamais songé à Danielle Goyette. Pourtant, le 25 novembre dernier, Bob Nicholson, président de Hockey Canada, m'a expliqué à quel point elle possédait les qualités pour accéder à ce poste: «Elle n'est pas entraîneur-chef aujourd'hui, mais je la vois très bien dans ce rôle bientôt.»

C'était avant la démission de Dan Church. Nicholson ne courait pas grand risque à s'avancer ainsi. Mais lorsqu'est venu le temps pour Hockey Canada et lui de transformer cette conviction en geste concret, ils en ont été incapables.

Cette saison encore, dans tous les grands tournois internationaux, Hockey Canada confine les francophones au rôle d'adjoint.

Depuis 12 ans, dans les cinq compétitions majeures (Jeux olympiques, hommes et femmes; Championnat du monde, hommes et femmes, et Championnat junior mondial), à peine trois Québécois ont dirigé l'équipe nationale.

Hockey Canada aime rappeler que Benoît Groulx devait être l'entraîneur de l'équipe nationale junior en 2008, mais qu'il a accepté une offre de la Ligue américaine. C'est vrai. Mais cela n'explique pas la suite des choses.

Lors de notre conversation, Nicholson avait admis que le nombre d'entraîneurs francophones était insuffisant au sein des sélections nationales.

«Ce n'est pas assez, et je n'ai aucun problème à le reconnaître. Il y a d'excellents entraîneurs au Québec, et nous espérons que certains d'entre eux dirigeront une équipe nationale dans un proche avenir.»

Encore faudrait-il penser à eux lorsque l'occasion se présente.

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En fin de journée hier, j'ai parlé avec Danielle Goyette. Éternelle fille d'équipe, elle se réjouissait de l'arrivée de Dineen.

«Il apportera du sang neuf sans tout bouleverser. J'ai eu un bon feeling en le rencontrant. Il est ouvert d'esprit. Ce sera peut-être plus facile pour lui de procéder à des changements, puisqu'il arrive de l'extérieur.»

Cela dit, Goyette affirme qu'elle aurait accepté le poste si on le lui avait proposé. Mais qu'elle n'est jamais «montée dans le bureau» pour le demander. «Même si j'ai de l'expérience, je suis encore jeune comme entraîneuse. La nomination de Kevin est une bonne décision, et nous sommes toutes enthousiastes.»

Danielle Goyette aimerait un jour diriger l'équipe olympique. Dans sa tête, il n'est pas clair si le contexte était favorable cette fois-ci. «J'aurais pu me couper les jambes pour le reste de ma carrière...»

Peut-être. Mais elle aurait aussi pu mener la formation à la médaille d'or. Car malgré ses doutes, elle aurait foncé si Hockey Canada lui avait fait confiance.

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Dans leurs allocutions d'hier à Calgary, ni Scott Smith, ni Melody Davidson (directrice générale de l'équipe), ni Kevin Dineen n'ont prononcé un seul mot de français. Pas même une courte phrase qui aurait constitué une marque de respect pour les francophones de la formation.

Lorsque j'ai demandé à Smith comment cela s'expliquait, il a évoqué ses propres efforts pour apprendre le français, mais n'a pas répondu directement à ma question.

En fait, Hockey Canada n'y a tout simplement pas pensé. Comme on ne pense pas aux entraîneurs francophones.

Le changement n'est pas pour demain.