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La diversité payante

Le personnage principal (Anthony Anderson) de la comédie... (Photo: fournie par ABC)

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Le personnage principal (Anthony Anderson) de la comédie Black-ish discute avec son père (Laurence Fishburne).

Photo: fournie par ABC

Il y a 30 ans cette semaine, une comédie mettant en vedette une famille afro-américaine bourgeoise de Brooklyn prenait l'antenne à la télévision américaine, sur la chaîne NBC. Il s'agissait à l'époque d'un pari audacieux. Qui fut aussitôt récompensé.

Pendant cinq de ses huit saisons, le Cosby Show, qui relatait le quotidien de la famille Huxtable, fut l'émission la plus populaire de la télévision américaine (avec quelque 30 millions de téléspectateurs à son apogée). Trente ans après sa première diffusion, on a presque l'impression d'être de retour à la case départ.

Hier soir était diffusée la première de la télésérie Black-ish à ABC. Une série comique que plusieurs comparent au Cosby Show parce qu'elle traite des difficultés d'une famille noire de la classe moyenne aisée, cette fois dans l'Amérique «post-raciale» de Barack Obama. Sa thématique principale: comment s'intégrer à une société majoritairement blanche, sans pour autant perdre son identité?

Le personnage principal de Black-ish, Andre «Dre» Johnson, cadre supérieur dans une entreprise publicitaire, ironise sur le fait que sa famille a été extirpée de son «habitat naturel» pour vivre dans un quartier cossu. À l'époque du Cosby Show, certains journalistes (blancs) avaient mis en doute la vraisemblance d'une famille noire de cinq enfants dont le père est médecin et la mère avocate...

Black-ish n'aura peut-être pas le succès de The Cosby Show, mais compte sur l'appui de son diffuseur, qui en fait amplement la promotion depuis quelques semaines. La série s'inscrit du reste dans une nouvelle tendance de la télévision américaine: la mise en valeur de la diversité ethnique.

Sept émissions de la présente saison télévisuelle mettent en vedette - plus seulement dans des rôles secondaires - des personnages qui sont noirs, latinos ou asiatiques.

À compter du 10 octobre, ABC diffusera une sitcom, Cristela, à propos d'une étudiante d'origine mexicaine qui tente d'entrer dans une faculté de droit. En novembre, la chaîne doit diffuser une comédie, Fresh off the Boat, à propos d'une famille immigrante chinoise qui s'installe en Floride.

Les minorités ont la cote (d'écoute). C'est d'ailleurs, semble-t-il, la principale raison de ce léger changement de cap dans un univers télévisuel américain encore très majoritairement blanc.

Les diffuseurs ont compris qu'il était profitable de refléter davantage la pluralité culturelle de la société américaine au petit écran (à preuve, le succès de Scandal, dont le personnage principal est interprété par Kerry Washington).

Le Guardian de Londres faisait d'ailleurs ce constat récemment, en évoquant une étude de chercheurs de l'UCLA datant de 2013 et qui démontre que les émissions avec le plus de diversité ethnique ont les meilleures cotes d'écoute. Il reste, selon cette même étude, qu'à peine 10% des personnages à la télévision américaine sont «issus de minorités».

Le chemin à faire

Le phénomène de la diversité au petit écran reste marginal, même aux États-Unis. Le seul fait que la présence accrue de personnages noirs ou latinos à la télévision y fasse couler autant d'encre, 30 ans après le succès inespéré du Cosby Show, témoigne du peu de chemin parcouru depuis. Et de celui qu'il reste à faire.

«Ceux qui décident de ce qui est diffusé à la télévision sont blancs. Tant qu'il n'y aura pas plus de gens de couleur dans des postes décisionnels, il n'y aura pas plus de diversité à l'écran; c'est aussi simple que ça!», a affirmé le réalisateur Spike Lee, de passage à Montréal hier à titre d'invité d'honneur du Festival international du film black de Montréal.

Le cinéaste de Do the Right Thing, géniale tragicomédie sur les tensions raciales entre Noirs, Italiens et Latinos à Brooklyn (qui célèbre déjà ses 25 ans), croit néanmoins que c'est à la télévision plutôt qu'au cinéma qu'un artiste comme lui peut s'exprimer le plus librement de nos jours. «Sur les chaînes câblées surtout, il se fait des choses bien plus intéressantes pour un public adulte qu'au cinéma», dit-il.

Au Québec

Alors que l'industrie télévisuelle américaine semble faire des efforts afin de refléter de manière plus réaliste la diversité démographique du pays de Barack Obama, la télévision québécoise demeure encore et toujours désespérément beige. Et je ne parle pas que de la peau des personnages principaux de la plupart de nos téléséries et téléromans.

Notre télé reste bien loin d'une représentativité multiethnique adéquate, avec des personnages noirs, arabes ou asiatiques souvent cantonnés au cliché ou à la caricature grossière. Pourtant, Montréal, où sont tournées la plupart des émissions de toutes sortes, a une population aux origines de plus en plus variées.

La moitié de la population de la métropole est «issue de l'immigration» et le tiers de ses habitants est né à l'étranger.

Pourquoi ne voit-on pas tout ce pan de la population au petit écran? Plusieurs sont convaincus que le milieu de la télé, plutôt conservateur et frileux, est incapable d'imaginer qu'une série comique ou dramatique mettant en vedette une famille sénégalaise, haïtienne ou libanaise puisse intéresser une masse critique de téléspectateurs.

Notre télé «lave plus blanc que blanc». Tant pis si les centaines de milliers de Québécois francophones originaires d'Afrique, d'Europe ou du Moyen-Orient ne se reconnaissent pas dans l'image que leur projette leur télévision.

Aux États-Unis, où l'on ne fait certainement pas de la télévision pour se donner bonne conscience, on commence à comprendre que la diversité peut être payante. «Le meilleur avis que je puisse donner à une industrie, quelle qu'elle soit, serait de faire tout en son pouvoir pour refléter la diversité existante dans le monde aujourd'hui», dit Spike Lee.

Espérons que son message se rende au Québec avant 30 ans.




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