Un prêtre, huit fidèles, un éclairage au néon, une table en mélamine et un bouquet de fleurs probablement en plastique.

Nathalie Petrowski LA PRESSE

Non, ce n'est pas une scène ni un décor de film. C'est une scène de la vraie vie: la messe du vendredi matin au troisième sous-sol de l'église Saint-Barnabé, dans l'est de Montréal.

C'est aussi le début du reportage de Jean-Sébastien Cloutier sur le patrimoine religieux en péril à Montréal, diffusé lundi au Téléjournal 18h de Radio-Canada: un reportage fascinant qui commence dans un sous-sol avec ces réfugiés de la foi catholique qui, n'étant plus assez nombreux pour justifier la tenue d'une vraie messe dans une vraie église, en sont réduits à cette triste célébration entre la mélamine et les néons.

Le reportage nous livre par la suite un tas de chiffres assez stupéfiants sur la lente érosion du patrimoine religieux.

On y apprend que depuis le début du XXe siècle à Montréal, 256 églises ont été mises en vente, dont 38% étaient des églises catholiques. Parmi celles-ci, 64 églises ont été tout bonnement démolies, 30 ont été recyclées à des fins communautaires et une vingtaine ont été transformées en condos, en gymnases et bientôt, dans un cas au moins, en spa: le spa Saint-Jude.

Parmi les fidèles réunis pour cette désolante messe du vendredi matin, une Congolaise s'adresse à la caméra et nous raconte qu'au Congo, les messes se déroulent dehors, faute d'églises. «Ici, vous avez de très belles églises, mais elles sont vides, ça fait mal au coeur», dit la dame avec un sourire triste.

Ça fait mal au coeur, en effet, et encore davantage quand on s'arrête pour opposer l'énormité de la couverture médiatique consacrée à l'élection du nouveau pape à l'état piteux de l'Église catholique dans la vraie vie à Montréal, aujourd'hui, en 2013.

Toutes ces émissions spéciales sur le pape et encore le pape, tout ce temps d'antenne pour qui et pour quoi? Pour huit fidèles et un prêtre tassés dans un sous-sol? C'est un peu exagéré, non?

Vous me direz que ce n'est pas parce que les églises ferment, faute de fidèles, que le sort de la papauté n'intéresse plus personne. Vous me direz aussi que le simple fait qu'il y ait une possibilité, mince, mais réelle, que le prochain pape soit québécois justifie l'énormité de la couverture québécoise en général, et radio-canadienne en particulier. Je veux bien.

En passant, si j'avais eu la chance de passer la semaine place Saint-Pierre à Rome plutôt que sous la flotte à Montréal, soyez assurés que je n'aurais pas dit non. Pape ou pas, je ne connais aucun journaliste sain d'esprit qui refuse un voyage à Rome.

Mais de là à envoyer tout un bataillon de journalistes et d'animateurs pour nous raconter ad nauseam, heure après heure, qu'il n'y a pas encore de petite fumée blanche qui s'échappe de la chapelle Sixtine, juste de la maudite fumée noire, il y a un pas dans l'exagération à ne pas franchir.

Qu'Alain Crevier, monsieur papologue en personne, nous entretienne sur les ondes de la SRC tous les jours de l'évolution ou non des choses est parfait. C'est lui, le spécialiste. Il connaît ça! Mais que vient faire Céline Galipeau dans l'histoire, à part se tourner vers lui et lui tendre le micro? Et que dire des deux autres animateurs, Michel C. Auger, de Pas de midi sans info à la radio, et Marc-André Masson, animateur à RDI? Qu'est-ce qui justifie que ces deux-là soient à Rome?

Personnellement, si j'étais patron à la télé publique, j'aurais laissé tout ce beau monde à Montréal et j'aurais envoyé à leur place la journaliste culturelle Tanya Lapointe. Pensez-y un instant: c'est quoi la papauté, aujourd'hui, sinon un gros show bling-bling.

Les églises sont vides, les catholiques pratiquants sont un peuple en voie d'extinction, mais si la papauté nous intéresse encore, ce n'est certainement pas pour la spiritualité, pour la foi ou même par curiosité théologique. Ce qui nous intéresse, c'est le show, c'est le défilé furieusement symétrique de tous ces bonshommes en habits cramoisis, c'est l'étalage du faste et de la pompe, ce sont les intrigues, les scandales. En un mot: la pipolisation de la papauté.

Pour le reste, on peut bien déployer devant le Vatican la plus importante équipe de journalistes au monde, cela ne freinera pas la fermeture des églises à Montréal et, surtout, cela n'augmentera pas le nombre de fidèles à la messe du vendredi matin entre les néons et la mélamine de Saint-Barnabé.