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Dehors la politique, bonjour la musique

Michel Rivard, Jean-Marc Couture, Hubert Lenoir, Kim Richardson... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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Michel Rivard, Jean-Marc Couture, Hubert Lenoir, Kim Richardson et Claude Dubois en répétition jeudi matin.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Le vent tourne, le vent change, le coeur reste ! Si ce n'était pas le titre du grand spectacle de la fête nationale qui aura lieu ce soir à la place des Festivals à Montréal, on croirait lire le slogan d'une campagne électorale.

« Le vent tourne, le vent change, le coeur reste ! » est le genre de slogan passe-partout qui irait bien à la CAQ, au Parti libéral ou peut-être même au Parti québécois. Mais dans ce dernier cas, il s'agirait non pas d'un slogan, mais du condensé des restes du rêve souverainiste. Le vent a tourné. L'appui à la souveraineté a chuté, mais le coeur des électeurs demeure éternellement accroché au rêve d'un Québec souverain, même s'il ne fait rien pour le réaliser...

Mais bon, n'extrapolons pas trop. Ce n'est que le titre d'un spectacle collectif - le 43e depuis les mythiques fêtes de la Saint-Jean sur la montagne. Et comme me l'a si bien rappelé Pierre Séguin, qui signe la mise en scène et la réalisation du grand spectacle, ça fait longtemps qu'on ne fait plus de shows politiques pour la Saint-Jean, paraphrasant malgré lui, le célèbre « on ne fera pas de politique, on fera juste de la musique » de Michel Pagliaro.

Dehors la politique, donc, et bonjour la musique. Il y a quelques années, j'aurais été un peu outrée de voir les artistes, triés sur le volet pour le grand pow-wow de la fête nationale, tourner le dos aux ardents plaidoyers pour le pays et renier toute forme d'engagement politique. Après tout, le poing levé et l'appel à la révolte au nom du fleurdelisé ont toujours fait partie des festivités.

Mais ce coup-ci, j'avoue que ça ne me dérange pas une miette qu'on passe à un autre appel. Pas parce que je vomis la politique ou que je n'y crois plus. Par moments, même, j'ai le sentiment d'y croire plus que jamais, surtout quand je lis le reportage de ma collègue Véronique Lauzon sur les nouveaux engagements d'une autre génération d'artistes qui envisage la politique autrement.

Mais plus urgent que la politique, il y a plus que jamais la nécessité de miser sur et de mettre en valeur le répertoire musical et chansonnier québécois, ne serait-ce que pour le rappeler au bon souvenir des jeunes et des moins jeunes abonnés des Spotify et compagnie, qui à longueur d'année s'évadent dans la musique et la culture anglo-saxonnes.

Il me semble que ce n'est pas trop demander que de consacrer une journée, une seule par année, aux musiques et aux chansons qui ont constitué la bande sonore du Québec moderne, fût-il celui du siècle dernier.

Or, c'est exactement ce que Pierre Séguin a imaginé en montant un immense et très jouissif amalgame de classiques québécois pour le spectacle de ce soir.

Lorsque je suis arrivée à la traditionnelle répétition, qui a toujours lieu dans un studio rue Parthenais en face du quartier général de la SQ, Claude Dubois, l'oeil un peu morne, chantait : « J'nous vois tous comme des artistes quand on est up. Quand on fait de la musique et que ça fait pop. » Son oeil était morne, mais sa voix était ronde et souple comme s'il avait l'âge d'Hubert Lenoir, qui se tenait silencieux à quelques micros de lui, ayant été invité à la dernière minute à chanter sa célèbre Fille de personne, mais aussi Nancy Beaudoin, le classique d'Aut'Chose, avec Klô Pelgag.

À la fin d'Artistes, Claude Dubois a brièvement quitté la répétition, remplacé au micro par Le vent du Nord, ce groupe phare de la renaissance folklorique qui a semé ses rigodons sur cinq continents. Puis ce fut au tour de Michel Rivard d'entonner, avec une belle fougue, un extrait du Géant Beaupré. Vincent Vallières a ensuite pris le micro pour nous servir Je suis cool, le classique de Gilles Valiquette, avant de laisser Jean-Marc Couture enchaîner avec Bobépine et Guillaume Lemay-Thivierge s'approprier la Julie des Colocs. Puis la voix pure et divine de la soprano Marie-Josée Lord s'est élevée dans la mêlée sur l'air de Parlez-moi d'amour. Ne manquait plus que Mon pays, version disco, interprétée par une sauterelle du nom de Brigitte Boisjoli, et en point d'orgue, Point de mire d'Ariane Moffatt confié à Martha Wainwright.

À la fin de la répétition, je me suis rendu compte que je connaissais toutes ces chansons par coeur, même si cela faisait un bail que je ne les avais pas entendues. Toutes ces chansons me rappelaient une époque dont elles ramenaient le souvenir et la sensibilité, y compris celles que j'avais détestées. Je pense à la version disco de Mon pays, interprétée à l'époque par Patsy Gallant, qui avait eu l'audace de faire traduire l'hymne de Gilles Vigneault. En anglais, ce pays qui n'était pas un pays était devenu - ô horreur ! - From New York To L.A. C'était en 1976 et je voulais étriper l'hérétique Patsy, qui à mes yeux avait massacré l'hymne d'un peuple.

Quarante ans plus tard, voir la blonde Brigitte Boisjoli s'en emparer sans complexe me fait sourire et me donne envie de danser.

Le vent tourne, le vent change, le coeur reste ! Peut-être qu'au fond, ce slogan n'a rien de politique. Peut-être qu'il ne fait que marquer le temps qui passe et qui, dans le meilleur des cas, nous rend plus sages et moins intransigeants. Bonne fête nationale à vous tous et que le vent, peu importe dans quelle direction il souffle, vous soit favorable.




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