Vous n'auriez pas vu Michel Houellebecq par hasard? À Montréal ou ailleurs? Paraît que la planète au complet le cherche depuis mardi. Attendu à La Haye pour participer à une lecture publique d'extraits du roman La carte et le territoire, Houellebecq ne s'est jamais présenté. Et selon des sources dignes de foi, mais pas nécessairement bien informées, le Prix Goncourt de 2010 n'aurait pas donné signe de vie à son agent, à son éditeur ni à son traducteur, depuis des mois.

Nathalie Petrowski LA PRESSE

Évanoui, évaporé, disparu, seul son chien (s'il est encore de ce monde) sait ce qu'il est advenu de son maître. Évidemment, la nouvelle ne serait pas aussi croustillante si, dans son dernier roman, Houellebecq n'avait pas mis en scène et surtout mis en mots assez crus le meurtre et la mort par déchiquetage de... Michel Houellebecq.

«La tête de la victime (Michel Houellebecq) était intacte, tranchée net, posée sur un des fauteuils devant la cheminée, une petite flaque de sang s'était formée sur le velours vert sombre; lui faisant face sur le canapé, la tête d'un chien noir, de grande taille, avait elle aussi été tranchée net. Le reste était un massacre, un carnage insensé, des lambeaux, des lanières de chair éparpillés à même le sol, écrit Houellebecq à la page 288 de La carte et le territoire. Aucun doute possible: un écrivain qui écrit sa propre mort et qui en fait un spectacle aussi violent et sanglant est un tordu grave, doublé d'un vieux débris torturé, comme l'écrit Houellebecq à son propre sujet.

En même temps, le procédé cruel et morbide auquel l'écrivain fait appel a au moins un avantage: il démonte la mécanique infernale de l'autofiction, un genre littéraire que les lecteurs ont tendance à prendre au pied de la lettre, convaincus que dès qu'un écrivain emploie le «je» ou donne son propre nom à un personnage, il parle nécessairement de lui-même et de ce qui lui est arrivé dans la vraie vie.

Le cadavre décapité et déchiqueté de Michel Houellebecq, dans La carte et le territoire, met le lecteur devant l'évidence qu'il ne peut absolument pas faire confiance à l'écrivain pour un compte rendu objectif de la réalité. Voilà au moins une chose de réglée.

Pour ce qui est de la disparition de l'écrivain dans la vraie vie, c'est un peu plus compliqué. La nouvelle est d'abord sortie sur le site de Bloomberg News avant d'être reprise par des médias de langue anglaise comme le Irish Times ou le San Francisco Chronicle. En France, les médias sont restés étrangement discrets. Rien dans Libé, Le Monde ou même Paris Match, plus préoccupé par le sort d'un bébé jeté à la poubelle et maintenant introuvable que par la disparition du Prix Goncourt. Un entrefilet dans Le Figaro explique avec prudence que Houellebecq a changé de numéro de téléphone récemment et qu'il a l'habitude de ne pas répondre à ses mails. Le Nouvel Observateur est le média qui va le plus loin dans la dédramatisation. Un des ses journalistes affirme qu'il a vu Houellebecq déambuler dans le quartier chinois de Paris il y a 15 jours. Le journaliste a interpellé Houellebecq qui s'est retourné, l'a salué avec l'air un brin hagard d'un vagabond avant de poursuivre sa route. Un éboueur tout près, a raconté qu'il suivait l'écrivain depuis 10 minutes et que celui-ci se faisait reconnaître et interpeller toutes les 30 secondes, preuve que la notoriété a fait de Houellebecq un animal traqué et que les éboueurs parisiens sont des gens de lettres, capables de faire la différence entre un vagabond et un écrivain.

Selon le Nouvel Obs, Houellebecq n'a pas disparu. Il se cache. Je partage entièrement cette opinion. Reste que s'il fallait que dans quelques jours ou dans quelques mois, Houellebecq soit retrouvé mort dans une de ses maisons en Espagne ou en Irlande, s'il fallait qu'il soit pris en otage par Al-Qaïda ou par les forces armées révolutionnaires de la Colombie, pas sûr que ça m'étonnerait tant que ça.