Le hockey est descendu encore plus bas ce week-end.

Mis à jour le 9 déc. 2013
Philippe Cantin LA PRESSE

Dans la Ligue nationale de hockey, le match Boston-Pittsburgh a donné lieu à deux incidents violents, une autre illustration de la culture tordue du hockey professionnel, tolérée avec une complaisance inouïe par le commissaire et les propriétaires d'équipe.

Dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), la décision d'absoudre Adam Erne, un attaquant des Remparts de Québec, pour son coup dangereux à l'endroit de Jonathan Drouin, des Mooseheads de Halifax, est irresponsable.

Voici donc deux ligues et deux groupes de dirigeants, réunis dans la même insouciance par rapport aux coups à la tête et à leurs répercussions. Et qui, prisonniers du déni, gardent les yeux fermés devant des comportements intolérables.

Tout cela est triste et choquant.

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Commençons par la LNH. Samedi, James Neal, des Penguins, a sorti le genou pour frapper sournoisement à la tête Brad Marchand, des Bruins, étendu sur la patinoire.

Même Dan Blysma, l'entraîneur des Penguins, a reconnu que Neal n'avait pas tenté d'éviter son rival.

Brendan Shanahan, le préfet de discipline de la LNH, s'est pourtant vite dépêché de minimiser l'affaire. Il a convoqué Neal en audience téléphonique, ce qui veut dire qu'une éventuelle suspension sera de cinq matchs ou moins. (Si une sanction plus longue est envisagée, une audience en personne est proposée au joueur fautif.)

Après ce coup mesquin, Shawn Thornton, des Bruins, s'est rué vers Brooks Orpik, des Penguins, qu'il a projeté sur la patinoire avant de lui expédier des coups de poing à la tête. On aurait dit un combat extrême. Il ne manquait que la cage. Orpik a quitté sur une civière.

Thornton avait confronté Orpik une première fois, après que celui-ci eut sévèrement plaqué Loui Eriksson, en tout début de match. Après le coup, violent mais jugé légal, Orpik avait refusé de se battre.

Thornton sera-t-il suspendu pour six matchs ou plus? Peut-être, puisque Shanahan discutera avec lui en personne. Mais la plupart du temps, le préfet de discipline n'a pas le cran de sévir durement et limite les suspensions à cinq rencontres. La sanction de 10 matchs à Patrick Kaleta, un récidiviste notoire, est une exception.

De récents propos de Gary Bettman ne sont pas de nature à enhardir Shanahan. Le mois dernier, commentant l'assaut du gardien des Flyers, Ray Emery, sur Braden Holtby, son homologue des Capitals, le commissaire a affirmé qu'il s'agissait simplement d'un «petit caillou sur une plage pleine de sable» et que cela ne devait pas détourner l'attention d'une «saison si divertissante».

On peut imaginer que les assauts du match de samedi seront vite qualifiés d'incidents isolés par la machine à relations publiques de la LNH. Comme les nombreux coups illégaux distribués depuis l'ouverture du calendrier.

Le problème, c'est que la LNH ne veut pas confronter la violence sur la patinoire. En tolérant les bagarres, et en ne punissant pas assez sévèrement les coups dangereux comme celui de James Neal, elle conforte les joueurs dans l'idée que tout est permis. Elle crée un environnement qui, inévitablement, provoque des blessures sérieuses et compromet leur sécurité.

Si Neal et Thornton se sont conduits ainsi, c'est qu'ils savent fort bien que les conséquences de leurs gestes seront minimes, quelques matchs de suspension tout au plus. Ils montrent un peu de contrition après la rencontre, assurent qu'ils enverront un texto d'excuse à leur victime, et la LNH passe à autre chose. Après tout, on n'arrêtera pas de se tapocher la tête pour une commotion cérébrale de plus!

Parce qu'il est aux commandes de la LNH depuis plus de 20 ans, Bettman s'est bâti un immense pouvoir. Il suffirait d'un mot de lui pour que la LNH décourage les coups salauds.

Les propriétaires d'équipe, théoriquement ses patrons, demeureront silencieux aussi longtemps que Bettman ne donnera pas le signal de la fin de la récréation. Ce qui, au-delà de toute logique, n'est pas pour demain.

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La LHJMQ est un circuit de développement. La majorité de ses joueurs, adolescents et très jeunes adultes, n'évoluera jamais dans la LNH. Voilà pourquoi elle doit être encore plus inflexible que la LNH par rapport à la violence. Elle a le devoir de protéger ces garçons placés sous sa responsabilité.

En ne sanctionnant pas le geste d'Adam Erne aux dépens de Jonathan Drouin, elle faillit lamentablement à son devoir. Erne a frappé Drouin par-derrière, sans que celui-ci ait la moindre chance de se protéger.

Erne a soutenu que Drouin avait plongé, laissant ainsi entendre qu'il était responsable de son malheur. Drouin, un espoir de premier plan, n'a rien fait de tel. Il était presque collé à la baie vitrée en encaissant le choc.

Erne est jeune et on peut lui pardonner cette déclaration impulsive. Mais le fait qu'elle ait été secondée par son entraîneur Philippe Boucher est consternant.

Dans une entrevue au Soleil, Boucher a déclaré: «Je trouve ça triste pour Drouin et j'espère qu'il sera correct pour le Championnat mondial junior, mais les plongeons sont une épidémie dans la Ligue.»

En voilà un qui aurait mieux fait de se taire.

Allan Walsh, l'agent de Drouin, a dénoncé avec raison le manque de jugement de la LHJMQ. Comme plusieurs observateurs au Canada et aux États-Unis.

Le message envoyé par la ligue, c'est que les coups par-derrière, à un joueur sans protection, ne sont pas graves. Que le commissaire de la ligue, Gilles Courteau, cautionne cette impunité est inquiétant.

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Un week-end noir, donc. Mais qui, hélas, ne fera pas réfléchir les gouverneurs de la LNH réunis aujourd'hui en Californie. Ils parleront plutôt d'argent, leur sujet préféré. Et se féliciteront de cette saison «si divertissante».