Le commissaire de la NFL, Roger Goodell, craint-il réellement qu'un joueur meure sur le terrain? Selon un article d'ESPN The Magazine, oui; selon un porte-parole du circuit, non.

Philippe Cantin LA PRESSE

La controverse trouve son origine dans la publication d'un intrigant portrait de Goodell, la semaine dernière. L'auteur cite, sans le nommer, un membre du Temple de la Renommée, selon qui le grand patron de la NFL est «terrifié» à l'idée qu'un joueur perde la vie à la suite d'un coup violent.

«Ce ne serait pas simplement une tragédie, affirme cet ancien joueur. Ce serait aussi terriblement mauvais pour les affaires.»

La NFL a démenti l'information. «Je travaille avec Roger Goodell depuis 24 ans et je ne l'ai jamais entendu dire une chose pareille» a déclaré son porte-parole Greg Aiello, au New York Daily News.

Peu importe la véritable opinion de Goodell, les enjeux liés à la santé et à la sécurité des joueurs sont désormais la priorité du circuit. Contrairement à la LNH, qui surfe sur les problèmes causés par les coups à la tête, la NFL agit.

Lundi dernier, les paramètres d'un partenariat entre General Electric, Under Armour et la NFL ont été dévoilés. Dotée d'une enveloppe de 60 millions, l'initiative vise deux objectifs: perfectionner les tests de détection des commotions cérébrales et améliorer les équipements.

General Electric est un leader mondial des technologies médicales. «Malgré tous les progrès scientifiques, notre connaissance du cerveau est moins avancée que celle des autres organes du corps», a rappelé son PDG, Jeff Immelt.

Un volet du programme consiste en un appel public aux scientifiques, mathématiciens, ingénieurs et autres spécialistes. Un site internet a été créé afin de recueillir leurs suggestions. Les meilleurs projets obtiendront des subventions de recherche.

D'éventuelles découvertes serviront aussi à l'armée américaine, les commotions cérébrales étant fréquentes chez les soldats. Ces recherches pourraient aussi renforcer la lutte aux maladies d'Alzheimer et de Parkinson.

Goodell envisage le jour où les joueurs de la NFL porteront des casques munis de capteurs identifiant les commotions cérébrales. «Nous voulons des progrès rapides», a-t-il dit à l'Associated Press.

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Bien sûr, la sécurité des joueurs n'est pas le seul motif expliquant la détermination de la NFL.

Les blessures sévères subies par plusieurs joueurs constituent un cauchemar de relations publiques. La NFL a aussi été interpellée par une sortie de Barack Obama. Avant le dernier Super Bowl, le président des États-Unis a expliqué que s'il avait un fils, il hésiterait à lui donner l'autorisation de jouer au football.

Ensuite, et c'est encore plus important, 4000 anciens joueurs et leurs conjointes poursuivent la NFL. Ils l'accusent d'avoir camouflé les dangers liés à la pratique du football. Plusieurs anciens souffrent de démence précoce.

Un tribunal de Philadelphie est déjà saisi de l'affaire. Dans un intéressant article de Bloomberg/Business Week le mois dernier, on se demandait si la NFL n'aurait pas avantage à régler ce dossier à l'amiable plutôt que de risquer un procès à l'issue incertaine.

Compte tenu de la richesse de la NFL, même un règlement de 5 milliards, payable en 25 ans à mesure que les anciens joueurs nécessiteraient un soutien financier, serait réaliste. La facture atteindrait 6,25 millions annuellement pour chacune des 32 équipes.

Afin d'éviter le renouvellement de pareils ennuis juridiques, la NFL a tout avantage à déployer des efforts pour lutter contre les blessures à la tête. Voilà pourquoi elle joue la carte General Electric.

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Pendant ce temps, l'autre circuit touché par les commotions cérébrales, notre très chère Ligue nationale de hockey, surfe sur le problème comme s'il s'agissait d'un ennui passager.

Les dirigeants du circuit espèrent sans doute profiter des retombées de l'initiative NFL-General Electric. Des améliorations aux tests médicaux et aux équipements protecteurs seront sûrement utiles au hockey.

Mais pas question pour la LNH d'assumer du leadership à ce chapitre. Tenez, la semaine dernière, une bagarre a éclaté dès le début d'un match entre les Maple Leafs de Toronto et les Sénateurs d'Ottawa. Frazer McLaren, des Leafs, a mis K.-O. David Dziurzynski. Il s'agissait d'un combat planifié, qui a pris fin avec brutalité. Le joueur des Sénateurs a subi une commotion cérébrale.

L'affaire a suscité une certaine controverse. Plusieurs analystes ont dénoncé cette violence absurde. Mais la LNH n'a pas réagi. Si le circuit était sérieux dans sa lutte aux commotions cérébrales, il commencerait par interdire les bagarres. À l'évidence, un direct à la tête est une source potentielle de danger.

Plus tôt cette semaine, La Presse a publié une entrevue de mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot avec Kevin Davis, le président de Bauer. Cette entreprise spécialisée dans les équipements de hockey, qui emploie une centaine de personnes à son usine de Saint-Jérôme, veut améliorer les casques protecteurs.

«Les médecins sont catégoriques, aucun casque ne pourra prévenir complètement les commotions cérébrales, mais nous faisons partie de la solution, tout comme de meilleurs traitements médicaux et des changements aux règlements», a dit M. Davis.

Désolé de vous le dire, M. Davis. Mais pour les changements aux règlements, je vous conseille la patience.