Maka Kotto: le rôle de sa vie

Maka Kotto, ministre de la Culture et des... (Photo: Benoit Levac)

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Maka Kotto, ministre de la Culture et des Communications.

Photo: Benoit Levac

Depuis la semaine dernière, le Québec a un nouveau ministre de la Culture et des Communications. Il s'appelle Maka Kotto, a été acteur dans une autre vie et a égayé nos soirées dans des séries un peu poches comme Super sans plomb et aussi avec de beaux films comme Un dimanche à Kigali. Mais autant dire qu'en accédant au poste de ministre, après plusieurs années sur les bancs de l'opposition à Ottawa pour le Bloc québécois et à Québec pour le Parti québécois, Maka Kotto vient d'obtenir le rôle de sa vie.

Pour ceux qui ne savent pas qui est Maka Kotto (si c'est encore possible), voici en accéléré sa bio. Il est né au Cameroun, a grandi en France, où il a étudié le droit à Nanterre et les sciences politiques à Bordeaux, avant de se faire un nom comme acteur dans des films français et dans au moins un film québécois: Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer. Encouragé par son ami Dany Laferrière, il est venu s'établir au Québec, plus précisément dans la ville de Québec, en 1990, et s'est empressé de se joindre au... Parti libéral de Daniel Johnson. Son flirt libéral fut de courte durée, notamment grâce à Elvis Gratton, alias Julien Poulin, qui, entre deux prises sur le plateau de Super sans plomb, a refait son éducation politique et l'a convaincu de défroquer pour aller communier à l'église péquiste.

N'ayant pas encore le droit de vote au référendum de 1995, il s'est consolé en posant des pancartes pour le Oui dans son quartier qui était aussi celui du chef bloquiste, Gilles Duceppe. La suite, comme on dit, appartient à l'Histoire...

Le 17 mai dernier, lors de la présentation par le gouvernement Charest de la fameuse loi spéciale (78), Maka Kotto s'est levé en Chambre et, pendant 11 minutes et 55 secondes, a dit tout le mal qu'il pensait de la loi. Mais ce qu'on a surtout retenu, c'est sa première phrase:»En lisant ce projet de loi,monsieur le président, j'ai eu le goût de retourner en Afrique.» Disons que ce n'était pas la meilleure entrée en matière d'un homme qui a quitté l'Afrique pour la France, il y a un siècle, et qui sait très bien que son pays natal, parfois qualifié de démocrature, n'a de leçons de démocratie à donner à personne, même pas à Jean Charest.

Cette fois-là, comme déjà par le passé, Maka Kotto s'est laissé emporter par une certaine enflure verbale et par un penchant prononcé et pas très avisé pour l'hyperbole et la grandiloquence. En fera-t-il autant à titre de ministre de la Culture? J'espère que non.

En attendant, Maka Kotto a sur son bureau une liste de promesses électorales à tenir. La première et la plus périlleuse étant le rapatriement au Québec des pleins pouvoirs en matière de culture, ce que les libéraux ont tenté, sans doute un peu mollement, en envoyant une demande écrite à Stephen Harper, sans jamais recevoir de réponse ou même d'accusé de réception. Difficile de croire que le nouveau ministre de la Culture pourra venir à bout de la résistance fédérale et faire beaucoup mieux que ses prédécesseurs.

Maka Kotto s'est aussi engagé pendant la campagne électorale à augmenter le budget du Conseil des arts et des lettres de 13 millions, celui de la SODEC de 8 millions, celui de Télé-Québec de 10 millions, sans oublier cette enveloppe de 5 millions pour les tournées internationales des artistes québécois, pour un total de 36 millions!

Comme le ministre n'est pas une machine à imprimer l'argent, où ira-t-il chercher tous ces millions? Dans la poche des artistes millionnaires qui sont moins nombreux que les artistes au chômage, mais qui existent tout de même? En bloquant les projets d'agrandissement du Musée des beaux-arts de Québec, du Musée d'art contemporain et du TNM, qui font la file depuis des années pour obtenir les millions béton du gouvernement? Autant de questions qui restent en suspens.

En accédant au poste de ministre de la Culture, Maka Kotto a décroché un grand rôle, sans doute le rôle de sa vie, mais un rôle difficile, exigeant, casse-gueule même, pour lequel il n'y a aucune garantie de réussite. Un peu comme s'il avait accepté de jouer dans un film qui semblait formidable sur scénario, mais dont le résultat est, au mieux, un film moyen et, au pire, un navet. Je ne dis pas que c'est ce qui attend le nouveau ministre de la Culture. Je m'interroge seulement sur le nombre élevé de promesses qu'il devra tenir pour qu'on ne doute pas de sa parole. Pour l'instant, ce qu'on sait de Maka Kotto, c'est qu'il peut être un excellent acteur et qu'il a été un député dévoué, consciencieux et assidu. Il ne lui reste plus qu'à être un grand ministre de la Culture, ce qu'on lui souhaite de tout coeur, mais sans trop se faire d'illusions non plus.




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