Ray Lalonde s'en souvient encore. C'était un midi de semaine, en 2002, au sous-sol d'un grand magasin du centre-ville. Au détour d'une allée, à la recherche d'une cravate, il aperçoit un solide gaillard signant des autographes à une table.

Philippe Cantin LA PRESSE

Lalonde, alors à l'emploi du Canadien, reconnaît Anthony Calvillo. Quelques jours plus tôt, le quart-arrière a mené les Alouettes à la conquête de la Coupe Grey, leur première en 25 ans. Avec les gens lui serrant la pince, Calvillo prend le temps de discuter.

«Il aurait pu bomber le torse, mais ce n'est pas son style, raconte Lalonde. C'était important pour lui d'avoir un dialogue avec les gens. Son attitude m'avait impressionné. Tu sais, c'est un bijou de compter sur un gars comme lui dans une organisation.»

Neuf ans plus tard, Lalonde est président des Alouettes. Et Calvillo poursuit sa carrière étonnante, celle d'un antihéros, que rien ne prédestinait à de telles réussites. Les quarts de taille modeste ayant appris leur football à l'Université Utah State sont généralement condamnés à l'anonymat.

Hier soir, les partisans du Canadien ont réservé une formidable ovation à Calvillo. «J'essaie simplement de savourer ces moments, disait-il, à son arrivée au Centre Bell. Mais je n'oublie que nous avons un autre match à disputer bientôt.»

C'était émouvant de voir cet homme simple, debout sur la patinoire, remercier les amateurs d'un amical signe de la main. L'hommage était sincère. Voilà un athlète auquel il est facile de s'identifier. Son salaire n'a rien à voir avec ceux des supervedettes de la LNH. Et son histoire personnelle est inspirante.

Jeune, Calvillo a grandi dans un quartier dur en banlieue de Los Angeles; adolescent, les recruteurs ont douté de son potentiel; adulte, des cellules cancéreuses ont été détectées sur sa glande thyroïde. À chaque occasion, il a triomphé de l'adversité. Oui, il pourrait bomber le torse. Mais il demeure un homme simple.

L'automne dernier, par exemple, ses voisins ont été étonnés de le retrouver à la piscine du quartier, un samedi midi, pour les cours de natation de ses deux filles. La veille, à Winnipeg, il avait encaissé des coups très durs contre les Blue Bombers. Après le long voyage de retour, il a déposé sa valise à la maison et remis sur le champ son chapeau de père de famille.

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C'est le Canadien, par la voix de son vice-président Donald Beauchamp, qui a proposé aux Alouettes d'honorer Calvillo. Geoff Molson, un visiteur fréquent au stade de l'Université McGill, lui a cédé sa loge afin qu'il invite ses proches... en plus de lui demander un autographe à l'intention de son fils!

À première vue, l'histoire peut sembler banale. Mais il s'agit néanmoins du premier contact officiel entre les deux organisations depuis le départ subit de Ray Lalonde du Centre Bell en janvier dernier, lorsqu'il a compris qu'il n'obtiendrait pas le poste de chef de la direction.

«Montréal ne compte que trois équipes professionnelles, rappelle Lalonde. Une bonne collaboration entre nous est essentielle. Le succès de toutes nos organisations aide le marché du sport à Montréal. Un échec, comme le départ des Expos, est mauvais pour la ville.»

Le Canadien occupe le sommet de la pyramide sportive au Québec. En invitant Calvillo, il donne un coup de main aux Alouettes, qui ne profitent pas toujours du rayonnement réservé aux équipes championnes. Lalonde a apprécié.

En poste depuis sept mois, le nouveau président des Alouettes rebâtit le secteur affaires de l'organisation. Il a embauché une dizaine de spécialistes et cible ses interventions: marketing, mise en marché de la marque, utilisation du web et des médias sociaux. «C'est important de nous moderniser. On voit une progression dans tous les éléments mesurables.»

Le dossier d'un nouveau centre d'entraînement occupe aussi sa table de travail. Actuellement, les joueurs ont leurs quartiers généraux au Stade olympique (vestiaire, salle de musculation), mais s'entraînent à Saint-Léonard ou à Brossard. La direction occupe des bureaux au centre-ville. Difficile d'imaginer plus désorganisé!

«Il faut trouver un site permanent pour regrouper nos activités, explique Lalonde. L'objectif est de régler ce dossier dans les six prochains mois et d'inaugurer de nouvelles installations d'entraînement en 2013.»

Les budgets des Alouettes ne sont pas ceux du Canadien et l'organisation devra se montrer créative. Bâtir du neuf? Aménager des locaux déjà existants près d'un vaste terrain? Lalonde poursuit les consultations.

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En plus de sa visite au Centre Bell, Anthony Calvillo s'est arrêté sur le plateau de Tout le monde en parle après avoir battu le record de Damon Allen.

Ses succès lui ont aussi valu des félicitations, en français s'il vous plaît, du commentateur Chris Berman, durant un match du Monday Night Football sur ESPN. Le Los Angeles Times lui a consacré un article émouvant publié en première page. Son exploit a fait le tour de l'Amérique.

«On espère qu'Anthony jouera une autre année, dit Lalonde. Sa fiche cette saison parle d'elle-même. Il lui reste encore beaucoup de football.»

À Montréal, Calvillo est désormais un joueur vedette, tous sports confondus. S'il mène de nouveau les Alouettes à la Coupe Grey, ce n'est pas dans la pénombre d'un grand magasin qu'il signera ses prochains autographes.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

C'était émouvant, hier soir, de voir cet homme simple debout sur la patinoire, remercier les amateurs d'un amical signe de la main.