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Les kilos et la campagne

Il y a quelque chose que Pauline Marois ne semble pas comprendre.

Être gros ne veut pas dire qu'on n'a pas de bonnes habitudes de vie. Et être mince ne veut pas dire qu'on a de bonnes habitudes de vie.

En fait, je la montre du doigt parce que c'est, elle, la chef du Parti québécois, qui a mis cette question sur la place publique avec ses commentaires sur le fait que selon elle, un ministre de la Santé devrait avoir de «saines habitudes de vie» et montrer l'exemple.

Mais la vérité, c'est que vous êtes très très nombreux à penser la même chose.

La question du poids du Dr Gaétan Barrette, candidat de la Coalition avenir Québec, circule dans les conversations et dans les réseaux sociaux depuis qu'il est candidat, même avant.

Tous, vous semblez dire que pour être digne d'occuper le poste de ministre de la Santé il faut prouver sa moralité hygiénique en ne souffrant pas d'embonpoint.

Le fait que la minceur d'une personne puisse cacher une obsession malsaine contre les calories et des habitudes alimentaires détraquées guidées, justement, par la quête de la sveltesse à tout prix, ça, ce n'est pas grave.

Que certaines personnes publiques de tous les milieux gardent leur taille en utilisant des moyens parfois totalement disgracieux - oui, je parle ici des gens qui se purgent ou se font vomir - ou carrément médicaux - oui, je pense ici à la chirurgie plastique et aux drogues légales et illégales - ça, ça ne compte pas...

Ce sont les gros, croyez-vous, qui ne mènent pas une bonne vie.

C'est bien mal connaître l'obésité, un problème dont les racines sont sociales, économiques, culturelles, psychologiques, voire anthropologiques.

Je ne sais pas pourquoi le Dr Barrette traîne autant de kilos mais je suis convaincue qu'il n'en est pas heureux et que s'il savait comment s'en débarrasser, il le ferait. Comme la plupart des autres personnes souffrant du même problème.

Sauf que perdre des kilos, ce n'est pas simple.

Sauf que malgré des décennies à répéter les mêmes messages, en privé et en santé publique - Mangez plus de carottes et de tofu et moins de frites! Faites plus d'exercice - l'obésité augmente en Amérique du Nord. On continue toujours avec les mêmes discours. On radote.

Et ce, même si nos approches ne fonctionnent même pas.

La réalité, c'est que nous ne comprenons pas bien ce problème.

Il y a des pistes génétiques, des pistes historiques: nous sommes les premières cohortes de l'histoire de l'humanité à ne plus avoir à gérer la rareté des aliments mais plutôt l'abondance. Il y a des pistes culturelles et métaboliques: notre obsession pour la minceur crée des armées de gens aux régimes dont le métabolisme se rebelle et croit qu'il y a famine, emmagasinant du même coup le plus de réserves possible. Il y a toutes les pistes psychologiques sur le rôle émotionnel de la nourriture dans nos vies et sur le rôle, aussi, que jouent ces kilos en trop dont tant de gens sabotent la fonte, la plupart du temps inconsciemment. Parlez-en, par exemple, à ces victimes d'abus qui se protègent derrière leurs rondeurs du regard des autres.

Ce que Mme Marois et nous tous résumons par «adoptons de saines habitudes de vie» est une façon totalement simpliste de voir ce défi de santé publique qu'est le dossier du poids.

Que le Parti québécois veuille encourager les jeunes à faire plus de sport avec l'aide d'un crédit d'impôt remboursable de 500$, très bien, lançons l'idée.

Mais de grâce, lâchons les clichés et les vieilles équations désuètes entre le poids et des prescriptions comportementales qui sont devenues presque «morales». Minceur, exercice et repas allégés devenant synonymes du Bien, et tout le reste du Mal, en commençant par le surpoids...

Mme Marois a tenu à préciser hier qu'elle ne visait pas spécifiquement un candidat avec ses propos sur les saines habitudes de vie exemplaires pour un futur ministre de la santé.

Peut-être. Mais le fait est que depuis le début de la campagne on commente partout le poids de M. Barrette et on s'en sert pour mettre en doute ses qualités pour devenir un éventuel ministre de la Santé.

Aller parler de ces fameuses «saines habitudes de vie» exemplaires dans la circonscription où se présente le médecin, c'était ouvrir la porte clairement à des associations d'idées que tout le monde, d'ailleurs, s'est empressé de faire. Il est trop tard pour revenir en arrière.

Qu'aurait dû répondre la chef péquiste au journaliste qui a demandé si un futur ministre de la Santé devait montrer l'exemple? Elle aurait dû répondre qu'il n'y a pas une seule façon exemplaire de vivre sa vie. Et qu'il faut faire attention aux jugements que l'on porte envers les gens souffrant d'embonpoint ou d'obésité. On ne sait pas pourquoi, personnellement, ils en sont arrivés là. Ils font peut-être des efforts importants pour s'en sortir, des efforts exemplaires.

Les kilos en trop n'affectent pas le jugement, l'intelligence, l'empathie, la gentillesse, la générosité, ni le sens du devoir et des responsabilités. Qu'on s'en tienne à ça.




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