Geoff Molson traverse sa première crise à titre de président du Canadien. La façon dont il réagira aux événements est un élément intrigant de cette descente aux enfers.

Philippe Cantin LA PRESSE

Les situations chaudes donnent la mesure d'un président d'entreprise. Les partisans connaissant encore peu M.Molson, son attitude au cours des prochains jours définira la perception qu'ils ont de lui. Pour la première fois, il se retrouve sur la ligne de front.

Lorsque je l'ai interrogé sur son style de leadership cet été, il m'a expliqué ne pas être un micro-gestionnaire. Il pose des questions, s'assure de la clarté des objectifs organisationnels, et laisse ensuite beaucoup de latitude à ses collaborateurs.

Cette stratégie est saine... jusqu'à l'éclatement d'une crise. À ce moment, le président ne peut uniquement s'en remettre à son état-major. Sans panique, il doit remettre le train sur les rails et exercer son autorité.

Ce week-end, on imagine sans peine que Geoff Molson a discuté avec Pierre Gauthier, lui demandant quel était son plan pour relancer l'équipe. Il a sans doute parlé avec Kevin Gilmore, son nouveau bras droit, dont l'expérience dans le hockey est vaste. De 1999 à 2006, il a été DG adjoint des Kings de Los Angeles. Son expertise est sûrement mise à contribution.

Geoff Molson et Pierre Gauthier ont appris à se connaître au cours des derniers mois. Mais c'est la première tempête qu'ils affrontent ensemble. Quel sera l'effet de cette adversité? Soudera-t-elle leurs liens ou, au contraire, créera-t-elle une distance entre eux? La qualité de leur relation sera déterminante pour la suite des choses.

La semaine dernière, Geoff Molson a répété que le Canadien avait le potentiel pour remporter la Coupe Stanley. Pierre Gauthier l'a sûrement assuré que c'était le cas. Sinon, il n'aurait pas fait cette déclaration qui, dans un contexte déjà difficile, augmentait la pression sur son DG et son entraîneur. Aujourd'hui, Geoff Molson est-il toujours convaincu de la qualité de son équipe?

Depuis toujours, la gestion de crises fait partie de la description de tâches du président du Canadien. Tous ses prédécesseurs sont passés par là. Geoff Molson, qui connaît à fond l'histoire de l'équipe, ne l'ignore pas. Mais il ne s'attendait sûrement pas à pareil défi si tôt dans son mandat.

Pierre Gauthier est-il simplement en train de replacer les chaises sur le pont du Titanic? La transaction réalisée hier semble l'indiquer. L'arrivée de Petteri Nokelainen et le renvoi dans les mineures de deux joueurs d'appoint ne changent fondamentalement rien à la donne.

Cela dit, on ne peut accuser Gauthier de rester les bras croisés face aux insuccès de l'équipe. Il essaie de boucher des trous, mais sa tâche est presque impossible.

Pourquoi? D'abord, parce que tous ses homologues l'attendent avec une brique et un fanal. Ils savent que le Canadien est dans le pétrin. Pour réaliser une transaction significative, il devra verser une prime. Cela affaiblit sa position de négociation.

Ensuite, plusieurs de ses joueurs touchent des salaires plus élevés que leur réelle valeur, surtout à l'attaque. Des clauses de non-échange limitent aussi son champ d'action. Bref, Gauthier ne peut réaliser de miracles sans sacrifier le petit groupe représentant l'avenir de l'équipe. Ce qu'il ne fera évidemment pas.

La transaction d'hier est modeste, mais Gauthier aurait néanmoins dû la commenter. Il m'a déjà expliqué ne pas être le genre d'homme à se cacher, mais qu'il était difficile pour lui de s'exprimer publiquement sans donner de renseignements à ses rivaux.

Gauthier ne veut pas davantage critiquer ses joueurs publiquement, par respect pour leur famille et eux, et aussi afin de ne pas diminuer leur valeur sur le marché. «Il y a certaines limites que je ne peux franchir», m'avait-il dit.

Fort bien. Mais la situation est aujourd'hui bien différente. Les partisans ne comprennent pas pourquoi le Canadien joue si mollement. L'état de santé d'Andrei Markov les mystifie: l'as défenseur ne devait-il pas simplement rater le début de la saison? Ils se demandent si Jacques Martin est encore l'homme de la situation. Ils ont droit à des réponses.

Gauthier ne comprend pas que son silence ne fait qu'ajouter au psychodrame. Peut-être estime-t-il que la situation est encore sous contrôle, que les fans et les journalistes ont tort de croire que l'équipe est dans les câbles. Il pense peut-être que cette réaction est excessive, typique d'un marché comme Montréal où le hockey est une passion. Alors qu'il le dise! Les amateurs ne demandent qu'à être réassurés. Bizarre à dire, mais si un point de rupture devait survenir entre Geoff Molson et son directeur général, c'est peut-être à ce niveau qu'il se situera.

Le président du Canadien, qui connaît les relations publiques, est issu d'une famille de brasseurs. Dans cette industrie, la qualité des relations avec les clients est élevée en dogme. Ce qui est beaucoup moins le cas dans celle du hockey, d'où Gauthier est issu.

Et Jacques Martin, vous demandez? C'est sur lui que reposent les espoirs du Canadien. Les résultats des quatre prochains matchs seront déterminants, non seulement au classement, mais encore plus au niveau de l'ambiance au sein de l'équipe.

Jacques Martin ne fait pas l'unanimité chez les fans. Personnellement, j'ai encore confiance en lui. Ce vieux routier est sûrement ébranlé, mais il en faudra plus pour lui passer le KO. Il connaît tous les trucs du métier et n'est pas le genre d'homme à paniquer.

Si le Canadien relance sa saison au cours des six prochains jours, Martin méritera la première étoile de la semaine.

Photo: André Pichette, La Presse

Pierre Gauthier ne comprend pas que son silence ne fait qu'ajouter au psychodrame qui secoue le Canadien.