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Robinson a gagné

Claude Robinson a livré une bataille judiciaire de... (Photo: François Roy, archives La Presse)

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Claude Robinson a livré une bataille judiciaire de 18 ans pour faire reconnaître que les entreprises Cinar, France Animation, Ravensburger et RTV Family Entertainment ont plagié son oeuvre originale.

Photo: François Roy, archives La Presse

Claude Robinson a gagné. Parce qu'il s'est tenu debout, droit, sans jamais broncher. Parce qu'il a été d'un courage, d'une ténacité, d'une résilience à toute épreuve.

Il a gagné parce qu'il a résisté. Alors qu'on s'appliquait avec minutie, de manière systématique, à tenter de le miner, de le briser. Menaçant de lui casser les jambes à coup de mensonges, d'intimidation, de procédures comme autant de bâillons.

Claude Robinson a gagné. Grâce à un souci maniaque du détail, une obsession de la vérité, une soif insatiable de justice. Des «bandits à cravates» ont voulu le faire passer pour fou. Ce qu'ils lui ont fait subir est fou.

Claude Robinson a gagné. Sa victoire est douce-amère et son combat, loin d'être terminé. Il se battait depuis 18 ans pour que ses droits soient reconnus. Ils le sont enfin, de façon incontestable. La Cour suprême du Canada a confirmé hier, à l'unanimité, ce que la Cour supérieure et la Cour d'appel du Québec avaient déjà déterminé: que le droit d'auteur de Claude Robinson a été violé.

Le jugement du plus haut tribunal du pays est sans appel. Il y a eu contrefaçon de l'oeuvre de l'artiste, Robinson Curiosité, dans la réalisation de la série télévisée Robinson Sucroë, au profit notamment de Cinar et France Animation.

Cette décision de la Cour suprême est sans conteste une victoire pour le droit d'auteur. Elle crée un certain nombre de précédents en matière de propriété intellectuelle (concernant l'appréciation des experts, la violation de la Charte québécoise, etc.). L'est-elle tout autant pour Claude Robinson? Sur le fond, certainement. En pratique, c'est moins évident.

Si les dommages accordés à Robinson (quelque 4 millions) sont supérieurs à la somme révisée à la baisse par la Cour d'appel (2,7 millions), ils restent en deçà de ceux estimés par la Cour supérieure (5,2 millions). Il aura à acquitter les honoraires de ses avocats (pour les deux appels interjetés par la partie défenderesse).

Et comme la Cour suprême a statué, contrairement au juge de première instance, que les personnes et sociétés visées par son jugement n'étaient pas responsables conjointement et solidairement de certains dommages subis, on peut craindre que l'artiste n'ait de la difficulté à récupérer toutes les sommes qui lui sont dues.

Au terme de cet interminable processus judiciaire, qui a mis en lumière l'iniquité en matière d'accessibilité à la justice, Claude Robinson n'est pas au bout de ses peines. Parmi les entreprises condamnées à le dédommager, certaines sont désormais insolvables ou inexistantes.

Robinson devra lui-même frapper à chacune des portes, même celles verrouillées à double tour à l'étranger, pour espérer obtenir réparation auprès de gens qui lui ont toujours refusé, avec une mauvaise foi constante, d'admettre leurs torts. C'est dire comment son combat est loin d'être terminé.

Claude Robinson a gagné. Malgré tout. Malgré les sommes gagnées ou perdues d'une décision judiciaire à l'autre, selon des calculs plus ou moins arbitraires, qui devront être réclamées à des entreprises fusionnées, ayant changé de nom ou de propriétaire, ou encore disparues dans la brume hivernale européenne.

Claude Robinson a gagné. Parce qu'il a survécu, tout ce temps, aux mensonges révoltants et scandaleux de fraudeurs, de tricheurs et de bandits qui ne valent pas le prix de leur cravate. Des hommes sans scrupule et sans honneur comme Ronald Weinberg et Christophe Izard. Des millionnaires qui ont cru que par leur seule fortune, ils pourraient violer les droits d'un créateur, le faire taire et l'écraser.

Claude Robinson a gagné. Au sacrifice d'une carrière et d'une vie de création gâchées. J'avais 26 ans quand j'ai couvert pour la première fois l'affaire Cinar. Les révélations de fraude, d'usage de prête-noms, de détournement de fonds publics. Un empire financier érigé sur le mensonge, qui s'est effondré grâce au cran d'un barbu original et acharné, à la voix douce et grave.

J'aurai bientôt 41 ans. Claude Robinson vient enfin d'obtenir justice. Quel âge aurais-je, aura-t-il lui-même, lorsque justice aura véritablement été faite et que Robinson aura récupéré les sommes qui lui reviennent?

Claude Robinson s'est battu contre un système pourri. Une machine à fabriquer de l'argent, des paradis fiscaux, de faux crédits d'impôt. Il s'est battu, seul, contre des entreprises dont les frais judiciaires sont remboursés en partie par des compagnies d'assurances. Contre des gens qui ont tenté par tous les moyens de le discréditer, de le faire disparaître. Qui ont prétendu ne jamais l'avoir rencontré après avoir volé ses idées.

«Moralement, j'ai fait tout ce que je pouvais», a-t-il confié au collègue Philippe Teisceira-Lessard. Il a fait bien plus que ça. Il a tout sacrifié. L'essentiel d'une vie active. Toutes ses énergies et ses économies, investies dans ce procès depuis 18 ans. Il a failli y laisser sa santé physique et mentale. Pour que d'autres après lui ne subissent pas le même sort. Pour que d'autres y repensent à deux fois avant de piller le bien d'autrui.

Claude Robinson a gagné. Pas seulement devant les tribunaux. Pas seulement quelques millions dont on espère qu'il verra un jour la couleur. Il gagné parce que l'on sait tous ce qu'il a vécu. Les bandits, les juges, l'homme de la rue. Il a gagné parce qu'il est devenu un symbole. L'incarnation de cette droiture, de cet entêtement et de cet acharnement admirables.

Il a gagné parce que nous nous sommes indignés à ses côtés. Parce que nous ne l'avons pas soutenu en vain. Parce que nous nous souviendrons longtemps de son combat. Il a gagné parce qu'il s'est tenu debout. Pour lui autant que pour nous.




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