Après une semaine turbulente de négociations entre la LNH et ses joueurs, faisons le point en six questions.

Publié le 21 oct. 2012
Philippe Cantin LA PRESSE

Au plan stratégique, qui détient la position de tête aujourd'hui? Les propriétaires ou les joueurs?

En rejetant net et sec les trois contre-offres des joueurs jeudi, Gary Bettman a cogné fort. Il a rappelé à quel point il était un dur négociateur.

Donald Fehr a commis une erreur en demandant à 18 joueurs de l'accompagner à la table de négociations. Le commissaire n'allait pas rater pareille occasion de semer un doute dans leur tête.

Si Bettman a quitté la réunion après une heure de pourparlers, ce n'est pas seulement parce que le dossier ne progressait pas à son goût. Il a aussi voulu marquer les esprits. Son comportement n'a pas été chic, mais efficace. Je suis convaincu qu'en l'absence des joueurs, les échanges auraient été plus significatifs.

Fehr est un vieux routier des négociations. Il a compris cet effet de toge. Mais les joueurs, moins familiers avec ce processus, ont sûrement été secoués par l'intransigeance de Bettman.

En clair, sans même avoir à le dire, Bettman leur a rappelé qu'il avait déjà annulé la saison 2004-2005. Et qu'il n'hésiterait pas à répéter le coup au besoin.

Cette arrogance renforcera-t-elle la solidarité des joueurs? Peut-être. Mais je crois plutôt qu'elle les inquiétera. L'aventure de 2004-2005 n'a pas été bonne pour eux.

Que devrait faire Donald Fehr?

Déposer une proposition claire! À l'heure actuelle, il multiplie les scénarios, comme s'il ignorait lui-même comment en venir à un accord. Sa stratégie facilite la réplique de la LNH. Imaginez: trois contre-offres et aucune ne fait l'affaire!

Parmi les pistes déposées par Fehr jeudi, l'une est si complexe que même les joueurs auront des ennuis à l'expliquer à leurs parents et amis. On est loin du concept 50-50, simple à saisir, soumis par Bettman.

Fehr devrait insister sur les millions de dollars consentis en contrats par les propriétaires durant l'été. Les équipes ont fait preuve de ces largesses en espérant que la prochaine convention collective réduirait leurs engagements financiers.

Ce stratagème les fait mal paraître. Les joueurs ont raison de réclamer le paiement intégral de ces sommes. Fehr devrait taper sur ce clou. Il ne doit pas perdre cette occasion de mettre en lumière le double discours des propriétaires.

Que devrait faire Gary Bettman?

Pour l'instant, attendre. Il a déposé une proposition insuffisante, mais sérieuse, mardi. Revenir à la charge dès maintenant serait interprété par les joueurs comme une preuve de faiblesse. Surtout après avoir assuré qu'il s'agissait de sa «meilleure offre».

Mais si les joueurs font une autre ouverture, il doit saisir l'occasion.

La saison en entier peut-elle toujours être présentée?

Oui. Un accord doit survenir au plus tard jeudi prochain pour amorcer un calendrier complet le 2 novembre.

Voilà pourquoi, vendredi, la LNH a uniquement annulé les matchs jusqu'au 1er novembre. Elle envoie le signal qu'elle est prête à discuter.

Même si les relations sont tendues entre les parties, un déblocage rapide demeure possible. Les joueurs acceptent désormais l'idée de diviser les revenus à parts égales, même s'ils en reportent l'application dans cinq ans. C'est un rapprochement.

La LNH devra aussi montrer de la souplesse. Sinon, il sera impossible de présenter 82 matchs.

L'annulation complète de la saison est-elle possible?

Bien sûr. Mais les deux parties n'ont pas à évoquer ce scénario pour l'instant.

Lors du lock-out de 1994-1995, une entente est survenue le 8 janvier. Une saison de 48 matchs a été disputée avant les séries de la Coupe Stanley.

L'an dernier, l'Association nationale de basketball (NBA) s'est entendue avec ses joueurs le 26 novembre. Un calendrier de 66 matchs a commencé le jour de Noël. La saison a été un éclatant succès, couronné par la victoire de Lebron James et du Heat de Miami en finale.

Les négociations dans la NBA ont été acrimonieuses. Beaucoup plus que celles dans la LNH jusqu'à maintenant. Mais lorsque le ballon a été remis au jeu, le conflit a vite été oublié. Et les partisans ont été au rendez-vous. Gary Bettman le sait très bien.

Quel impact aura la convention collective sur les chances de Québec d'obtenir une concession de la LNH?

Si Bettman remporte la victoire et obtient un partage des revenus 50-50 dès la saison prochaine, ce sera une mauvaise nouvelle pour Québec.

Le plancher salarial, soit la somme minimale qu'une équipe doit verser à ses joueurs, chuterait des 54,2 millions initialement prévus en 2012-2013, à 43,9 millions.

Bettman propose aussi une hausse de 33 % du partage des revenus entre les organisations riches et les plus fragiles. Il veut abolir les barrières empêchant certaines concessions de profiter de ce fonds de péréquation qui atteindrait 200 millions.

L'effet net de toutes ces mesures fournirait aux équipes en difficulté un formidable coup de pouce, diminuant ainsi la possibilité d'un transfert.

Québec devrait alors espérer un élargissement des cadres du circuit. Une équipe de l'expansion coûterait cependant très cher, beaucoup plus que les 170 millions versés par Winnipeg pour obtenir les Thrashers d'Atlanta.

Mais nous n'en sommes pas encore là. Il y a d'abord une convention collective à signer.