Cette chronique va étonner mes amis d'une certaine dré-drette qui croient quasiment que je suis en faveur de la charia parce que, contrairement à eux, je ne fais pas la danse du bacon quand je croise une femme portant un hijab. Je préfère les en avertir, question qu'ils lisent ces mots en dégustant une petite tisane.

Patrick Lagacé LA PRESSE

Alors voilà, je sais que la partie de piñata est déjà bien entamée, mais j'aimerais dire que moi aussi, je trouve que les excités britanniques invités par l'Association musulmane de la Concordia University pour prêcher un islam «hardcore» sont des salopards.

Quiconque se cherche des raisons pour lever la main sur sa femme, pour purifier la société des gais et des juifs mérite de se faire talonner par des médias inquisiteurs, comme c'est le cas ici (et à Toronto), depuis que s'est ébruitée la visite de deux conférenciers de l'Islamic Education and Research Academy (IERA).

Ai-je entendu l'épithète «islamo-fasciste» ?

On n'en est pas loin, dans le cas de MM. Hamza Tzortzis et Abdur Raheem Green.

Voilà. C'est dit.

(Me trouvez-vous d'un courage hallucinant, de me tenir debout, ainsi, devant les forces du mal islamique? Merci. Je vais peut-être écrire un livre sur le sujet de mon combat. Peut-être même deux.)

Mais je m'égare. Nous parlions notamment de M. Abdur Raheem Green, un converti britannique qui s'est magasiné une religion comme d'autres vont en croisière: quelques fois dans une vie. D'abord chrétien, M. Green a flirté avec le bouddhisme avant de se trouver une place dans le grand parking de l'islam, dans le coin le plus reculé du parking, en fait.

Pour lui, la loi coranique est «excellente», en tant que système de gouvernance, puisqu'elle existe depuis 1400 ans. Tuer une personne qui commet l'adultère, par lapidation: ce n'est pas trop extrême pour M. Green, selon ce qu'on peut lire sur son blogue. Idem pour l'homosexualité...

Donc, c'est ce type qui doit débarquer à Montréal. Où? Pas clair. Ça devait se tenir à Concordia, le Collège Vanier a, lui, dit non. Il doit aussi se pointer à Toronto où, à ce que je lis dans les médias ontariens, l'IERA a tout autant de difficulté à se trouver un local.

Vous savez peut-être que des voix se sont élevées pour faire taire les voix de MM. Green et Tzortzis. L'Assemblée nationale a adopté une résolution enjoignant à Ottawa de refuser l'entrée au Canada de ces deux fomenteurs de haine. Ga'ava, association juive représentant des gays, des lesbiennes, des bisexuels et des transgenres, a également demandé à Jason Kenney, ministre de l'Immigration, de ne pas les laisser débarquer au pays.

Ici, je sais que mes amis de la dré-drette - allô, Éric - vont automatiquement dire que je suis en faveur de la charia, de la lapidation et de la talibanisation des enfants canadiens, mais ce n'est pas grave, je plonge...

Je ne suis pas d'accord.

Qu'on les laisse entrer au pays.

Au nom de quoi?

Au nom de ceci: nous sommes, ici, à Montréal et à Toronto, dans ce territoire conceptuel qu'est l'Occident. Nous, Occidentaux, avons inventé les droits de l'homme (étendus aux gais), donné le droit de vote aux femmes et accouché de ce concept absolument formidable, concept à la base des sociétés ouvertes touchées par le progrès, contrairement aux pays où c'est la loi préférée de M. Green qui domine: la liberté d'expression.

Pourquoi avoir peur de quelques barbus?

Pourquoi leur donner le plaisir de jouer aux grands méchants loups qui font tellement peur à l'Occident qu'on ne leur laisse même pas le droit de débarquer de l'avion, ici?

Si MM. Green et Tzortzis ne prononcent pas leurs conférences, ils n'auront pas le plaisir de se frotter à l'autre côté de la médaille de leur liberté d'expression. Celle des autres. Celles des femmes, des gais qui pourraient choisir de manifester devant l'édifice accueillant leurs conférences. Celles de journalistes, de caricaturistes, de chroniqueurs qui pourront décrire, railler et critiquer leurs prises de position qui feraient probablement honte à Cro-Magnon. Celles de citoyens engagés qui pourraient décider de perturber leurs conférences, tiens...

Et si on ne les laisse pas débarquer de l'avion, MM. Green et Tzortzis n'auront aucune chance de faire connaissance avec certaines dispositions d'un recueil d'articles qui n'a rien à voir avec Allah: le Code criminel. Il y a là-dedans des articles qui balisent les discours haineux.

S'ils ne les prononcent pas, leurs conférences, jamais un flic n'aura l'occasion de recueillir une plainte pouvant déboucher sur le bureau d'un procureur de la Couronne...

Non, vraiment, je ne comprends pas pourquoi on s'entête à tenter de les empêcher d'entrer au pays. C'est vraiment nono de les priver de quelques miettes de civilisation.